L'Afrique sera la prochaine usine du monde et voici ce qu'elle produira

Répondre aux besoins de base sur les marchés régionaux, et construire des partenariats stratégiques autour de l’innovation technologique, voici deux opportunités d’investissement industriel en Afrique identifiées par la Coordination pour l’Afrique de demain (Cade) dans un rapport intitulé « Bâtir des industries modernes et compétitives en Afrique » à paraître aujourd'hui, que L’Usine Nouvelle a pu consulter en exclusivité.

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L'Afrique sera la prochaine usine du monde et voici ce qu'elle produira

Il existe deux approches de l’Afrique. Celle qui regrette sa difficulté à valoriser les matières énergétiques, minérales, agricoles – qu’elle tire de son sol, et celle qui célèbre sa capacité à devenir l’atelier du monde. Dans une génération, 25% de la population active sera regroupée sur ce continent, alors que les pays les plus développés tentent vainement d’enrayer le vieillissement de leur population.

Ce « dividende démographique » fera du continent africain le lieu où produire les biens destinés à la grande exportation. « Des prémices existent par quelques industries exportatrices de pointe du Maroc, de l’Afrique du Sud, de la Tunisie, une industrialisation rapide de l’Ethiopie », rappelait Lionel Zinsou, président de PAI Partners, lors du forum organisé l’an dernier par la Coordination pour l’Afrique de demain, qui édite aujourd’hui un livre résumant les pistes et bonnes pratiques qui ont émergé de son troisième cycle économique intitulé « Valoriser et transformer le potentiel de l’Afrique en richesses réelles », et transmis en avant-première à L’Usine Nouvelle.

En attendant, des opportunités existent aujourd’hui pour répondre aux besoins de base d’une population en pleine croissance démographique et économique. Outre ces rares industries résolument tournées vers l’export – usines aéronautiques (moteurs et montage d’avions Bombardier et cockpits Airbus en Tunisie), automobiles (Renault au Maroc et bientôt au Nigeria, où Peugeot compte également rouvrir une ligne) ou textiles (fournisseurs pour H&M en Ethiopie), Lionel Zinsou distingue deux autres types d’industries porteurs sur le continent africain.

Partenariats stratégiques et restructuration

Tout d’abord celles qui produisent des biens adaptés à la demande des classes moyennes, en substitution de l’importation. C’est le cas des matériaux de construction, comme le ciment qui a fait la fortune du Nigérian Aliko Dangote. L’Afrique a encore besoin de prestataires et d’industriels dans la nutrition animale, la chaîne de froid, mais également d’abattoirs, de médicaments…

Ensuite, des industries vieillissantes à restructurer, souvent en introduisant une innovation, comme les industries textiles qui cherchent des partenaires stratégiques pour faire revivre leurs installations en répondant à une nouvelle demande, comme les protections périodiques, compresses, pansements ou les tissus techniques à même d’utiliser le coton produit localement et souvent exporté brut.

Le frein énergétique

Parfois la transformation sur place de matières premières n’est pas la solution la plus adaptée, rappelle Henri-Bernard Solignac Lecomte, directeur de l’unité Europe, Moyen-Orient, Afrique du Centre de développement de l’OCDE. Il cite l’exemple du Chili, qui a fait le choix de vendre son cuivre brut mais « a réinvesti les revenus de cette rente dans les industries du bois et de la pâte à papier et l’élevage de saumon, au point de concurrencer la Norvège et l’Ecosse ».

La transformation de minerai, forte consommatrice d’énergie, n’est pas partout un choix rationnel. Surtout dans les régions qui n’ont pas encore réalisé leur interconnexion électrique et souffrent d’un déficit énergétique chronique, qui force déjà les industries qui le peuvent à investir dans leurs propres capacités (construction de centrales). Luis Padilla, du Centre de développement de l’OCDE également, cite l’exemple du Botswana, « qui a besoin de multiplier par 600 ses capacités actuelles de production énergétique pour réaliser son potentiel de transformation industrielle ».

Autre sujet de débat, l’agro-industrie : au Ghana, l’entreprise Blue Skies a innové tout au long de sa supply chain pour, en 48 heures, récolter, emballer et affréter des ananas vers les supermarchés européens. Un modèle exemplaire, mais pas systématiquement réplicable. Car le marché international n’est pas toujours accessible aux unités industrielles locales, qui n’ont pas forcément au niveau national le cadre nécessaire pour prouver qu’elles satisfont aux normes d’hygiène et de sécurité.

Innover pour accompagner les sauts technologiques

Parmi les autres pistes identifiées par la Cade, les services aux industries (ingénierie, maintenance, télécommunications) sont des marchés encore immatures à fort potentiel de croissance. Sur ce créneau, comme partout et peut-être plus qu’ailleurs, l’Afrique a besoin d’innovation.

Après être passée directement aux communications mobiles sans développer de réseau filaire dans les zones rurales, l’Afrique cherche logiquement des alternatives à la fibre optique qui ne pourra pas être tirée partout, en raison de son coût. KA Technologies a, dans ce cadre, développé la technologie PWCS, pour Polyvalent Wireless Communication System. « Ce système innovant de télécommunications sans fil et sans infrastructure de câblage », breveté au niveau mondial, utilise les hyperfréquences, « comme une fibre optique à travers les airs ». Ce n’est qu’un exemple des innovations qui pourraient trouver leur place dans un paysage qui offre autant d’opportunités que de défis aux investisseurs.

Myrtille Delamarche

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