L'Usine Energie

L’Afrique pâtit de la guerre des financements climat

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le , mis à jour le 09/10/2015 À 19H59

La place prise par le Fonds vert dans le débat sur l’accompagnement des pays en développement au changement climatique occulte d’autres instruments comme le Mécanisme de développement propre, dont l’Afrique a peu profité du temps de sa splendeur. Mais il reste au moins cinq ans.

La ferme solaire de Sarako, sur l'île Maurice, permet d'économiser 150 000 tonnes de CO2 sur 7 ans. Photo Ecosur Afrique - Sarako.

Tout le monde ne parle plus que du Fonds vert, destiné à accompagner les projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique. Mais les 10,2 milliards dont il est doté à ce jour (dont la moitié décaissée) pèsent peu face aux 61,8 milliards de dollars accordés en financements climat divers recensés par l’OCDE (aide publique au développement multilatérale comme bilatérale, financements privés, crédits à l’export, mécanisme de développement propre).

Des aides très hétéroclites

Parmi les instruments d’accompagnement inclus dans ce total, on retrouve entre autres l’aide bilatérale, dont chaque pays donateur ou, le plus souvent, prêteur peut définir à sa guise les contours : soutien ou non aux énergies fossiles (améliorées), au nucléaire, au charbon ou au diesel dits "propres" (avec le résultat qu’on sait)… Mais aussi de nombreux financements sous forme de prêts à taux réduits, que les pays et les entreprises bénéficiaires devront tout de même rembourser.

Et ce sont bien ces outils aux critères d’attribution très hétéroclites que l’OCDE a été chargée d’évaluer dans un récent rapport, dans le cadre de l’objectif fixé à 100 milliards reversés aux pays du Sud d’ici 2020.

Harmoniser les critères d’attribution

Les premiers projets accompagnés par le Fonds vert sur les quelque 5 milliards de dollars décaissés devront être approuvés par un collège de représentants de la coopération, de la Banque mondiale, de la BAD et autres organisations internationales. Et les critères d’attribution seront harmonisés.

2020, c’est la date à laquelle l’accord de Kyoto devra être remplacé par un nouvel accord, qui se joue le mois prochain à Paris. C’est aussi l’échéance jusqu’à laquelle d’autres outils de financement climat restent actifs. Notamment le MDP, ou mécanisme de développement propre (Clean Development Mecanism),qui attribue pour chaque tonne de CO2 économisée un crédit-carbone négociable sur les marchés-carbone internationaux. Et que les Africains ont renommé "Chinese Development Mecanism", les entreprises chinoises ayant rapidement et massivement profité de cette manne, tout comme les brésiliennes.

Stéphane Gompertz, ancien ambassadeur de France en Ethiopie et ancien directeur Afrique au ministère des Affaires étrangères, siège aujourd’hui comme ambassadeur climat pour la COP21 en charge de l’Afrique et du Moyen-Orient. Pour lui, l’objectif du Fonds vert est simple : "ne pas réitérer l’échec du MDP, dont l’Afrique n’a touché que 3%". Il s’exprimait lors de la conférence spéciale sur l’Afrique face au changement climatique organisée par Coordination pour l’Afrique de demain (CADE).

Le Fonds vert pourrait subventionner le carbone

Un "échec" que Fabrice Le Saché, président de MDP-Afrique et du groupement de startups françaises actives dans l’économie verte en Afrique Up Afrique, explique par un effet retard dans l’appropriation de ces outils par le continent. Et qui serait, selon lui, simple à résoudre en faisant appel au Fonds vert pour subventionner le prix du carbone.

Car le MDP, s’il a inégalement fonctionné, a tout de même un avantage sur d’autres outils : il propose un crédit au résultat, en attribuant les aides à l’aune du nombre de tonnes de CO2 économisées. "Or le Fonds vert, sur son volet atténuation des émissions, a besoin de performance", relève-t-il. Mais "ces deux outils ne se parlent pas du tout", et "le MDP a été évacué depuis que le crédit carbone, qui valait 10 euros il y a quelques années, en vaut aujourd’hui 0,5". Résultat, les entreprises accompagnées par son groupe de finance carbone Ecosur Afrique, qui vendaient des millions de crédits carbone "à des groupes de négoce en matières premières comme Vitol ou Bunge, à des banques et à des énergéticiens", les vendent aujourd’hui aux agences de coopération qui les subventionnent, à l’instar de la Norvège. Mais les faibles volumes ainsi revendus ne suffisent plus à renforcer le business model de ces entreprises.

Seule solution pour que l’Afrique bénéficie de ces instruments, qu’elle a fini par s’approprier juste au moment où le carbone perdait toute valeur : un soutien au prix du carbone, que Fabrice Le Saché appelle de ses vœux, et dont il fixe le seuil à 5 euros la tonne. Pour appuyer son propos, il rappelle que ce système offre une universalité des critères, avec des résultats mesurables, "plutôt que des financements discrétionnaires qui discrimineraient les technologies de réduction des émissions".

Myrtille Delamarche

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte