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L'Usine Maroc

L’Afrique captive la finance

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Le continent développe ses infrastructures. Du private equity aux fonds souverains, les financiers lorgnent ce pactole de 45 milliards de dollars par an.

L’Afrique captive la finance
Pour Bouygues, le pont Henri Konan Bédié représente un contrat de 232 millions d’euros.

Planté ! Le dernier des 62 pieux du pont Henri Konan Bédié (HKB) sur la lagune d’Abidjan a été bétonné le 15 février. Pour Bouygues, c’est une étape clé de ce chantier, l’un de ses plus importants en Afrique. Cet ouvrage, d’un coût de 232 millions d’euros, permettra dès 2015 de fluidifier la circulation de la capitale ivoirienne. Mais ce n’est pas son seul intérêt. Il sera à péage et, surtout, financé par un partenariat public-privé (PPP). Ce montage associant Bouy-gues, l’État, des banques est une première en Côte d’Ivoire. Socoprim, la société créée pour l’occasion, se remboursera sur les péages des 100 000 passages prévus chaque jour. Ce projet, c’est un peu le symbole du développement des infrastructures en Afrique, de l’intérêt qu’y porte la finance et de la sophistication des montages. Grâce à ses 5% de croissance, l’Afrique est prise d’une frénésie de construire. Projets de routes, de ports, de barrages, d’aéroports, de voies ferrées ou de centrales électriques se multiplient, à l’image de l’autoroute de Dakar, de l’expansion du port de Takoradi au Ghana, du chemin de fer Mombasa-Malaba ou du projet fou de pont rail-route enjambant le Congo entre Brazzaville et Kinshasa. On peut ajouter les télécoms. "Le boom de l’internet mobile implique une course aux équipements", note Christian de Faria, le PDG pour l’Afrique de l’opérateur Airtel. Cette effervescence doit être relativisée au vu de l’immense retard accumulé. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le continent devrait dépenser 93 milliards de dollars (67 milliards d’euros) en infrastructures tous les ans – autant que la France –, mais seuls 45 milliards de dollars sont au rendez-vous. Les causes sont connues : cadres légaux inadaptés, gouvernance défaillante ou corruption. "Le résultat : un manque à gagner estimé à 2% du PIB par an, notamment sur l’exploitation contrariée des matières premières", appuie Jean-Jacques Bouya, le ministre des Grands Travaux de la République du Congo et ordonnateur du forum Build Africa, qui se tenait sur ce thème début février à Brazzaville.

860 fonds sur le continent

Pourtant, l’Afrique progresse. Et les véhicules financiers aussi. L’argent abonde, que ce soit via les financements multilatéraux, les banques de développement ou, depuis plus récemment, grâce aux financeurs privés. "Le financement n’est plus un souci", lâche un patron du BTP. En quelques années d’innombrables fonds publics, privés ou hybrides ont été créés à Londres, Johannesburg ou Lagos, ciblant notamment les infrastructures. Le site web spécialisé Ecofin en recense 860 présents sur le continent ! Les acteurs sont variés : private equity anglo-saxons, fonds souverains, capitaux venus du Golfe comme ceux du dubaïote Abraaj, voire d’Australie (Macquarie). En 2013, Veolia a cédé ses actifs dans l’eau au Maroc. Ils ont été repris par Actis, un fonds britannique. Quant au tour de table du pont HKB, on y trouve le sud-africain PAIDF. Et la Chine ? Elle n’est pas en reste. Omniprésente sur le continent, elle a lancé en 2006 le China-Africa development fund, avec 2,5 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) investis dans 70 projets et une trentaine de pays. "Nous voulons faire plus", lance Liliang Teng, son directeur marketing. La Chine opère souvent, via ses grandes banques comme ICBC ou Exim, sur de gros projets en lien avec des matières premières.

La finance ne cible pas seulement les mégas deals. Helios Towers Africa, un fonds sur lequel a parié George Soros, se limite ainsi aux tours des télécoms pour des mises de quelques millions de dollars. IHS, un fonds londonien dans lequel Wendel a investi, ou Eaton, sont sur le même créneau. Edifice Capital, un fonds installé à Paris, réunit des investisseurs institutionnels et privés européens dans un véhicule Afrique. "L’objectif, dit Olivier Stintzy, l’un de ses associés, est d’investir de façon minoritaire quelques millions de dollars par dossier dans des projets en PPP. Un montage qui, selon nous, va se développer." Ce lien public-privé reste la tendance forte. Même la BAD la cultive. En juillet 2013, elle a lancé le fonds Africa 50 avec la fondation américaine Made in Africa. Objectif : lever 500 millions de dollars (363 millions d’euros). Pour sa directrice, Neside Tas Anvaripour, au-delà du financement il s’agit d’accompagner investisseurs et gouvernements pour gagner en efficacité. En Afrique, un projet type met quinze à vingt ans pour être conduit. "En Asie, l’échelle est de cinq ans. Cela explique une part du retard du continent. Africa 50 veut mettre à contribution les meilleurs experts mondiaux et “challenger” les États et les maîtres d’ouvrage publics pour réduire les temps de process par deux ou par trois", lance-t-elle avec conviction. Sans doute, la condition d’une émergence durable du continent.

P.-O. ROUAUD

"L’argent ne manque pas pour les projets sains"

Dominique Laffont, PDG de Bolloré Africa Logistics

L’Afrique reprend goût aux infrastructures, pourquoi ?
C’est un facteur primordial du développement de son industrie et de ses services. La croissance est forte depuis plusieurs années mais repose en partie sur les matières premières qui génèrent peu d’emplois. C’est le moment d’investir dans les infrastructures logistiques ou énergétiques pour éviter les goulots d’étranglement, accélérer l’arrimage de l’Afrique à la globalisation et stimuler le commerce intra-africain. Moderniser les infrastructures a un effet sur les flux d’investissements. Au sein de Bolloré Africa logistics, depuis 2005, nous sommes passés de 17 000 à 25 000 personnes avec une trentaine de contrats majeurs dans les concessions, des investissements qui sont passés de 50 millions à 300 millions d’euros.

Le financement reste un point bloquant ?
Il n’est pas une difficulté quand les projets sont sains et porteurs, surtout s’ils s’inscrivent dans une vision à long terme des États. Prenez le complexe portuaire de Pointe-Noire au Congo que nous gérons depuis 2009. Sur les vingt-sept ans du contrat de concession, nous y investirons au moins 570 millions d’euros. Ce port, le seul en eau profonde de la région, va devenir avec son terminal à conteneur un moteur de désenclavement pour le Congo mais aussi toute une région de Kinshasa, jusqu’au Gabon. 

Et la gouvernance ?
L’Afrique est souvent stigmatisée pour de mauvaises raisons. Les États qui ne respectent pas leurs signatures envoient des signaux négatifs aux investisseurs. Dans le même temps, un privé se doit de respecter ses engagements.

Trois montages emblématiques

Au Ghana : le chinois exim bank finance un barrage
  • Projet Bui Dam
  • Financement Prêt chinois
  • Acteurs Sinohydro-Eximbank

Ce barrage sur la Volta noire, dans les cartons depuis des décennies, est passé en phase active quand, en 2006, le président chinois Hu a dit banco. Le Ghana n’en a financé que 10%, le reste étant assuré par l’Exim Bank chinoise pour moitié via un prêt bonifié à 2% avec parmi les collatéraux 30 000 tonnes de cacao par an exportées vers la Chine. Inauguré fin 2013 par le président ghanéen Mahama, ce barrage de 400 mégawatts a coûté 622 millions de dollars (452 millions d’euros).

Au Sénégal : Eiffage paye l’autoroute

  • Projet Autoroute à péage Dakar-Pikine-Diamniadio
  • Financement PPP
  • Acteur principal Eiffage
"L’autoroute de l’avenir". Une portion de 20,5 km de cet ouvrage clé pour désenclaver Dakar a été inauguré le 1er août 2013. Ce contrat, gagné par Eiffage en 2009 devant des groupes portugais et marocains, est le premier partenariat public-privé (PPP) pour le pays et la sous-région faisant suite à l’adoption d’une loi-cadre en 2004. Montant : 210 millions d’euros. Le financement associe Eiffage (42% en fonds propres et apports en travaux) concessionnaire pour trente  ans, l’État, des financeurs bilatéraux et des banques privées. Le 19 février, Eiffage a gagné l’extension d’un tronçon de 16,5 km pour 121 millions d’euros. Encore en PPP !

En Zambie : IHS rafle les tours des télécoms

  • Projet Acquisition puis location du réseau de MTN
  • Financement Private equity
  • Acteur Fonds IHS

Depuis Londres, le fonds IHS opère à 100% sur les relais télécoms en Afrique. Il a racheté fin 2013 les 1 228 tours du groupe MTN en Zambie et au Rwanda. Mais IHS a construit aussi des centaines de tours, louées aux opérateurs, ou exploite les leurs. IHS, qui gère 10 500 tours, ne va pas s’arrêter là. Ce fonds, dont le tour de table comprend Goldman Sachs, la Banque africaine de développement ou Wendel, a révélé le 3 mars avoir levé 490 millions de dollars (356 millions d’euros) en capital et dettes.

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