Economie

L’Afpa renaît de ses cendres

Cécile Maillard ,

Publié le

Sauvée in extremis en 2012, l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) démarre l’année 2017 avec un nouveau statut et un projet qui devrait lui permettre de dynamiser son offre de formation en direction des demandeurs d’emploi, mais aussi des salariés.

L’Afpa renaît de ses cendres
ascale d'Artois, DG de l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes
© Afpa

L’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) revient de loin. Au bord de la cessation de paiement en 2012, cette vieille institution, née après-guerre, a fait l’objet d’un plan d’urgence de quatre ans qui lui permet, aujourd’hui, de se restructurer en profondeur. Depuis le 1er janvier 2017, elle est devenue l’"Agence" nationale pour la formation professionnelle des adultes, sous statut d’établissement public industriel et commercial. Désormais élément du service public de l’emploi, l’Afpa se met ainsi au service de l’Etat, des régions et de Pôle emploi, mais aussi "de la croissance et de la compétitivité des entreprises", précise un communiqué.

Avec plus d'une centaine de centres dispatchés sur le territoire français, l’Afpa a longtemps assuré la formation des chômeurs, mais aussi des publics très éloignés de l’emploi, pour le compte de l’Etat, son seul client. En 2009, poursuivant sa politique de décentralisation de la formation, l’Etat transfère les subventions qu’il versait à l'association, aux régions. Dans le même temps, le conseil de la concurrence estime que la formation professionnelle des chômeurs est une activité économique comme une autre, qui doit s’exercer dans un cadre concurrentiel. Du coup, les régions sont obligées de passer par des appels d’offre pour attribuer leurs marchés de formation. L’Afpa, absolument pas préparée à cette ouverture du marché, s'enfonce dans le rouge.

Plan de sauvetage et restructuration

"Brutalement, en 18 mois, le modèle économique de l’Afpa bascule de 90% de subventions à 90% de ressources à conquérir sur le marché", analyse aujourd’hui le directeur général adjoint de l’Afpa, Christophe Donon. Un choc économique, mais aussi culturel, mal accompagné et mal géré, qui menace l’existence même de l’Afpa. D’autant que dans le même temps, les missions d’accompagnement et d’orientation des demandeurs d’emploi, qu’elle assurait, sont transférées à Pôle emploi, avec 900 salariés de l’association et les financements de l’Etat qui vont avec…

L’affaire devient politique. Le gouvernement Fillon de l’époque est accusé d’organiser volontairement le "démantèlement" de l’Afpa. A peine arrivée au pouvoir en 2012, la gauche décide de sauver cette structure à la vocation très sociale. Soutien financier, nouvelle direction - Yves Barou, ancien DRH de Thales, devient président en juin 2012 -, plan de refondation, restructuration... Les salariés permanents passent de 11000 en 2009 à 8000 aujourd’hui. Les effectifs vont continuer à fondre de 300 personnes par an dans les prochaines années. L’AFPA se met à fond sur le plan de formation "500 000 chômeurs" et redresse doucement la barre. En 2016, elle a formé 100 000 demandeurs d’emploi (80 000 en 2015) et 40 000 salariés. Essentiellement pour le BTP, mais aussi le tertiaire et l'industrie. Mais les résultats restent fragiles, notamment financièrement.

Anticiper les besoins des entreprises

Ces réformes franchissent aujourd’hui une étape supplémentaire, avec un nouveau statut - qui permet de régler un problème historique de biens immobiliers, une gouvernance revue, des missions clarifiées. Lancée dans "une stratégie de reconquête de nouveaux marchés", selon Christophe Donon, l’Afpa révise son offre de formation pour l’adapter plus précisément aux besoins actuels et futurs des entreprises, à l’échelon des territoires où elle reste très bien implantée. "Notre volonté est de nous mettre davantage en phase avec  les besoins des entreprises, petites et grandes, précise Christophe Donon. Nous nous appuierons au niveau national sur des centres stratégiques d’anticipation et de formation mis en place en partenariats avec les entreprises, et au niveau local sur notre maillage territorial important." Dans les prochains mois, une filiale sera créée pour proposer une offre aux entreprises et accroître la part des salariés parmi les stagiaires formés par l’Afpa.

Les pédagogies vont être renouvelées pour prendre le virage numérique, les équipements de formation vont être modernisés, certains rendus mobiles pour aller à la rencontre de leur public sans multiplier les investissements. Autre objectif : "nous devons être plus proactifs et faire des propositions innovantes à nos donneurs d’ordre, régions et départements, pour répondre à leurs problématiques d’insertion des publics difficiles", précise le directeur adjoint.

En devenant établissement public et en rénovant ses missions, l’Afpa espère "renforcer son utilité sociale, selon Christophe Donon, améliorer sa contribution au retour à l’emploi des demandeurs d’emploi, améliorer sa contribution au capital humain des entreprises et de la collectivité, être plus performant dans la lutte contre les discrimination, et contribuer au développement des territoires". La nouvelle agence a créé un tableau de bord de son utilité sociale, avec des indicateurs qui seront examinés chaque semestre. Elle devra faire la preuve que cette utilité sociale n’est pas incompatible avec l’efficacité exigée d’elle dans un système concurrentiel, et pour lequel elle est désormais (mieux) armée.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte