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L'affable stratège

Par Marion Garreau

Publié le

L’informaticien Antoine Petit a quitté fin janvier la présidence de l’Inria pour prendre la tête du CNRS. Un homme réputé franc et ouvert au dialogue.

L'affable stratège

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Au lendemain de sa nomination le 24 janvier comme PDG du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Antoine Petit est déjà retenu à une réunion sur le budget à l’horizon 2022. Malgré un agenda pressant, cet homme avenant aime prendre le temps de la discussion, sur son programme comme sur le rugby, un sport qu’il a pratiqué vingt-cinq ans durant. Témoin de cette passion, un ballon ovale sculpté trône déjà sur la cheminée de son nouveau bureau, dans le XVIe arrondissement de Paris.

À 57 ans, cet agrégé de mathématiques et spécialiste des méthodes formelles – un domaine qui recourt aux lois mathématiques pour détecter les bugs informatiques – est le premier informaticien à prendre la tête de la prestigieuse institution. Ce qui ne jouera pas forcément en faveur du numérique. « Le patron du CNRS n’est pas là pour défendre son champ disciplinaire, répond l’intéressé. Le pénaliser est même un biais courant auquel il faudra que je fasse attention. »

Une histoire de famille

Passionné par les maths depuis l’enfance, Antoine Petit est issu d’une famille d’intellectuels laïques et défenseurs de l’école républicaine. Son grand-père – Jean Maitron, connu pour avoir rédigé le « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français » –, est passé par le CNRS comme historien. Le père, physicien, a lui dirigé l’un des départements de l’organisme. De quoi prédestiner Antoine Petit « Cela a forcément joué dans mon orientation, puisque très jeune, je connaissais le monde de la recherche. »

À l’écouter, son parcours semble uniquement jalonné d’opportunités. Déjà, c’est en fonction de l’offre de postes de chercheur qu’il a bifurqué des maths à l’informatique. Après un début de carrière à l’université, Antoine Petit passe par le Laboratoire de recherche en informatique du CNRS avant d’être nommé, en 1994, professeur des universités à l’ENS Cachan. En 1993, il met un premier pied dans l’administration, détaché à mi-temps sur une mission ministérielle à la demande de Michel Cosnard, l’homme qui le fera venir treize ans plus tard à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et son prédécesseur à la tête de cet organisme dédié au numérique. « La vie n’est que recommencement », s’amuse-t-il.

Reste que la trajectoire d’Antoine Petit possède bien un cap : il bascule pleinement dans l’administration en 2004 quand il revient au CNRS pour diriger le département sciences et technologies de l’information et de la communication, avant d’être nommé directeur interrégional pour la région Sud-Ouest. Un poste qui l’ouvre à la pluridisciplinarité et qu’il doit quitter brutalement en 2006 quand le CNRS entre en crise. Ce père de quatre enfants rejoint alors l’Inria, dont il prendra la tête en 2014.

Un nouveau marathon

Sa présidence a été marquée par le projet de bibliothèque du logiciel libre et ses actions pour structurer une filière française de l’intelligence artificielle. En interne, elle laisse à certains un goût amer. Antoine Petit, réputé pour son franc-parler, a réorganisé les services supports à la recherche pour réduire leur effectif de 80 postes. « Nous n’avons pas toujours le budget demandé et le travail d’un responsable est aussi de faire un choix d’établissement », souligne celui qui dit avoir privilégié le recrutement de scientifiques non permanents. « Antoine Petit a parfois laissé entendre que cette réforme allait contre ses convictions. Mais j’ai toujours pensé que c’était une manœuvre », estime Philippe Mussi, élu FSU au conseil d’administration, pointant une proximité avec Emmanuel Macron, qui avait prononcé son discours de campagne sur la recherche dans les locaux de l’Inria. Philippe Mussi regrette que sur cette réforme, « le dialogue social abondant n’ait servi à rien » mais admet que « chez les scientifiques de l’Inria, Antoine Petit laisse l’image d’un homme affable ». Une qualité que lui accorde aussi Lætitia Grimaldi, élue SGEN-CFDT : « C’est un homme ouvert au dialogue et de bons arguments peuvent le faire changer d’avis. »

Postuler à la tête du CNRS ? Antoine Petit s’est laissé convaincre. « Je ne pensais pas candidater il y a six mois. Mais quand Alain Fuchs est parti, plusieurs personnes m’y ont incité, précise-t-il. J’en ai beaucoup discuté avec Anne Peyroche [la biologiste qui a assuré l’intérim]. » Son projet s’inscrit dans la continuité de celui de son prédécesseur, avec parmi les priorités annoncées la recherche fondamentale, l’interdisciplinarité, la collaboration avec les entreprises et le rayonnement à l’international.

Professeur à l’ENS Cachan, Alain Finkel n’est pas surpris de voir son ancien collègue à ce poste. « Je lui avais prédit une carrière de ministre, lance-t-il, racontant qu’à l’époque Antoine Petit usait des métaphores sportives pour pousser son labo à l’excellence. C’est le collègue que j’ai connu qui a le plus le sens de la stratégie. Il sait être très créatif pour obtenir ce qu’il veut. » De la stratégie, il faudra sûrement qu’Antoine Petit en use pour piloter un mastodonte qui pèse treize fois l’Inria et dont il ne tirera pas, à coup sûr, toutes les ficelles. 

En quelques mots

  • Sportif : ayant dû arrêter le rugby à 35 ans, il court depuis régulièrement et pratique le ski et le golf à l’occasion.
  • Touche à tout :  passer d’un sujet à un autre toute au long de la journée est ce qui lui plaît dans les postes d’administration scientifique.
  • À moto : sa voiture de fonction est restée au garage. Le PDG du CNRS ne se déplace qu’à moto, pour le gain de temps et la sensation de liberté. 

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