L’activité câble sous-marin d’Alcatel est-elle si stratégique ?

"Nous sommes favorables à une solution qui maintienne l’intégrité d’Alcatel Submarine Networks et son ancrage national", a déclaré Fleur Pellerin dans une interview au quotidien les Echos. La ministre a même évoqué une possible participation du FSI (fonds stratégique d’investissement). En plein plan social et empêtré dans des problèmes de trésorerie, Alcatel-Lucent envisage en effet de se séparer sa filiale Alcatel-Lucent Submarine Networks.

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L’activité câble sous-marin d’Alcatel est-elle si stratégique ?

Or pour l’État, cette activité est directement liée à la cybersurveillance et la sécurité du territoire. Elle est aussi stratégique pour Orange. Le PDG, Stéphane Richard, a d’ailleurs confirmé l’intérêt du groupe pour Alcatel-Lucent Submarine Networks (ASN). "Il y a des mois que l’on regardait comment mieux coopérer entre ASN et FT Marine. Les événements récents ont accéléré les choses et nous ont amené à exprimer de façon plus formelle notre intérêt de principe pour cette activité", a-t-il déclaré, en précisant que les discussions ne sont "pas allées plus loin" pour l’instant.

D’autant, que même s’il s’agit d’une activité en dents de scie, (des équipes sont actuellement au chômage technique), elle serait rentable. En 2009, par exemple Alcatel-Lucent, a remporté un contrat de "plusieurs centaines de millions de dollars" pour déployer un réseau de câbles sous-marins de 14 000 kilomètres pour créer la première liaison directe entre l’Afrique méridionale et l’Europe de l’Ouest. En 2007, avec NEC, il remporte un contrat pour fournir un système de câbles sous-marins de 20 000 km reliant l’Asie du sud-est et les États-Unis. Plus récemment, Seaborn Networks signe avec Alcatel-Lucent pour la construction d’un réseau sous-marin Seabras-1, un nouveau système de câbles sous-marins de 10 700 km qui reliera directement New York et Sao Paulo, avec un embranchement vers Fortaleza, au Brésil.

Deux usines

Et les câbliers ne sont pas tout. En amont, ASN maîtrise toute la chaîne de fabrication des câbles, notamment dans une usine à Calais de 79 000 mètres carrés, dont 61 000 consacrés aux câbles sous-marins. D'ailleurs, grâce au savoir-faire des équipes d’ASN à Calais, depuis quelques semaines, quelque part en Asie, au milieu de l’océan, onze plates-formes pétrolières communiquent grâce à de la fibre optique sous-marine made in Calais. Grâce aussi à Patricia Boulanger, la directrice de la recherche, du développement et de l’industrialisation des câbles et accessoires d’Alcatel-Lucent Submarine Networks (ASN), l’ingénieur de l’année, catégorie Projet Industriel. En 2011, Alcatel disposait encore d’une autre usine de câble, à Greenwich (Royaume-Uni) de 34 000 mètres carrés dont, 19 500 pour la production de câbles sous-marins.

Stratégique donc. Et c’est vrai depuis 1850 ! Selon Wikipedia, "depuis 1850 la France a été avec l’Angleterre à l’origine de poses de câbles sous-marins de communications. Depuis cette date pas moins de vingt navires câbliers français ont été gérés par les services de l’État. En 2000, France Télécom privatisé a créé la filiale France Télécom Marine, chargée de la gestion de ses quatre navires. En 2001-2002 Alcatel Cable a acquis quatre unités gérées par la société Alda Marine SA, coentreprise entre les sociétés Alcatel-Lucent et LDA (Louis Dreyfus Armateurs)."

En fait, c’est en juin 1994, qu’est créé Alcatel Submarine Systems, qui regroupait les activités de télécommunications sous-marines d’Alcatel au sein d’une nouvelle entité, Cette filiale, à 51 % d’Alcatel Câble et à 49 % d’Alcatel CIT, disposera de quatre entités (une en France, une en Grande-Bretagne, une aux États-Unis et une en Australie), de 2300 salariés, et devrait réaliser 5,8 milliards de francs de chiffre d’affaires en 1994. Avec l’achat de STC en 1993, le français s’est propulsé au premier rang, s’arrogeait déjà à l’époque 38 % du marché mondial, dépassant ATT (33 %) et distançant les japonais NEC et Fujitsu (22 %).

La suite a été plus fluctuante, mais en 2011 (dernier rapport annuel du groupe), ASN a renoué avec la croissance et était numéro un des réseaux optiques sous-marins avec près de 40 % de parts de marché mondiales en chiffre d’affaires. Il a réalisé 700 millions d’euros de chiffre d’affaires et 80 millions de bénéfices, avec 713 salariés.

Aurélie Barbaux avec Emmanuelle Delsol

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