"L'accord de commerce entre le Canada et l'Europe sera une référence mondiale", selon Ed Fast, ministre canadien du Commerce international

A l'occasion de la rencontre ministérielle annuelle de l'OCDE qui se tient cette semaine à Paris, L’Usine Nouvelle a interviewé en exclusivité Ed Fast, ministre canadien du Commerce international. Il fait le point sur les avancées de l'accord de commerce attendu entre le Canada et l'Union européenne nommé Accord économique et commercial global (AECG) ou "Comprehensive Economic and Trade Agreement" (CETA) en anglais.

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Ed Fast (à gauche) au coté de Pascal Lamy (OMC)

L'Usine Nouvelle - Où en est la discussion de votre pays, le Canada, avec l'Union européenne concernant l'accord de libre-échange bilatéral ?

Ed Fast - Nos négociateurs discutent en ce moment même à Bruxelles. J'ai rencontré Karel de Gucht, le Commissaire européen au Commerce cette semaine à Paris à l’occasion de la semaine de l'OCDE. Nous avons fait des progrès significatifs. Notre but est que ces négociations puissent se terminer de façon satisfaisante à court terme.

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Vous disiez la même chose l'an dernier à la même période... Les lignes n'ont pas bougées ?

Un accord qui se fait attendre

Alors que les observateurs s'attendaient à ce que la négociation entre le Canada et l'Union européenne aboutisse en début d'année, son issue est sans cesse repoussée.

Les discussions qui ont été ouvertes officiellement en mai 2009 achoppent sur des sujets comme la durée des brevets pharmaceutiques (moins longue au Canada qu'en Europe), les services financiers ou les volumes exportations agricoles vers l'Union européenne.

 

Au contraire ! Il y a eu d'énormes avancée depuis un an. Le Canada et l'Union européenne ont la même préoccupation : celle de l'équité dans la conclusion de cet accord. Il reste peu à négocier mais ce sont des sujet difficiles et nous voulons être certains de le faire correctement. J'ai des rapports quotidiens sur ces discussions et il est clair que cela progresse. Mais il y a encore quelques questions à résoudre.

Lesquelles, car parmi les points de blocage figurent notamment la durée des brevets pharmaceutiques, l'agriculture ou les pièces automobiles ?

Je préfère ne pas les évoquer. C'est le travail des négociateurs. Concernant les brevets, l'accord doit permettre de développer le commerce sans entraîner de hausses du prix des médicaments pour les citoyens canadiens.

L'accord pourrait-il être conclu avant l'été ?

Là encore, je ne spéculerais pas sur le date. Ce qui compte c'est d'avoir un bon accord vu des deux côtés et sa qualité. Je peux vous affirmer que l'accord que nous signerons, bientôt je l'espère, sera bien meilleur que celui que nous aurions pu signer l'an dernier. Nos deux parties se sont engagées à conclure un accord équilibré et ambitieux. Ma conviction est qu'il va même devenir une sorte de « standard », un accord de référence au plan mondial en matière de commerce. Au-delà, il y un moment où il faudra savoir conclure. Nous sommes maintenant à ce stade.

L'Europe doit ouvrir des négociations avec les Etats-Unis, le 14 juin, pour un accord de libre-échange. Cela peut-il ralentir vos propres discussions avec l'Europe ?

Ce que je puis affirmer c'est qu'il y a à la fois du coté canadien et européen la volonté d'aboutir sur notre propre accord.

Au-delà des discussions bilatérales Europe-Canada, êtes-vous inquiet quant à la montée des barrières commerciales dans le monde ?

Le combat contre le protectionnisme est une priorité claire du Canada. Nous pensons que le moyen de faire progresser l'économie mondiale est de réduire et d'éliminer les barrières commerciales pas d'en ériger de nouvelles. Malheureusement, nous voyons beaucoup d’initiatives de pays allant dans le sens contraire, et mettant en place des « silos » protectionnistes plutôt que de libérer les investissements internationaux et les échanges.

En résumé, oui je suis inquiet sur l'état du système du commerce multilatéral. Le Canada pense profondément que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) doit rester le forum principal où se discutent les règles du commerce mondial.

Peut-on réactiver les discussions multilatérales du Doha round ?

Il y a eu des challenges majeurs au sein du Doha Round non surmontés. A court terme, la Conférence de Bali de l'OMC se profile (3 au 6 décembre 2013 ndlr). Ce sera un événement important. Les pays membres de l'OMC espèrent y faire des progrès importants sur la « facilitation des échanges » (réduction des barrières administratives NDLR). C'est un sujet clé notamment pour les pays en développement. Les études montrent que 65% des bénéfices en cas d'avancées sur ce point reviendraient aux pays en développement. Et je peux vous dire qu'au sein de l'OMC et notamment dans le cadre de cette conférence le Canada fera des propositions en matière de flexibilité et de créativité.

Pascal Lamy a échoué à conduire le cycle de Doha à son terme. Quel est son bilan ?

Pascal Lamy a dirigé l'OMC pendant des moments très difficiles pour l’économie mondiale. L'équilibre du monde en matière d'échanges a été bouleversé par la montée en puissance des pays émergents, les BRICS ce qui a changé les fondements même du commerce. Pascal Lamy a fait un travail admirable pour conduire l'OMC dans ces temps difficiles.

Qu'espérez-vous du futur directeur général de l'OMC, le brésilien Roberto Azevêdo, qui doit prendre ses fonctions le 1er septembre ?

Nous attendons notamment qu'il s'appuie sur tous les accords de commerce régionaux et bilatéraux pour remettre les points de blocage sur la table en matière multilatérale et réactiver l'OMC dans son approche globale du commerce.

Selon vous, sera-t-il plus facile pour lui de relancer le multilatéralisme car il vient du Brésil, un pays qui a contribué au blocage du cycle de Doha ?

Non. Ce sera aussi difficile pour Roberto Azevêdo que cela l'a été pour Pascal Lamy. Les challenges qui attendent le nouveau directeur général sont très clairs et je pense que Roberto Azevêdo est à la hauteur. La Canada est un fervent supporter de l'OMC et encore une fois, nous ferons tout ce que nous pourrons pour apporter de la flexibilité et de la créativité dans les discussions.

Vous défendez une approche multilatérale du commerce mais dans le même temps la Canada multiplie les accords bilatéraux...

Le Canada ne baisse pas les bras. Nous connaissons la période la plus intense de notre histoire en matière de commerce. Nous avons déjà signé 9 accords de libre-échange en six ans (Panama, Colombie, Pérou, Jordanie...) et discutons au-delà avec 50 autres pays dont la Corée, l'Inde, la Japon, le Maroc... Nous sommes aussi engagés dans des discussions multilatérales sur les services ou les TIC. Et nous continuerons d'explorer d'autres voies de développer le commerce.

L'Union européenne et la Chine sont engagées dans un bras de fer concernant les panneaux solaires, qu'en pensez-vous ?

Je ne spéculerai en aucun cas sur cette affaire qui ne concerne pas le Canada. Ce que je peux dire c'est que nos relations commerciales avec la Chine ne font que croître. Ce pays est même devenu aujourd'hui notre second partenaire commercial derrière les États-Unis.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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