L'accès à Catia, Solidworks et tous les autres logiciels de Dassault Systèmes bientôt gratuit et en ligne

La date n’est pas encore dévoilée mais "ça arrive", promet Dassault Systems. Ses logiciels seront accessibles à tous sur une plate-forme d’intermédiation en ligne et leur utilisation ne sera pas facturée. L’éditeur se rémunèrera sur les transactions réalisées sur cette "market place", dont une version béta privée vient d’être ouverte.

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L'accès à Catia, Solidworks et tous les autres logiciels de Dassault Systèmes bientôt gratuit et en ligne
Simulation d’une chaîne de montage par le logiciel Catia de Dassault Systèmes

La transformation numérique concerne aussi le numérique. L’éditeur de logiciels Dassault Systèmes est en train de mettre en place une plate-forme en ligne d’intermédiation – une "market place" - au sein de laquelle l’ensemble de ses logiciels, de Catia à Simulia en passant par Solidworks, seront accessibles par tous gratuitement. Ce n’est qu’à l’étape suivante qu’il faudra sortir le porte-monnaie.

Pascal Daloz, vice-président Stratégie et Business development de l’éditeur, l’explique concrètement : "Vous n’avez pas Catia, vous allez sur notre market place et vous travaillez sur Catia dans votre navigateur, et ce n’est pas facturé. Ce que vous achèterez, ce sera le résultat de ce travail sous Catia et la mise en relation avec des fabricants ou d’autres intervenants sur votre projet."

De quoi susciter un émoi certain chez les distributeurs des produits Dassault et peut-être chez des clients qui payent 15 000 euros la licence Catia. Un porte-parole de Dassault, suite à la parution initiale de cet article, jeudi 6 avril, a tenu à préciser aujourd’hui vendredi que "cette market place visera avant tout à répondre au besoin ponctuel d’une entreprise ou d’un individu, sans forcément se substituer à l’usage classique de nos produits".

Payer la "transaction réalisée sur la plate-forme" et non l’utilisation des logiciels

Reste que le principe est clair : "Les revenus viendront de la transaction réalisée sur la plate-forme et non des logiciels utilisés sur la plate-forme", a déclaré Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes, en marge d’une conférence de presse, mardi 4 avril à Milan, lors de l’événement "Design in the age of experience" organisé par l’éditeur français.

Aucune date n’a été précisée par le dirigeant. Interrogé par L’Usine Nouvelle, Pascal Daloz s’est contenté d’un : "Ca arrive, on avance pas à pas". Pour l’heure, la plate-forme de Dassault Systèmes reste embryonnaire. Une version béta privée de la market place a été lancée il y a à peine trois semaines. Cantonnée à la mise en relation de designers et d’imprimeurs 3D, elle rassemble 200 clients de Dassault Systèmes et 17 labs fournissant un service d’impression 3D, selon son chef de projet. L’éditeur se rémunère via une commission sur la transaction réalisée entre le designer et l’imprimeur 3D, payée par ce dernier.

"Toute notre gamme de logiciels sera accessible directement"

Au-delà de la simple mise en relation, le rôle de Dassault Systèmes consiste à "prendre le modèle numérique de la pièce fourni par le designer et à générer un ordre de fabrication auprès d’un imprimeur 3D", résume Pascal Daloz. Derrière cette intermédiation, il y a la maîtrise de l’objet numérisé, de sa conception à son usage en passant par sa fabrication. C’est sur ce savoir-faire historique que l’éditeur s’appuie pour corriger, voire optimiser ou enrichir, les designs, s’assurer de la faisabilité de l’impression dans une matière donnée ou sur telle ou telle machine, etc.

Aucune raison de limiter la valorisation de ce savoir-faire à l’impression 3D. "La market place va intégrer d’autres procédés de fabrication comme l’injection plastique, le formage, l’usinage, etc. On a déjà commencé", confie Pascal Dalloz, qui annonce : "La market place passera en version béta publique au second semestre 2017." L’étape d’après consistera donc à ouvrir à tous l’utilisation en ligne – non facturée – des logiciels de l’éditeur. "Toute notre gamme de logiciels sera accessible directement", insiste Pascal Daloz.

Changement de modèle économique

Il s’agit fondamentalement d’un changement de modèle économique. "Nous ne vendons plus l’outil, nous mettons l’outil à disposition et nous nous associons au résultat final. Du point de vue de l’utilisateur, vous n’achetez pas l’outil, vous achetez le résultat de l’outil", détaille le dirigeant. Et de résumer : "C’est la transformation numérique du numérique. Avec la market place, on veut disrupter le monde du logiciel – nous inclus !"

Cette mutation du modèle économique de l’éditeur viendra coiffer la transformation de son offre, concrétisée en 2012 par le lancement de sa plate-forme collaborative 3Dexperience. Il s’agit d’un environnement unifié qui connecte tous ses logiciels métiers et leurs utilisateurs autour d’un même référentiel : le modèle numérique du produit sur lequel ils travaillent.

Du concepteur à l’utilisateur en passant par le fabricant et le distributeur, toutes les personnes intervenant sur le produit sont potentiellement concernées. A cette plate-forme collaborative, la market place ajoute la mise en relation et un socle d’e-commerce. A la clé, pour l’éditeur : faire de ses logiciels des standards, toucher la "multitude" chère au numérique et capter une plus grande part de la valeur des industries qu’il sert.

L’Amazon de la conception et de la production des biens industriels

Il ne faut pas s’y tromper, c’est une véritable plate-formisation de l’industrie que porte la market place de Dassault Systèmes. "Ce qu’Amazon a fait pour l’achat, nous voulons le faire pour la conception, la fabrication et, d’une certaine manière, la distribution de biens industriels. C’est ça, le concept de la market place", expose Pascal Daloz. Selon le dirigeant, "ce qu’on appelait autrefois la supply chain, avec les donneurs d’ordres et les sous-traitants, va voler en éclats."

A la place, l’éditeur veut permettre aux industriels "d’aller chercher la compétence et la ressource machines disponibles au meilleur prix, quel que soit l’endroit du monde, tout en garantissant le résultat en termes de conformité et de traçabilité". De quoi, selon Pascal Daloz, exploiter les nombreuses "gisements de productivité" liées aux "ruptures de la chaîne numérique qui créent de l’inefficacité".

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