L'accélérateur de projets

Strasbourg et la région estiment seulement rattraper leur retard en terme de desserte ferroviaire. Les acteurs économiques, en peine de stratégie ces dernières années, annoncent les premiers investissements.

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L'accélérateur de projets

Le TGV Est entre en gares d'Alsace... « Trente ans qu'on l'espère. Enfin, il arrive ! », s'exclame Gilbert Grasser, directeur des affaires économiques du Medef Bas-Rhin. Plus largement, en Alsace, on parle surtout de mise à niveau, de rattrapage ou, encore, de soulagement... « Ça nous remet dans la course », analyse Vincent Froehlicher, le directeur de l'Adira, l'Agence de développement économique du Bas-Rhin.

Car tout le monde en est convaincu : le premier impact positif de la grande vitesse sera de changer « l'image de bout du monde » dont souffrirait la région. « Strasbourg est un peu l'entrée dans la Sibérie », plaisante Hervé Leroy, le directeur de l'Adeus (Agence de développement et d'urbanisme de l'agglomération strasbourgeoise). Pour le reste, c'est un saut dans l'inconnu. « Le TGV est comme une nouvelle tondeuse. On sait qu'elle va apporter plus, mais on attend de la voir à l'oeuvre pour savoir exactement ce qu'elle donne », affirme Jean-Luc Heimburger, vice-président de la CCI de Strasbourg et du Bas-Rhin, qui a animé pendant deux ans le groupe de travail économie, mis en place par la ville de Strasbourg pour préparer l'arrivée du TGV.

Attirer les entreprises et les cadres

Sur le site PSA Peugeot Citroën de Mulhouse (à 3h20 de Paris contre 4h30 actuellement), on ne sait pas encore si la nouvelle ligne bouleversera les habitudes. La problématique du fret semble plus prégnante que celle du transport de passagers entre Paris et Mulhouse. Mais d'autres ont déjà une idée précise du bénéfice qu'ils vont tirer de ce moyen de transport. C'est le cas de la SSII Activis, à Mulhouse. Membre du réseau Rhénatic, cette PME de 25 salariés, spécialisée dans le référencement de sites web et l'édition de logiciels, réalise 25 % de son chiffre d'affaires (2,2 millions en 2006, + 70 % par rapport à 2005) à Paris, où elle possède une agence. « A partir de juin, on n'aura plus aucun intérêt à prendre l'avion, affirme le P-DG, Patrick Rein. On fait une demi-douzaine d'allers-retours par semaine vers Paris et ils vont augmenter avec le TGV. Nous serons plus proches de nos clients, nous les inviterons chez nous... et cela nous permettra aussi d'attirer des collaborateurs. »

Vivement la suite !

Partout en Alsace, le regard des élus et des acteurs économiques se porte à l'horizon 2014-2015. A cette date, la seconde phase de la LGV-Est devrait être achevée, mettant Strasbourg à 1h50 de Paris. Vers le sud, la première phase de la branche est du TGV Rhin-Rhône, dont les travaux ont débuté en 2006 entre Dijon et Mulhouse, permettra de rejoindre Lyon en 3h15, contre 4h35 aujourd'hui depuis la capitale alsacienne. Du même coup, le temps de parcours entre Paris et le sud de l'Alsace devrait être réduit de près de deux heures. Enfin, la construction d'un nouveau pont sur le Rhin entre Strasbourg et Kehl, financé par l'Allemagne, facilitera l'interconnexion avec le réseau allemand. Loin d'être un cul de sac à l'est de la France, Strasbourg occupera alors une position centrale en Europe, à l'intersection des axes à grande vitesse Paris-Budapest et Marseille-Hambourg.


Vincent Froehlicher identifie trois publics qui profiteront en premier lieu de l'effet TGV : les cadres supérieurs qui, jusqu'ici, prenaient souvent l'avion ; les cadres moyens et les employés, qui suivent régulièrement des formations en région parisienne, et les universitaires, les chercheurs, les consultants, qui font attention aux frais réels. « Le côté "accélérateur de particules" du TGV jouera à plein si la stratégie de développement est basée sur l'innovation, la R&D, le tertiaire et l'immatériel », poursuit le directeur de l'Adira. Ce qui est précisément l'un des axes soutenus par le Schéma régional de développement économique (SRDE) de la Région Alsace, adopté il y a un an.

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"Strasbourg va devenir une banlieue de Paris"

Michael Carter
Directeur général de Socomec (interrupteurs industriels et onduleurs)

«La diréction générale de Socomec est à Benfeld, dans le Bas-Rhin, mais notre siège commercial se trouve à Paris. Chaque semaine, des dizaines de salariés font la navette entre Paris et Strasbourg, par avion à 80%. Je pense qu'on va presque entièrement basculer vers le train, pour lequel j'estime l'économie par voyage à 60% environ. Et, dans le TGV, on pourra bosser sur son ordinateur pendant deux heures. A la fin, ca fait de sacrés gains de productivité... Ca va aussi nous permettre de faire venir plus facilement nos clients à Benfeld, ce qui est toujours intéressant en terme de communication. Pour le moment, nous avons une vingtaine de visites par semaine, et offrir l'avion à ces gens, cest un peu cher. Psychologiquement, la carte de France va changer: Strasbourg, qui était écarté de tout, va devenir une banlieue de Paris, ou l'inverse.»


Une offre tertiaire encore balbutiante

Reste le cas de Strasbourg, qui ne dispose pas d'un centre d'affaires près de sa gare. Un handicap ? Des immeubles tertiaires, dont l'un édifié par Nexity, devraient toutefois sortir de terre de part et d'autre de la gare dans ces prochaines années. Mais, du fait du caractère central de sa gare, située au coeur d'un quartier d'habitation, Strasbourg a surtout fait le choix d'un développement urbain plus diffus, étalé le long d'un axe ouest-est qui court du Zénith, en construction, au quartier du Port-du-Rhin. Et, près des institutions européennes, le déménagement programmé du Parc des expositions devrait également libérer du foncier très attractif pour de « beaux sièges d'entreprises », selon la municipalité. « D'ici cinq à huit ans, on construira 600 000 mètres carrés, moitié bureaux, moitié logements », annonce Fabienne Keller, le maire (UMP) de Strasbourg. L'un des projets les plus emblématiques est celui des anciens terrains charbonniers « Starlette », en voie de viabilisation, appartenant au Port autonome de Strasbourg. Meunier Immobilier d'entreprise y prévoit la réalisation de 60 000 mètres carrés, des bureaux et locaux d'activité essentiellement, adossés à un hôtel 4 étoiles. Parmi les espoirs de Fabienne Keller : que la dimension européenne de Strasbourg soit renforcée par le TGV, et que le dynamisme universitaire et culturel de la ville séduise des laboratoires, des entreprises innovantes et des sièges d'entreprise.

Thomas Calinon

Miser sur les ressources régionales

Adrien Zeller
Président UMP du Conseil régional d'Alsace

Quel est l'état de l'économie alsacienne, avant l'arrivée du TGV ?
Elle a passé des moments très difficiles. C'est une économie manufacturière, très internationale, qui a subi de plein fouet le choc des délocalisations. Pendant cinq ans, le chômage a augmenté deux fois plus vite que la moyenne nationale, passant
de 5 à 9 %. Heureusement, l'Alsace reprend des couleurs. Le chômage est aujourd'hui à 7,3%. On s'attend encore à des difficultés dans l'automobile, malgré une hausse de la population active et les importants investissements annoncés ces derniers mois par des entreprises comme Liebherr, Kuhn ou Behr France.

Le Schéma régional de développement économique met l'accent sur l'aide à l'innovation...
Le développement économique doit être plus autocentré, moins dépendant de la grande industrie manufacturière internationale. Il faut s'appuyer sur les ressources régionales, comme le tourisme et la filière bois, ainsi que sur toutes les PME liées aux éco-activités. Il faut développer les filières communes telles que BioValley, relancer l'activité congrès de Strasbourg qui était un peu en perte de vitesse, encourager la recherche universitaire et le tertiaire supérieur... Nous préparons un incubateur tertiaire et nous avons désormais un pôle TIC avec le réseau Rhénatic. Dans tous ces domaines, ça bouge ! Le TGV va-t-il accélérer cette mutation ? Le TGV ne fera pas tout. Ce n'est pas lui qui rapprochera l'université de l'industrie Ça, on y travaille. Mais, il va valoriser cette évolution positive et aider tous ceux qui veulent bouger.

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