"L'absentéisme peut être un signal fort de mal-être au travail", explique Fabien Piazzon

Fabien Piazzon était partenaire "Qualité de vie et travail" chez Aymig. Il a publié "Absentéisme : l'alerte rouge. panser et repenser le travail". Il prévient DRH et DG : l'absentéisme ne doit pas être banalisé. Il est, dans certaines situations, un révélateur puissant du mal-être au travail. Pour le combattre et le réduire, il faut remonter à la source. 

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi consacrer un ouvrage à l'absentéisme ?

Fabien Piazzon - Je travaille sur ce sujet depuis 13 ans. Au début, c’était réservé aux experts RH, aux fameux "professionnels de la profession". Peu à peu, le sujet s’est popularisé et est devenu emblématique de la transformation du travail et du rapport au travail. Les politiques s’y intéressent ; on fait le lien avec les questions de santé au travail.

L'obligation de santé au travail date de la loi de 1898. Le droit s’est enrichi avec des directives européennes. En France, il y a eu une bascule très forte avec les dossiers de l’amiante et l’accident de l’usine AZF et la question des risques psycho-sociaux en entreprise L’obligation de santé est devenue une obligation de résultats. En résumé, le contexte dans lequel on pense la question de l’absentéisme a changé.

Quel est le lien avec l’absentéisme justement ?

L’entreprise devrait toujours réfléchir par rapport aux causes de l’absentéisme, pour pouvoir enclencher le cas échéant des actions de prévention. Ce n’est pas la même chose si l’absentéisme résulte d’un arrêt maladie pour accident du travail, pour maladie professionnelle, un accident de trajet, ou encore pour un maladie plus classique. En tant qu’expert du sujet, je recommande de toujours regarder la proportion dans la catégorie "absence injustifiée". Cela révèle que l’entreprise banalise l’absentéisme, ne cherche pas à en connaître les causes. C’est d’une certaine façon un fait acquis : il y a des salariés absents et on ne sait pas pourquoi.

Pourquoi n'est-ce pas la bonne attitude ?

Outre les raisons qui font qu’une entreprise devrait toujours s’intéresser à ses salariés, elle devrait le faire pour la dimension économique du phénomène. Ces absences injustifiées concernent essentiellement ce qu’on appelle le petit absentéisme, qui est celui qui revient le plus cher. Il désorganise le travail collectif bien davantage que les arrêts longs.

Pourquoi est-ce si important de connaître les causes ?

Par l’absence, beaucoup de salariés affirment leur mal-être au travail. En simplifiant beaucoup, quand vous vous réveillez le matin, il y a un certain nombre de barrières à franchir entre votre lit et votre lieu de travail. En général, l’intérêt que vous avez pour le travail vous aide à franchir toutes ces barrières. Le petit absentéisme pose la question suivante : pourquoi certains jours certaines personnes décident de ne pas les franchir ?

Que sont ces barrières dont vous parlez ?

Elles sont nombreuses et de différents ordres. Ça peut être les bouchons sur la route, les retards du métro, un mauvais rhume, une insomnie ou encore un enfant malade… Ce qui est intéressant quand on étudie les causes de l’absentéisme, c’est qu’on se donne les moyens d’agir dessus. C’est ce que les spécialistes de la question appellent l’effet crèche d’entreprise. Quand on résout un problème des salariés, on réduit l'absentéisme. Lutter contre le petit absentéisme, c’est trouver des solutions à des problèmes très concrets.

L'intérêt du travail baisse-t-il certaines de ces barrières ? Pour le dire autrement, quand on aime son travail, on va passer outre le mauvais rhume ?

On reconnaît 7 dimensions dans le rapport au travail : l’éthique de l’entreprise, les relations au travail, la santé au travail, l’employabilité, la flexibilité, le rapport gagnant gagnant et le contenu du travail. Pour lutter contre le petit absentéisme, les responsables doivent réfléchir aux leviers les plus pertinents à actionner parmi tous ceux-là. Un travail dont le contenu est plus intéressant peut être une des solutions à envisager, mais ça ne marche pas à tous les coups.

Le manager d’équipe peut-il avoir une influence, qu’elle soit positive ou négative d’ailleurs ?

Quand on va travailler, on croise plus souvent son chef immédiat que son patron. Le manager est un noyau central du rapport au travail, il définit l’organisation et la charge de travail. C’est aussi lui qui organise et met en œuvre le télétravail dans son service, quand ce dernier existe dans l’entreprise. Le télétravail peut d'ailleurs être un bon moyen pour lever certaines des barrières que j’évoquais.

Ceci dit, il ne faut pas culpabiliser les managers en les accablant de tous les maux. Rien ne serait pire et contraire au message du livre que de faire porter toute la responsabilité du petit absentéisme sur les managers. On ne peut blâmer des personnes qui ont été sélectionnées parce qu’elles avaient les bonnes qualités dans le passé de ne plus être en phase avec les nouveaux impératifs. L’urgence serait plutôt de les former pour qu’ils s’adaptent et contribuent eux-aussi à lever certaines des barrières.

Absentéisme : l'alerte rouge Aymig Institute

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