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Kone creuse pour atteindre le ciel

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Reportage Les ascenseurs les plus hauts ne sont pas toujours testés dans des gratte-ciel. En Finlande, Kone a implanté un laboratoire dans une ancienne mine de calcaire.

Kone creuse pour atteindre le ciel
Le centre de test est installé sur le site d’une ancienne mine encore en activité.

Les entreprises citées

Le lieu pourrait être l’équivalent finlandais de la zone 51, la plus secrète des bases américaines. À une heure d’Helsinki, ce terrain vague à proximité d’un lac est la partie émergée d’une vieille mine toujours en activité. Ici, ni barbelés ni caméra, mais un bâtiment contemporain orné du logo de Kone. Que vient faire l’un des principaux fabricants mondiaux d’ascenseurs et d’escalators en rase campagne ? "Depuis vingt ans, c’est ici que nous testons les ascenseurs destinés aux immeubles de grande hauteur", indique Antti Hoppania, le directeur qualité de Kone. Une réponse qui n’éclaire pas beaucoup le visiteur interloqué, aucun gratte-ciel ne se dessinant à l’horizon. La réponse est sous terre.

Le site de Tytyri est le laboratoire de test le plus profond du monde. Kone a aménagé ce sous-sol pour bénéficier d’un environnement où l’humidité, le froid et les moisissures s’ajoutent aux voyages verticaux les plus sévères. Depuis son arrivée, en 1997, le finlandais a même agrandi la zone, excavant 200?mètres cubes de roche en dix mois. Le site cumule onze gaines sur 1,6 kilomètre de puits. Sept sont destinées aux immeubles "supertall" et "megatall", comme la tour China Zun (Chine), et quatre aux immeubles "mid and low", comme la tour First de La Défense. "Nous poussons ici les limites physiques de nos produits comme nulle part ailleurs, précise Tomio Pihkala, le directeur de la technologie de Kone. Même la tour de 235 mètres à Kunshan (Chine), l’autre laboratoire pour ce type d’appareil, n’est pas à la hauteur de ces défis."

Pour s’en assurer, il faut embarquer à bord d’un ascenseur futuriste aux parois nacrées et aux angles incurvés, direction 300 mètres au-dessous du niveau de la mer. La cabine file à 6 mètres par seconde, pourtant le mouvement est imperceptible. Au-dessus de la porte, un écran miroir affiche la vitesse et la distance parcourue. Une fois arrivé dans la froide galerie où l’eau ruisselle, il faut commencer par déglutir pour se déboucher les oreilles. C’est dans ce milieu extrême que tous les composants électroniques et mécaniques sont soumis aux pires conditions d’utilisation. Le test de freinage de sécurité donne lieu à « des chutes libres de cabine de 10 tonnes sur une distance de 200 mètres », raconte Antti Hoppania. Les ingénieurs sont chargés de trouver la combinaison optimale de performance, de confort et de sécurité.

C’est ici aussi que sont éprouvées des innovations comme l’UltraRope, qui multiplie par deux la hauteur d’un ascenseur. « Auparavant, une installation de grande hauteur devait comporter des batteries tous les 200 mètres. C’était la limite technique due au poids cumulé de la charge, de la cabine et des câbles de traction, indique Antti Hoppania. L’UltraRope nous a permis de dépasser ces contraintes en remplaçant l’acier des câbles par de la fibre de carbone, plus résistante et dix fois plus légère. » Les appareils du finlandais peuvent ­parcourir jusqu’à un kilomètre en un trajet unique. En outre, les câbles en carbone sont beaucoup plus stables quand l’immeuble est chahuté par le vent. Deux atouts grâce auxquels Kone a été retenu pour des projets pharaoniques, notamment la tour Taipei 101 (508 mètres), à Taïwan, et la Jeddah Tower, en Arabie saoudite, qui culminera à 1 001 mètres. Cinquante-sept ascenseurs parcourront ses 167 étages à une vitesse de 10 mètres par seconde, contre 6 habituellement.

Le digital pour fluidifier la mobilité urbaine

Kone n’est pas seulement un spécialiste des ascenseurs, il installe aussi des escaliers mécaniques, des trottoirs roulants et des portes automatiques. Autant d’éléments de mobilité qui doivent participer à la construction de la ville intelligente. « Nous voulons améliorer la mobilité dans les villes, insiste Henrik Ehrnrooth, le PDG de Kone. Notre mission consiste à faciliter les déplacements au sein des immeubles, mais aussi entre eux. » La digitalisation représente un point clé de la stratégie du fabricant pour améliorer l’expérience des utilisateurs. D’ici peu, tous ses équipements seront interconnectés pour optimiser les temps de déplacement, le confort et renforcer la sécurité au sein des édifices. Des systèmes intelligents de gestion de destination sont déjà en place dans les immeubles de bureaux grâce au concept de « people flow intelligence », dont devraient sous peu bénéficier les immeubles d’habitation.

L’une des solutions consiste à accompagner le salarié du passage du portique de sécurité jusqu’à son bureau, de manière totalement fluide. Une fois identifié grâce à son badge ou à son smartphone, l’utilisateur est orienté vers l’ascenseur dont le temps d’attente est le plus court et les arrêts les moins fréquents. Le système rationalise les flux du matin, du soir et de la pause déjeuner. « Nous parvenons à grouper les passagers en fonction de leur étage de destination et nous faisons disparaître les encombrements sur les paliers », résume Alain Piguet, le directeur expérience client, chargé des solutions « people flow intelligence ».

Kone propose également l’affichage de contenus corporate, d’actualité, de trafic et permet aux gestionnaires de bâtiment de superviser à distance l’ensemble des installations. D’ici à la fin 2017, d’autres services verront le jour. En phase d’expérimentation en Estonie, un portier digital destiné aux immeubles de bureaux ne disposant pas d’accueil physique permettra au visiteur, via son smartphone ou par le biais d’une borne vidéo, de se signaler et de s’identifier auprès de son interlocuteur, qui lui donnera accès à l’immeuble et lui réservera un ascenseur qui le déposera au bon étage. Un début de révolution dans un futur en construction, où densification des villes et verticalité des architectures s’annoncent inéluctables. 

Il équipe…

La plus haute tour du monde Jeddah Tower (Arabie saoudite), 1 001 mètres, 65 ascenseurs

La plus haute tour d’Europe The Shard (Londres, Royaume-Uni), 310 mètres, 33 ascenseurs

La plus haute tour de France Tour First (la Défense), 231 mètres, 28 ascenseurs

 

L’intelligence artificielle au service du zéro panne

D’ici à 2020, le fabricant finlandais, qui assure la maintenance de ses appareils et de ceux de ses concurrents, a prévu de connecter plus de 1 million d’ascenseurs et d’escaliers mécaniques au programme d’intelligence artificielle Watson d’IBM. Kone mise sur cette technologie cognitive, qui doit gagner en précision avec le temps, pour développer la maintenance prédictive. « Nous serons bientôt en mesure de précéder les incidents », affirme son directeur de la technologie, Tomio Pihkala. Aujourd’hui, 1 % de défaillances par an obligent les utilisateurs à emprunter les escaliers. Si ce taux semble dérisoire, le désagrément s’aggrave si l’ascenseur est situé dans un hôpital ou une tour haute de plusieurs centaines de mètres. Avec Watson, Kone déploie une passerelle entre ses équipements et le super-programme, qui analyse des centaines de séries d’informations : ouverture-fermeture des portes, arrêts anormaux, vibrations, charge, température dans la gaine… « Ce diagnostic permanent doit permettre d’anticiper les indisponibilités et de réduire la durée de mise à l’arrêt, explique Alain Piguet, le directeur expérience produit. Grâce à Watson, bientôt, le technicien se rendra sur site en sachant quelles pièces apporter et des tutoriels pourront l’accompagner dans les cas de technologies anciennes ou d’anomalies très spécifiques. » 

 

 

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