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Kodak se meurt, vive les start-up!

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Enquête Officiellement en faillite depuis janvier, le pionnier de la photo espère encore rebondir. Dans son berceau de Rochester, les start-up font au moins fructifier son patrimoine.

Rochester sans Kodak, ce serait comme Clermont-Ferrand sans Michelin. Une ville orpheline. Bien plus qu'une simple entreprise, l'inventeur de la pellicule est, depuis 1881, l'emblème de cette cité du nord de l'État de New York, près de la frontière canadienne. Le 19 janvier 2012, pourtant, la célèbre marque au logo rouge et jaune s'est placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Triste épilogue d'un déclin entamé il y a plusieurs décennies. De 145 300 salariés à son apogée en 1988, l'effectif mondial de Kodak est tombé à 18 800 aujourd'hui. La chute a été particulièrement brutale dans son fief de Rochester, où le nombre d'employés du groupe est passé de plus de 60 000 en 1982 à moins de 7 000 à l'heure actuelle.

Dans le centre-ville, les signes de cette morosité sont bien apparents : parking du siège de Kodak désert, quartiers nord laissés à l'abandon. Pourtant, la ville se porte bien, avec un taux de chômage de 7,3% en décembre 2011, inférieur à la moyenne nationale (8,5%). Paradoxalement, cette réussite est due en partie... à Kodak. L'entreprise s'est en effet mobilisée pour participer à la transition et préserver une part de son héritage. Entre 2003 et 2007, Kodak a investi 200 millions de dollars pour ouvrir son parc industriel, l'un des plus grands du monde, à d'autres entreprises. Rebaptisé Eastman Business Park, le site de 445 hectares accueille aujourd'hui 6 000 employés. La moitié travaille pour Kodak, l'autre pour 35 compagnies, dont plusieurs start-up. « Nous avons toutes les installations nécessaires : des laboratoires de recherche, des bureaux, un centre de traitement chimique, et même une centrale électrique de 150 MW », commente Michaël Alt, le directeur du parc.

 

Un terreau fertile, mais en manque d'investissements

Direction le bâtiment 35 - le parc en compte 80. Après un interminable couloir bordé de bureaux désaffectés, de la lumière apparaît enfin à travers une porte vitrée. Nous sommes chez Cerion Energy, la première start-up à s'être installée dans le parc, début 2008, convaincue par l'argument « clés en main ». « Construire nos propres installations nous aurait pris du temps et coûté plusieurs millions de dollars. En venant ici, nous avons gagné au moins un an pour commercialiser notre additif pour carburants », estime Douglas Singer, le vice-président chargé de la production. Chaque mois, Cerion Energy paie un loyer à Kodak pour les bâtiments, l'eau, l'électricité ainsi que le traitement des déchets chimiques. Mais la coopération ne s'arrête pas là. « Prenez l'exemple des analyses, remarque Douglas Singer. Nous pourrions les faire dans notre laboratoire de contrôle qualité. Mais pourquoi dépenser 500 000 dollars pour acquérir le matériel, quand nous pouvons envoyer nos échantillons à Kodak qui nous propose ce service à un coût très compétitif ? »

Autre acteur essentiel de ce renouveau : l'université de Rochester, qui doit beaucoup à la générosité du fondateur de Kodak, George Eastman. Avec ses deux hôpitaux et ses 19 000 employés, c'est le premier employeur de la région. Mais surtout, depuis 1996, 51 start-up (dont 38 encore actives) ont été créées à partir de technologies développées dans ses laboratoires. Parmi elles, VirtualScopics fait figure de modèle. Spécialisée dans l'imagerie médicale, la société fondée en 2000 compte à présent une centaine d'employés. Son PDG, Jeff Markin, était l'un des dirigeants de la branche médicale de Kodak, vendue en 2006. « Kodak ne se contentait pas de recruter les profils les plus brillants, il continuait d'investir dans son capital humain, précise-t-il. Par exemple, l'entreprise a financé mon MBA à l'université de Rochester. » « Kodak a mis Rochester sur la carte », renchérit Mark Zupan, en référence aux milliers d'ingénieurs et autres cadres du monde entier recrutés pendant des décennies.

Ils sont nombreux à penser que le dynamisme de la métropole s'explique par la qualité de cette main-d'oeuvre et de la formation. « Beaucoup d'employés très qualifiés ont pris leur retraite de chez Kodak très jeunes, vers 55 ans. Aujourd'hui, ils ont du temps et envie de travailler pour des petites start-up ou de créer la leur, analyse Michaël Alt. Combinez cela avec la force de nos deux universités principales, et vous obtenez un formidable écosystème pour les start-up. »

Une pièce manque toutefois au puzzle : les investissements. « À la différence de Boston ou New York, Rochester manque d'investisseurs et de fonds de capital-risque », déplore le directeur du parc Eastman. Certes, le fonds d'innovation du géant pharmaceutique Merck vient d'injecter 3 millions de dollars dans VirtualScopics, car cette dernière évolue dans le secteur porteur de la santé. Pour d'autres, la situation est plus délicate. Natcore, l'une des start-up installée au sein de l'Eastman Business Park est, elle, toujours à la recherche d'investisseurs pour produire sur le sol américain ses modules solaires à couches minces. Et cette fois, Kodak ne peut rien y faire. Son fonds d'investissement a fermé il y a sept ans. Sa dette est estimée à près de 7 milliards de dollars. Le géant en faillite a raclé tous les fonds de tiroir et si sa mort semble désormais inéluctable, il peut s'enorgueillir, en regardant Rochester, d'une sortie avec panache.

L'EASTMAN BUSINESS PARK

200 millions de dollars investis entre 2003 et 2007 445 hectares 80 bâtiments 35 start-up 6 000 personnes sur le site

TROIS START-UP QUI PROFITENT DE LA SUCCESSION

CERION ENERGY Date de création 2007 Lien avec Kodak La moitié des employés de Cerion sont des anciens de Kodak. Comme son cofondateur, le Dr. Ken Reed, qui y a passé plus de trente ans, et où ses travaux de chimiste-physicien ont donné lieu au dépôt de 24 brevets. Activité Cerion produit le GO-2, un additif pour carburant diesel composé de nanoparticules d'oxyde de cérium. Ces nanoparticules « nouvelle génération » améliorent le processus de combustion, augmentant le rendement de 10% tout en réduisant les émissions polluantes. VIRTUALSCOPICS Date de création 2000 Lien avec Kodak Jeff Markin, le PDG, a passé vingt-six ans dans la branche médicale de Kodak. Le directeur technique et le responsable du développement des logiciels qu'il a recrutés viennent aussi du groupe. Activité La société (100 personnes) est spécialisée dans les biomarqueurs et les systèmes d'analyse d'images médicales. Elle a développé un système semi-automatisé de mesure et de surveillance. Bénéficiaire depuis 2009, VirtualScopics a triplé son chiffre d'affaires en cinq ans (14 millions de dollars en 2011). NATCORE TECHNOLOGY Date de création 2007 Lien avec Kodak La société, située dans le New Jersey, vient d'installer toutes ses activités de recherche dans le parc Eastman, à Rochester. Elle a embauché deux anciens de Kodak. Activité Nactore affirme avoir mis au point la « cellule solaire de demain », en améliorant une technologie du gouvernement américain, le black silicon. Cette cellule absorbe la lumière à 99,6%, sans utiliser d'anti-réfléchissant. Natcore souhaiterait produire des modules solaires à couche mince à Rochester. Le reste de la production se fera en Chine avec des partenaires.

 

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