JURAMOREZ DÉFEND SES MONTURESPour faire face aux concurrences italienne et asiatique, trente-sept lunetiers mettent sur pied le premier plan qualité à l'échelle d'une profession.

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MOREZ DÉFEND SES MONTURES

Pour faire face aux concurrences italienne et asiatique, trente-sept lunetiers mettent sur pied le premier plan qualité à l'échelle d'une profession.



Trente-sept entreprises de la lunetterie du bassin de Morez se sont associées fin 1994 pour tenter une contre-offensive que certains professionnels estiment être celle de la dernière chance. L'apparition des discounters, le succès des modèles italiens et la concurrence asiatique ont rogné la part de marché des lunetiers jurassiens spécialisés dans les montures en métal (celles en plastique sont produites à Oyonnax). Après une année 1993 désastreuse, les ventes de la capitale française des montures n'ont augmenté que de 0,5% en 1994 (soit 1,4milliard de francs). En dix ans, le nombre des entreprises moréziennes de ce secteur est tombé de 70 à 43. Dans cette vallée du Jura, l'industrie de la lunetterie est vitale. Sur 7000habitants, 2800salariés réalisent et commercialisent huit millions de montures par an. Après avoir vu leurs entreprises d'émail et leurs horlogers fermer leurs portes, les Moréziens sont décidés à défendre la lunetterie, une spécialité régionale depuis 1796. C'est la première fois en France qu'un plan d'action qualité est mis en place pour toute une filière. La profession a recruté un ingénieur pour promouvoir l'innovation auprès des lunetiers et pour siéger aux commissions communautaires chargées de définir les normes des montures européennes. Pendant longtemps, la chaise destinée à la région est restée vide, faute de moyens et de stratégie. "Ce temps est révolu, assure Pierre Maillard, qui pilote le projet en tant que président de l'IRDQ de Besançon (Institut de recherche et de développement de la qualité). De vieilles rivalités locales se sont estompées. Des concurrents directs tels que L'Amy et Bourgeois participent conjointement au projet."

Un label "lunettes du Jura"

L'opération qualité menée sur deux ans et demi par lesentreprises représente un budget de 2,6millions de francs; elle est financée par le conseil régional, le ministère de l'Industrie et le Feder. Son objectif: améliorer les relations entre les entreprises de la filière et surtout créer un label "lunettes du Jura". Daniel Rémy, P-DG de Lux de Morez, attend beaucoup de cette certification: "Un label nous permettrait de jouir d'une meilleure image de marqueauprès de nos nombreux clients étrangers." Son obtention devrait aussi faciliter le référencement auprès des centrales d'achats. "Tout le monde a ou aura à brève échéance la certification ISO9000; le label sera un atout supplémentaire", note Pierre Maillard.

Encore faut-il définir le référentiel qui lui servira de base. Les membres du syndicat professionnel ont rendu visite à chaque société pour définir son niveau de qualité et l'étalon sur lequel devront se calquer tous les fabricants de la région. "La difficulté consiste à pousser les entreprises à produire du moyen et du haut de gamme", confie Jean-Louis Crestin-Billet, président du syndicat des lunetiers du Jura. "C'est un impératif dès lors que certains fabricants chinois ont investi le créneau des premiers prix avec des montures à 5 francs", renchérit Daniel Rémy. L'opération ne réclame pas des mises de fonds considérables. "La lunetterie est une industrie de main-d'oeuvre; il s'agit plus de formaliser les procédures que de relancer l'investissement", explique Maurice Maison, correspondant qualité du fabricant Bourgeois. L'initiative est pourtant une gageure. Dans un secteur aussi atomisé que celui de la lunetterie, clarifier les échanges entre les acteurs de ce marché n'est pas tâche aisée. Le bassin de Morez rassemble des fabricants de montures, des fournisseurs de composants (tenons, charnières, embouts, etc.) et des spécialistes de l'outillage. A l'issue du diagnostic, chaque société a des aménagements à faire. Ainsi, Bourgeois a été incité à revoir ses contrôles sur les pièces détachées des fournisseurs. "Nous serons plus exigeants à l'arrivée des composants", assure Maurice Maison. A mi-parcours, les participants dressent un bilan positif. "C'est le nivellement par le haut. Les entreprises les plus petites profitent de l'expérience de leurs partenaires, les structures plus importantes gagnent à rédiger des cahiers des charges plus détaillés", plaide Maurice Maison.

Une meilleure coopération avec les donneurs d'ordres

Comotec, le plus grand fabricant de composants, affiche ses ambitions: "Nous espérons réduire la durée de fabrication d'un modèle de six à trois mois grâce à notre meilleure intégration au processus de création. Désormais, nous participerons avec les donneurs d'ordres à l'élaborationdu cahier des charges", explique Claude Rabut, chargé de projets. "Cette initiative sert de catalyseur. On travaille sur la qualité depuis des années, mais la convergence des trente-sept entreprises de la région va nous faire accomplir des pas décisifs", résume Christian Receveur, P-DG de Comotec. Les Moréziens pensent que les fabricants de montures en plastique d'Oyonnax vont suivre leur exemple. Mais les étrangers ne restent pas inactifs. Les Italiens de la région de Cadore ont entamé une démarche analogue.

Fabienne LISSAK



Faire encore mieux à l'export

Les Moréziens exportent 40% de leur production et cherchent à faire encore mieux. D'une part, les pays en voie de développement représentent un marché potentiel important: 20% de la population font corriger leur vue, contre 50% dans les pays développés. D'autre part, les fabricants français ont un handicap sur leur marché national par rapport à leurs concurrents des autres pays industrialisés: en France, la durée de vie des lunettes est de trois ans, contre deux en Allemagne et un an aux Etats-Unis.





USINE NOUVELLE N°2493

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