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Jules Verne réinvente la production

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Technocampus, fablabs, usine-école… Le pôle nantais déborde de projets et conforte son rôle de pionnier en matière d’innovations dans la production industrielle.

Jules Verne réinvente la production © jean-claude moschetti / réa

Nul n’imaginait, lors du lancement des pôles de compétitivité, l’ampleur que prendrait cette initiative à Nantes (Loire-Atlantique). Un quartier entièrement dévolu à l’innovation industrielle est en cours de construction au sud de la ville. Ce campus se nomme la Jules Verne Manufacturing Valley. L’écrivain nantais, francophone le plus traduit au monde, se trouve ainsi associé à un anglicisme désignant la thématique générale du pôle : la production industrielle. « C’est un concept assez difficile à décrire puisqu’il est multisectoriel, multitechnologies et multimatériaux, admet Laurent Manach, le directeur du pôle de compétitivité EMC2. Cette thématique n’est pas uniquement cantonnée à l’aéronautique et aux composites. Elle s’intéresse à l’amélioration de la compétitivité de la production, à la création de nouvelles technologies, de nouveaux produits, en tenant compte de la raréfaction des ressources. »

Jules Verne manufacturing valley est aussi un label associant ses trois composantes : le pôle EMC2, l’Institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne et le groupement qui gère le Technocampus composites, vaste centre de R & D créé par la région des Pays de la Loire et dont Airbus est l’un des principaux occupants. Les chiffres donnent la mesure de la dynamique Jules Verne. Le pôle EMC2 génère une cinquantaine de projets collaboratifs par an. En dix ans, il a mobilisé plus d’un milliard d’euros en R & D. Quant à l’IRT, il compte au total 37 membres industriels, dont 14 PME. Il dispose d’un budget de 30 millions d’euros cette année. Il a déposé dix brevets et travaille sur 50 projets de recherche représentant un budget total de 70 millions d’euros.

Un campus de recherche, de formation et d’innovation

Le Technocampus composites est le principal théâtre de ces projets de recherche en robotique, cobotique, assemblage, matériaux, formage… Le Cetim, en particulier, vient d’y installer deux modules d’une ligne pilote composites à grande cadence. Représentant un investissement de 14,7 millions d’euros, ces éléments sont les premières briques du projet de la plate-forme nationale sur les procédés composites, lancé sous l’impulsion de la filière automobile française. Elles concernent le « nappage » et le « RTM pour thermoplastiques fluides ». Des technologies « textile » et « assemblage » devraient suivre. L’enjeu est d’améliorer la maîtrise des composites pour la production de sous-ensembles complexes selon les cadences et les prix exigés par l’automobile.

D’autres éléments se mettent en place dans la galaxie Jules Verne, dont une usine-école, la Manufacturing academy. Une réponse à la crise des vocations qui affecte la filière. « L’enjeu est de rendre un peu d’attrait aux formations industrielles, souligne Stéphane Cassereau, le directeur de l’IRT. Certaines, de niveau pré-bac, ne remplissent que 50 à 60 % de leurs places en dépit des débouchés. L’objectif est de créer des passerelles, d’associer le monde universitaire et celui des écoles d’ingénieurs mais aussi de faire travailler des techniciens, des opérateurs et des ingénieurs sur des projets communs. » Une telle mixité doit aussi éveiller l’ambition de chacun : les bac pro, par exemple, peuvent envisager des études supérieures.

Ce campus sans équivalent accueillera un millier d’étudiants. On y enseignera les dernières technologies d’assemblage, de soudage, de collage et la robotique, la modélisation, la simulation des procédés, la gestion de production, l’organisation d’usine… Les dix écoles participantes y partageront des équipements de pointe qu’elles ne pourraient se procurer elles-mêmes, notamment des systèmes à commandes numériques complexes ou des machines de fabrication additives. L’édifice de 8 000 m2, construit sous maîtrise d’ouvrage régionale, coûtera 30 millions d’euros, avec un financement du programme des investissements d’avenir.

Le Pôle EMC2 nourrit aussi le projet d’une plate-forme de 1 000 à 2 000 m2 dédiée à la fabrication additive, une technologie de production par adjonction de matière. « L’objectif est que les PME apprennent à se servir de ces technologies pour qu’elles accélèrent leur arrivée sur ce marché », explique Laurent Manach. La plate-forme s’intéresserait aux process additifs liés au métal, aux polymères et aux composites.

Entre-temps, en juin, c’est un second Technocampus, baptisé Océan, qui sera inauguré. Comme son alter ego Composites, cet édifice de 17 000 m2 associera des industriels et des acteurs de la recherche académique. Technocampus sera spécialisé dans les nouveaux alliages métalliques plus légers et plus performants, les nouvelles méthodes d’assemblage et de soudage pour construire des structures plus résistantes et moins coûteuses, la simulation numérique… La plate-forme regroupera environ 350 chercheurs et techniciens, issus de DCNS, Dassault systèmes, STX France, Alstom, mais aussi des PME et des écoles. À plus long terme, un troisième technocampus est prévu dans le voisinage. Il réunira les équipes de General Electric-Alstom travaillant sur les énergies marines, ainsi que le futur centre de supervision de ses parcs éoliens en mer d’EDF.

Tout un aménagement urbain à tisser

Ces différents projets impliquent un enjeu d’aménagement urbain. Pour l’heure, c’est encore un quartier périphérique, situé près de l’usine Airbus et de l’actuel aéroport, qui manque singulièrement d’attrait. Commerces et lieux de convivialité font défaut. Un projet d’hébergement de 100 logements, porté par Nantes métropole, accompagnera l’usine-école. La collectivité portera aussi la maîtrise d’ouvrage d’une maison Jules Verne d’ici à la fin de l’année 2017. Cet immeuble de 4 000 m2 implanté entre les usines d’Airbus et de Daher constituera « l’épicentre du quartier » et le siège de la Jules Verne manufacturing valley. « Il devra faciliter les rencontres des acteurs, être un lien d’animation, de présentation de technologies et de stratégies, explique Laurent Manach. Il permettrait de recevoir des délégations étrangères, de mettre des bureaux à la disposition des PME pour qu’elles soient au cœur du dispositif. » ??

Un « Manufacturing thinking » à Nantes

Creuset d’innovations, la communauté Jules Verne est bien placée pour observer les grandes mutations remettant en cause les processus industriels : la montée en puissance des technologies numériques, la prise en compte du design, mais aussi le « Maker movement », version technologique du « do it yourself » ou la notion d’industrie « as a service » et « l’uberisation » qui en découle, à savoir une offre disponible à tout moment et sans délais, s’inspirant de l’application honnie des chauffeurs de taxis. Tels seront les thèmes de la première édition du Manufacturing thinking qui se tiendra les 22 et 23 juin à la Cité des congrès de Nantes. Ce forum réunira des chefs d’entreprise et des experts internationaux sur le thème « Produire différemment ». On parlera aussi de la hiérarchie en entreprise et de cobotique. « L’ambition est d’aborder l’industrie sous un angle transversal, plus large que les seuls aspects technologiques, avec une vision environnementale, sociétale », précise Laurent Manach, du pôle EMC2, qui rêve de « rendre l’industrie aussi cool que les technologies numériques ».

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