Jour férié : Une fausse bonne solution

Publié le

L'émotion n'est pas toujours bonne conseillère en matière politique. Au moins dans le domaine social et économique.

La France est un pays généreux. Quoique très individualistes, les Français n'en sont pas moins toujours prêts à prendre le parti des victimes. Systématiquement interpellé, l'Etat est alors sommé de réagir. Ce qu'il ne fait, hélas, pas toujours à bon escient. Il y a deux ans, l'émotion créée par des plans sociaux jugés brutaux chez Danone et Marks & Spencer avait ainsi conduit le gouvernement Jospin à échafauder, dans la précipitation, une " loi de modernisation sociale ". Décidé à se protéger à tout prix de critiques prompts à dénoncer l'inaction, Lionel Jospin avait alors imposé une réforme totalement inadaptée et sans grande concertation.
Cet été, c'est la vague de décès due à la canicule qui a mis le Gouvernement sur la sellette. Ebranlés par les critiques qui lui collent depuis à la peau, Jean-Pierre Raffarin et son équipe, en jouant sur le sentiment de culpabilité dans un pays où les " vieux " n'ont plus vraiment leur place, ont pensé trouver la solution : le sacrifice d'un jour férié au nom de la solidarité. Le Medef et les milieux patronaux ont d'abord applaudi une initiative qui marquait un changement des mentalités après les " années 35 heures ". Même l'Eglise n'a pas bronché quand on a avancé l'hypothèse de supprimer le jour férié du lundi de Pentecôte.
Pourtant, l'idée, apparemment généreuse, n'est peut-être pas si bonne. On préférera certes oublier l'égoïsme de ceux qui ne pensent plus qu'à leurs RTT et autres avantages acquis (par nature ils ne sauraient être remis en cause !). En revanche, il faut bien l'admettre, l'initiative du Gouvernement n'est pas très " moderne ". Elle compliquera un peu plus le droit social français qui n'en demandait pas tant. Va-t-on avoir une ligne de plus sur la feuille de salaire, déjà un record de complexité au monde ? Les entreprises auront-elles véritablement la possibilité de s'organiser au mieux de leur intérêt pour intégrer ce jour de travail en plus, compte tenu de leur environnement et des réactions syndicales ?
Et puis, ne s'agit-il pas là, au fond, d'une hausse d'impôt qui ne dit pas son nom ? Certes le taux de prélèvement choisi, 0,3 %, est finalement modéré (merci Francis Mer !). Mais voici tout de même une ponction supplémentaire sur le travail salarié, le seul que l'on semble connaître dans notre pays (même si les revenus du capital ne seront pas épargnés... on est en France toute de même !). Va-t-on aussi taxer le petit commerçant ou le cafetier qui ouvriront demain, tout comme hier, le lundi de Pentecôte ?
D'accord, les entreprises freinées par les 35 heures pourront produire un peu plus. Mais que l'on sache, dans une économie moderne, " produire plus " n'est pas la panacée pour réussir mieux. Les économies qui marchent aujourd'hui sont aussi celles où les entreprises ont la plus grande marge de manoeuvre. Elles créent alors plus de richesses... ce qui donne à leurs gouvernements les moyens de leurs ambitions.
Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte