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JLEC, la centrale à charbon géante du Maroc va entrer en bourse

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Une opération à 135 millions d’euros. Jusque-là filiale à 100% du groupe émirati Taqa, JLEC va céder 14,25% de son capital via une augmentation de capital à l’occasion d’un placement privé et surtout d’une introduction en bourse sur la place de Casablanca. Premier producteur électrique du Maroc, JLEC va bientôt mettre en service, 700 MW de capacités supplémentaires pour atteindre 2100 MW.

JLEC, la centrale à charbon géante du Maroc va entrer en bourse
Centrale à charbon JLEC à Jorf Lasfar
© dr

Elle génère plus de 38% de la production électrique du Maroc. La société Jorf Lasfar Energy Company qui opère la centrale à charbon géante implantée à El Jadida à 130 km au sud-ouest de Casablanca va entrer en bourse.

Le feu vert à ce projet, en germe depuis plusieurs mois, a été donné le 3 décembre par le Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières (CDVM) de la bourse de Casablanca. Jusque-là, JLEC, basée près du complexe industriel et portuaire de Jorf Lasfar, était détenue à 100% par le groupe d'Abu Dhabi, Taqa (voir encadré).

L’opération va s’effectuer par le biais d’une augmentation de capital équivalent à 14,25% du capital pour une valeur de 1,5 milliard de dirhams (135 millions d’euros). Concrêtement, 4,74% ont déjà fait l’objet ces derniers jours d’un placement privé auprès d’institutionnels marocains (Société Centrale de Réassurances, RMA Watanya, Mutuelle Centrale Marocaine d’Assurances) pour 500 millions de dirhams.

1.6 milliard de dollarS d'INVESTISSEMENTS

De plus, 9,47% du capital estimé à 1 milliard de dirhams seront donc offert à souscription du 10 au 12 décembre avant une première cotation prévue le 24 décembre. A l’issue de l’opération, Taqa détiendra encore 85,75% du capital. Les conseils et chefs de file du placement sont les établissements financiers Attijariwafa, Société Générale et Upline.

Selon Abdelmajid Iraqui Houssaini, PDG de JLEC, “cette nouvelle étape va nous permettre d'ancrer notre activité dans l’économie marocaine en ouvrant le capital à des investisseurs institutionnels”.

Taqa, à qui appartient JLEC  est l’opérateur électrique quasi unique de l’émirat d'Abu Dhabi qui en détient  51%. Ce groupe a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 7,56 milliards de dollars, dont 2,9 milliards de dollars dans le pétrole et le gaz pour un résultat net de 553 millions de dollars.

Le chiffre d’affaires de JLEC, en 2012, a atteint 5,883 milliards de dirhams (524 millions d’euros) pour un résultat net de 472 millions de dirhams (42 millions d'euros), mais son bénéfice net a chuté de 53.6% au premier semestre 2013. L'entreprise emploie environ 450 salariés.

La centrale de Jorf qui a consommé 3,6 millions de tonnes de charbon l’an dernier est un pivot majeur du système électrique marocain. À elle seule, elle a généré 10 191 GWh, en 2012 soit 38,5% de la production électrique du royaume. Sa capacité actuelle est de 1 356 MW en quatre tranches, soit 20,3% de la capacité totale du Maroc à fin 2012.

Mais, cette centrale fait actuellement l'objet d’un très gros investissement (JLEC 5&6) portant sur deux tranches additionnelles supercritiques de 350 MW chacune. L’une doit entrer en service début 2014 et l’autre dans le courant de l’année.

Ce projet d’extension de 1,6 milliard de dollars a fait l’objet, pour partie l'an dernier, d’un financement de 1,4 milliard de dollars sur 16 ans grâce à des banques japonaises et coréennes. Le contrat est réalisé par un consortium EPC constitué de Mitsui (Japon) et Daewoo Engineering & Construction (Corée du sud). A cela s'ajoute aussi l'extension du terminal charbonnier du port de Jorf Lasfar réalisé par des entreprises chinoises et suédoises.

libéralisation du marche Électrique

JLEC a le statut de  producteur privé d’électricité (IPP). il vend sous contrat sa production à l’ONEE, l’Office national de l’électricité et de l'eau potable, assurant ainsi la fourniture de base du pays. Les premières tranches avaient été construites pour l’ONEE et exploitées par les groupes ABB et CMS à partir de 1997. Après plusieurs extensions, la société avait été cédée à Taqa en 2007.

Le marché marocain de l’électricité a été progressivement libéralisé au milieu des années 90 et l’ONEE n'y dispose plus que du monopole du transport. Au stade de la production, on dénombre une poignée d’acteurs (voir encadré) dont outre Taqa, notamment le marocain Nareva, le saoudien ACWA ou le français GDF-Suez sans compter les autoproducteurs souvent de gros industriels (Lafarge, OCP...) soumis à un régime spécial. L'ONEE qui continue d'être producteur à hauteur d'environ 40% des besoins du royaume joue aussi un rôle réglementaire clé dans la programmation de la production.

La demande électrique croit de 6 à 8% par an, ce qui crée des tensions récurrentes sur l’approvisionnement même si le Maroc est peu sujet aux délestages, notamment grâce à l’interconnection avec l’Espagne (l’importation couvre 17% des besoins).

ANIMATION DE LA BOURSE

La puissance électrique totale installée s’élevait fin 2012 à 6 692 MW pour ce pays de 32 millions d’habitants (116 000 MW en France à titre de comparaison).

Enfin pour revenir aux aspects boursiers, l’arrivée de JLEC à la bourse est vue d’un bon œil par les professionnels car elle va accroitre la taille et la liquidité du marché marocain. La capitalisation totale de Casablanca qui s’élève aujourd'hui à environ 40 milliards d’euros a reculé de 40% depuis son pic de 2008.

La place qui n’a pas connu de grosses introductions ces dernières années et au contraire plusieurs retraits va donc s’animer un peu plus le 24 décembre. En attendant, peut-être l'an prochain de voir entrer en bourse, si l'on en croit la presse marocaine, Marsa Maroc, l'opérateur public portuaire.

Pierre-Olivier Rouaud

PRODUCTEURS INDEPENDANTS.
L'Office national de l'électricité et de l'eau potable produit encore directement par divers moyens (charbon, fuel, gaz , hydraulique, renouvelables…) environ 40% de la production marocaine. Mais, il est confronté à des difficultés financières récurrentes ne parvenant pas à couvrir ses coûts par le prix de vente de l’électricité. Le développement des capacités a été le fait surtout ces dernières de producteurs indépendants comme JLEC souvent sur appel d’offre de l’ONEE via des formules de BOT ou BOOT. L’ONEE est néanmoins en train de construire une nouvelle tranche sur sa centrale à charbon de Jerada (nord-est du pays), qui sera réalisée par le constructeur chinois Sepco III. Le consortium GDF-Suez  / Nareva / Mitsui pour sa part construit une autre très grosse centrale à charbon à Safi. A cela s’ajoutent des projets dans le solaire ou l’éolien comme celui de Tarfaya (Nareva/GDF-Suez) ou de Ouarzazate (Acwa). Le Maroc s’est lancé dans un programme très ambitieux de développement des énergies renouvelables avec l’objectif d’atteindre 42% de la puissance installée d’ici à 2020, mais ce type d’énergie, hormis l’hydraulique ne joue encore qu’un rôle marginal dans la production : moins de 4% en 2012.

 

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