Jeunes pousses et vaches à lait

Toutes les nations, toutes les civilisations ont des hauts et des bas, mais la nôtre mérite-t-elle son déclin au palmarès mondial de la technologie ?

Partager

Qu'avons-nous inventé depuis trente ans ? Presque rien d'important. Triste évolution française. Depuis des siècles, notre pays enfantait plusieurs inventeurs par décennie. Au XVIIIe apparurent la première mouture de la voiture automobile, l'eau de Javel, le bateau à vapeur, et toutes ces innovations étaient marquées au sceau du génie français. Le XIXe vit émerger, toujours en France, le métier à tisser, la conserve, la photo, le stéthoscope, le béton armé, la pile électrique, les antibiotiques, le pneu démontable et le cinéma. Au siècle dernier, notre capacité d'invention restait vivace, avec l'hélicoptère, le néon, le stylo à bille (ou, plus précisément, son industrialisation), le micro-ordinateur, le verre progressif, la carte à puce...

Depuis le début des années 80, les innovations -utiles ou futiles- qui changent la vie quotidienne ont pour l'essentiel été imaginées aux Etats-Unis ou au Japon. Les nanotechnologies ont démarré dans un labo d'IBM, le baladeur dans un centre de recherche de Sony, son successeur (l'iPod) dans le labo d'Apple, le Viagra sur les paillasses de Pfizer, Google dans le cerveau de deux étudiants de Stanford...

Toutes les nations, toutes les civilisations ont des hauts et des bas, mais la nôtre mérite-t-elle son déclin au palmarès mondial de la technologie ? Les spécialistes de l'innovation le savent bien : la France produit toujours de remarquables chercheurs et ingénieurs. Ils sont rigoureux, créatifs, réalistes, ambitieux. Ils déposent des brevets. Ils parlent et écrivent un anglais plus que correct. Ils acceptent les exigences du marketing. Ils savent même rédiger un business plan. En témoigne l'édition 2009 de notre Prix des jeunes entreprises innovantes, et ces 24 start-up que nous vous invitons à découvrir. Si l'environnement, l'énergie et la santé sont les secteurs les plus porteurs d'avenir, ces PME dénichées par « L'Usine Nouvelle » devraient briller dans les prochaines années. L'une d'elles a mis au point un pilotage pour l'éclairage public, économe grâce à ses capteurs qui détectent la présence des passants. Une autre, fondée l'an dernier par une chercheuse diplômée de Besançon et de San Francisco, identifie les médicaments toxiques avant leur test clinique. Une troisième, fondée par un ancien de Nestlé Waters, commercialise une tablette pour rendre potable l'eau trouble des pays les plus pauvres. Une autre, enfin, créée il y a sept ans, est en passe de devenir une star des implants chirurgicaux grâce à ses prothèses à mémoire de forme.

Certes, la concurrence est plus dure que jamais et les jeunes pousses tricolores peinent à se muer en vaches à lait. Ailleurs, les moyens mis en oeuvre et la taille du marché domestique facilitent l'essor des champions. C'est bien sûr le cas aux Etats-Unis. La Chine, tardivement, est entrée dans la course. Les dépenses de recherche et développement y augmentent de 20% par an. Avec près d'un million de chercheurs en R&D, le pays occupe déjà la deuxième place mondiale. Il faut donc nous battre, brancher sur nos start-up le tuyau des capitaux, les soulager des fardeaux bureaucratiques. La France commence à le comprendre. Mais si nous voulons promouvoir les Cugnot, Appert, Lumière, Michelin et autres Bich de demain, il faut faire beaucoup aujourd'hui. Crise ou pas crise.

Laurent Guez,
Directeur de la rédaction
«L'Usine Nouvelle»

réagir

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS