Jérôme Kerviel, un "criminel" pour un dirigeant de la SocGen

PARIS (Reuters) - Un haut dirigeant de la Société générale a qualifié de criminel l'ancien trader de la banque Jérôme Kerviel, jugé pour des opérations ayant amené une perte record de 4,9 milliards d'euros.

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Christophe Mianné, responsable des activités de marchés de la banque, interrogé comme témoin, a estimé au cinquième jour du procès au tribunal correctionnel de Paris qu'aucun membre de la hiérarchie n'était au courant de ces activités à risque.

"La hiérarchie de monsieur Kerviel ne savait pas. C'est mon intime conviction", a-t-il dit.

Evoquant le week-end des 19 et 20 janvier 2008 au cours duquel la banque a découvert que Jérôme Kerviel avait pris des positions à risque pour un montant de près de 50 milliards d'euros, il a décrit comme incohérente l'attitude du trader.

Interrogé par sa hiérarchie, Jérôme Kerviel a montré alors un "refus absolu d'aider la banque, alors qu'il savait très bien ce qu'on allait découvrir", a-t-il dit.

Par ailleurs, l'ex-trader a montré alors, selon lui, un "déni de la réalité, de la vérité et des pertes". Enfin, le vendredi où il a été découvert, Jérôme Kerviel a augmenté ses positions, a dit le témoin.

"Il fonce dans le mur et il accélère. Ça prouve que c'est criminel", a-t-il dit.

Christophe Mianné a souligné avoir l'intime conviction que les responsables hiérarchiques directs du trader ne savaient rien. Il en veut pour preuve leur affliction lors du fameux week-end de la découverte des problèmes.

"J'ai vu beaucoup d'yeux rouges et de pleurs. Je ne crois pas qu'ils faisaient du cinéma", a-t-il dit. "Jérôme Kerviel a été malhonnête, déloyal, tricheur", a-t-il conclu.

"FAUX ORDRES"

Le président du tribunal Dominique Pauthe a alors demandé: "Vous dites que la banque ne savait pas ce qui se passait. Comment expliquez-vous que cela ait été possible ?".

Christophe Mianné a répondu en répétant que Jérôme Kerviel avait dissimulé ses positions.

Selon le dossier, les agissements du trader duraient depuis 2006 et il avait engrangé fin 2007 une trésorerie créditrice de 1,4 milliard d'euros, un chiffre impossible à réaliser s'il avait respecté les limites qui lui étaient imposées.

La Société générale et ses dirigeants assurent au procès qu'il n'ont pas réalisé que ce problème existait.

Une ancienne déontologue de la banque Valérie Rolland, interrogée comme témoin, a évoqué l'existence de plusieurs bases de données accessibles par l'ensemble de la hiérarchie, où l'on pouvait suivre toutes les opérations en temps réel.

Pour dissimuler ses positions à risque, Jérôme Kerviel y entrait de faux ordres déclarés "pending" (en attente) et qui restaient dans cette situation parfois plusieurs semaines.

"Je ne vois pas comment c'est possible, ça me surprend", a dit la jeune femme. Toute modification dans cette base de données était repérable, a-t-elle précisé en répondant à une question de la défense.

Valérie Rolland, amie du trader qui aurait dû être son témoin de mariage, a expliqué aux juges qu'elle ne comprenait pas les faits qui lui étaient reprochés.

"Je confirme que Jérôme était quelqu'un de normal, pas un flambeur, un ami", a-t-elle dit avant de fondre en larmes.

Le procès se poursuit dans la journée.

Thierry Lévêque et Matthieu Protard, édité par Yves Clarisse

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