Jérôme Kerviel admet avoir inventé un faux personnage

par Thierry Lévêque

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PARIS (Reuters) - L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel a admis mardi avoir inventé un faux personnage qu'il avait baptisé "Matt" pour justifier auprès d'un courtier des passations d'ordres massives sur les marchés.

Au sixième jour du procès mardi à Paris, cet épisode a été relaté par ce courtier, Moussa Bakir, qui a matérialisé sur les marchés, pour le compte de sa société Fimat, les passations d'ordres de dizaines de milliards d'euros de Jérôme Kerviel, ayant abouti à une perte de 4,9 milliards d'euros.

"Il m'a dit qu'il avait développé une moulinette (...) Après le travail, quand on prenait des verres il me parlait de Matt, il me disait qu'il l'avait au téléphone. Il me disait que l'objectif pour Matt était qu'il atteigne le milliard (de résultat, ndlr)", a raconté Moussa Bakir.

Jérome Kerviel, a poursuivi le courtier, assurait qu'il agissait sous la pression de ce "Matt", censé être le représentant d'un fonds d'investissement et qu'il présentait comme un homme de 35 ans qui aimait le rugby.

Quand les choses ont mal tourné, Jérôme Kerviel, découvert à la Société générale, a dit à Moussa Bakir entre deux verres: "Matt pète les plombs".

Appelé à la barre, l'ex-trader de la Société générale a admis son mensonge: "Je lui ai sorti un bobard, c'est vrai, parce qu'il se montrait insistant, et voulait savoir quelle était ma stratégie sous-jacente."

Moussa Bakir, qui dit avoir cru "jusqu'au bout" à l'existence de Matt, a nié toute importance aux échanges de "chats" avec Jérôme Kerviel saisis et lus à l'audience.

"LA PUISSANCE KERVIEL"

Jérôme Kerviel s'y disait déprimé et envisageait de finir "en taule" pour avoir "fait trop de thunes". Moussa Bakir répondait: "Ça va montrer la puissance Kerviel".

A la barre, Moussa Bakir a justifié cet échange: "Le but d'un trader, c'est de gagner de l'argent, c'est un signe de performance."

Le président a demandé: "La fin justifie-t-elle les moyens?". Non, a répondu Moussa Bakir. "Il faut respecter les règles".

Le courtier de 34 ans, questionné par le tribunal, a expliqué que les ordres passés au nom de Jérome Kerviel lui avaient rapporté un bonus de plus d'un million d'euros.

Le tribunal a par ailleurs examiné la trésorerie gérée par Jérôme Kerviel à la Société générale, qui fluctuait entre - 2,2 milliards d'euros et + 1,4 milliard d'euros en 2007.

La défense a présenté ce chiffre comme la preuve que la banque ne pouvait ignorer les agissements de son employé tenu pour responsable de la perte historique de la SocGen, mais la représentante de l'établissement Claire Dumas l'a contesté.

"Une situation de trésorerie n'est pas forcément (la conséquence) d'une activité ou d'un résultat", a-t-elle dit.

En juillet 2007, le trader, qui avait accumulé des positions astronomiques de 30 milliards d'euros en volume sur des contrats à terme ("futures") portant sur des indices boursiers européens, avait une trésorerie personnelle négative de 2,2 milliards, a établi le dossier lu à l'audience.

L'enquête a également établi que cette situation de trésorerie était connue de la hiérarchie du desk "Delta 1" où travaillait le jeune homme.

La représentante de la banque l'a reconnu à l'audience. Mais pour Claire Dumas, il n'y avait rien d'inquiétant ou de significatif. "Quand on voit cela, on ne prend pas du tout une crise cardiaque", a-t-elle expliqué.

La situation de trésorerie de Jérôme Kerviel s'est ensuite redressée pour atteindre 1,4 milliard d'euros en décembre 2007.

C'est lorsque la Société générale, disant découvrir la situation le 18 janvier 2008, a entrepris de déboucler les positions de son trader, en pleine déroute des marchés, que le solde final est passé à une perte de 4,9 milliards.

Taoufik Zizi, ancien trader junior qui travaillait avec Jérôme Kerviel, a affirmé à la barre que la hiérarchie de leur unité savait forcément que ses méthodes étaient peu orthodoxes, même si elle a pu ignorer l'ampleur des engagements.

"La hiérarchie, peut-être que les positions prises, elle ignorait (les montants). Mais ça se voyait qu'il prenait des grosses positions", a-t-il dit.

Taoufik Zizi, licencié en octobre 2008, pense que cela a un rapport avec son témoignage quelques mois plus tôt à la police.

Édité par Yves Clarisse

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