Economie

Jean Tirole, pressenti en 2011 et prix Nobel 2014

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Publié le , mis à jour le 13/10/2014 À 14H48

En octobre 2011, L'Usine Nouvelle publiait un article sur le seul français parmi les huit économistes pressentis pour le prix Nobel : Jean Tirole. Régulièrement cité pour cette distinction pour ses travaux sur l'économie industrielle, le président de la Fondation Jean-Jacques Laffont - Toulouse School of economics a fini par obtenir la glorieuse récompense ce 13 octobre 2014. Retrouvez ci-dessous le portrait que nous lui avions consacré, alors que ses outils se voulaient des remparts contre la crise économique que le monde traversait.

Jean Tirole, pressenti en 2011 et prix Nobel 2014 © DR

Un ingénieur qui a voulu faire de l’économie. Et un économiste qui a voulu parler d’industrie. Le seul français pressenti pour le prix Nobel en économie, Jean Tirole, dénote dans le paysage universitaire français. Dans un pays à faible culture économique, il est le deuxième de son domaine à être détenteur de la médaille d’or du CNRS (2007), après le géant Maurice Allais (1978). Celui qui a reçu la plus haute distinction scientifique française sera-t-il reconnu par le jury du Nobel ?

En attendant, Jean Tirole n’a pas besoin de cette reconnaissance pour exister sur la scène internationale. Il est le directeur de l’école d’économie de Toulouse (Toulouse School of Economics) et le directeur scientifique de l’Institut D’Economie Industrielle (IDEI). Une carrière étonnante pour un ingénieur tenu pendant longtemps loin des sciences humaines.

Il suivra son premier cours d’économie…à 21 ans. Ilest alors élève à Polytechnique, en 1974. Et ce cours est une découverte qui orientera sa carrière. Un coup de cœur au nom duquel il opta pour les Ponts et chaussées, avant de voler au dessus de l’Atlantique pour une thèse au Massachussetts Institute of Technology (MIT). Elle portera sur l’étude de l’apparition de bulle financière.

Théorie des jeux : un outil de régulation des marchés

Aujourd’hui, sa bibliographie est impressionnante. Quantitativement, il est l’auteur de plus de 160 publications et de huit ouvrages de référence. Qualitativement, il se distingue par ses recherches sur la théorie des jeux qui aide à prédire les stratégies des différents acteurs économiques.

Comme au poker, cette théorie introduit la psychologie au sein des sciences économiques : chaque joueur a des intérêts propres. La théorie étudie tous les choix possibles des protagonistes et les modélise. En micro-économie, cela permet aux entreprises d’anticiper les actions de leurs concurrents. En macro, l’Etat peut déterminer des incitations permettant d’aboutir à un optimum pour tous les "joueurs".

Son analyse permet de proposer des incitations publiques pour corriger les dérives individualistes, et donc spéculatives de certains acteurs économiques. Soit redonner le pouvoir aux politiques sur les marchés. Une théorie plus d'actualité que jamais avec la crise bancaire, largement provoquée par la spéculation sur les dettes régaliennes.

Engagements enplois et environnement dans l'air du temps

Ses engagements aussi semblent aujourd'hui trouver un écho sur la scène publique, à l’aune d'une crise de la dette qui s’éternise. L’emploi et l’écologie sont au cœur des préoccupations politiques. Jean Tirole, lui en parle depuis 1990. Avec Jean-Jacques Laffont (le fondateur de l'école d'économie de Toulouse), il milite pour un permis de polluer.  Quinze ans avant le protocole de Kyoto et ses quotas pour émissions polluantes. 

Dès 2003, il propose aussi des pistes avec Olivier Blanchard, alors économiste au MIT et actuel économiste en chef au FMI. Tous deux suggèrent de créer un contrat unique, détruisant la distinction CDD-CDI. Et surtout souhaitent la transposition dans le Code du travail du principe pollueur-payeur, en un "licencieur-payeur".

Environnement, rationalisation des marchés, protection de l’emploi. Les outils de Jean Tirole semblent plus utiles que jamais. Un sens de l’actualité qui pourrait jouer dans l’esprit du jury du Nobel.

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