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Jean-Pierre Mercier, le tacticien d'Aulnay

Cécile Maillard , , ,

Publié le

Jean-Pierre Mercier, le responsable CGT de PSA Aulnay, organise la mobilisation des salariés contre la fermeture de l'usine et ses conséquences. Dans le calme, pour le moment.

Gilet fluo sur le dos, Jean-Pierre Mercier et 200 salariés de PSA Aulnay ont débarqué, vendredi matin, au péage de Senlis, sur l'autoroute A1. Une opération « péage gratuit » décidée en assemblée générale quelques jours plus tôt. Les gars d'Aulnay ont aussi prévu de manifester, le 20 septembre, « en direction de l'Élysée », où une délégation devrait être reçue. François Hollande avait promis pendant la campagne présidentielle de les rencontrer. Et le 9 octobre, le syndicaliste vedette d'Aulnay sera, le matin, avec les salariés de PSA au Mondial de l'automobile, et l'après-midi en tête du défilé pour l'emploi organisé par les syndicats européens.

Jean-Pierre Mercier a vite compris comment fonctionnent les médias. Il sort de l'ombre en juin 2011, quand la fédération CGT de la métallurgie révèle le « document secret de Varin » annonçant la fermeture de l'usine pour 2014. Depuis, il est partout. Les télés le propulsent porte-parole des 3 000 salariés en CDI et des 600 intérimaires dont l'emploi est menacé. L'une de ses formules chocs fait craindre le pire : « La guerre est déclarée », lance-t-il en juillet aux caméras à l'issue de la réunion pendant laquelle la direction confirme la fermeture de l'usine, après l'avoir niée pendant un an. « Ses propos ont été déformés », corrige un vieux complice de la CGT. Version originale : « Varin a déclaré la guerre aux salariés sur le terrain de l'emploi, la guerre est déclarée. »

 

Rhétorique trotskiste

Dans un café à côté du siège de la CGT à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le regard bleu derrière de fines lunettes rondes passe son interlocuteur au scanner avant de parler. Pour le militant de Lutte ouvrière - il a sa carte depuis ses 18 ans et a été porte-parole de Nathalie Arthaud pendant la campagne présidentielle - celui qui attaque, c'est le patron. Et les salariés se défendent. Pour lui, « la violence est toujours du côté du patron ». Pourtant, les mouvements sociaux se traduisent parfois par des casses de préfectures et des heurts avec la police. Sa rhétorique trotskiste agace ceux qui ne la partagent pas. « Mais Jean-Pierre Mercier ne mélange pas politique et syndicalisme », reconnaît un élu socialiste de Seine-Saint-Denis. Il n'a d'ailleurs jamais eu peur de la guerre que pourrait mener le syndicaliste : « Il n'en a pas les moyens, la mobilisation n'est pas très forte. » Et puis, souligne Éric Charlier, le délégué CFE-CGC d'Aulnay, « les élus les plus radicaux ne sont pas à la CGT, mais chez Sud ».

Né en 1968, ce fils d'un ouvrier électricien communiste devenu socialiste enchaîne, après son bac, dix ans de petits boulots. À 28 ans, il décroche enfin un CDI d'ouvrier cariste à Aulnay. Lors de la signature dans l'atelier, lui debout, les autres assis, le chef du personnel de l'atelier le met en garde contre la CGT, avec des propos racistes d'une rare violence. Jean-Pierre Mercier en est encore révolté, évoquant avec émotion ce vieil ouvrier immigré qui lui a appris « les astuces pour assurer la cadence sans se flinguer la santé », et qui est mort un an après sa retraite. Son CDI en poche, il fonce à la CGT, monte en grade et devient syndicaliste à temps plein il y a un an. « Je reste à l'atelier, c'est ma bouffée d'oxygène. »

Depuis qu'il sait que la direction veut fermer Aulnay, Jean-Pierre Mercier organise la riposte, pas à pas. « C'est un fin tacticien, qui a réussi à faire alliance avec le SIA, le syndicat maison », commente le même homme politique, qui voit en lui quelqu'un de très intelligent. En juin 2011, il tend en effet la main au SIA, majoritaire, effaçant des décennies de querelles syndicales. « Pour réussir un combat, rappelle le délégué, il faut être nombreux, organisés, conscients de ses intérêts. » Ensemble, ils organisent régulièrement des réunions d'information des salariés. « Le début de la lutte passe par cet apprentissage, précise-t-il. Sans lui, on ne peut pas mobiliser, et sans les salariés, on ne peut rien faire. » Les réunions durent huit minutes, le temps de la pause. Jean-Pierre Mercier a visionné les documentaires sur les dernières luttes sociales, comme celle des Conti, et apprend. Il sait que pour garder sa popularité, le mouvement ne doit pas déraper.

Content de ce qui a été fait - « On a réussi à faire d'Aulnay un dossier national et un enjeu politique, sans avoir brûlé un seul pneu. » - le syndicaliste ne reconnaîtra jamais qu'il ne croit plus au sauvetage du site. Mais il ne demande pas le retrait du plan Varin. Juste sa suspension, le temps de mener les négociations tripartites promises par le gouvernement. « Pour que personne ne finisse à Pôle emploi », espère-t-il. Jean-Pierre Mercier n'oublie pas que l'enjeu dépasse Aulnay : « Si on est obligés de vendre notre peau, il faudra que ce soit assez cher pour faire passer l'envie à PSA, à Renault et aux autres, de fermer des usines. » La guerre est bien déclarée.

La Seine-Saint-Denis se mobilise

Le 13 septembre, deux jours après la remise du rapport Sartorius, les conseillers généraux de Seine-Saint-Denis et les partenaires sociaux se sont réunis à Bobigny pour peser dans les discussions avec PSA. La direction promet le reclassement de 1 500 salariés d'Aulnay sur le site de Poissy, mais élus et syndicats sont sceptiques. « Les propositions de PSA sont encore trop floues », estime Stéphane Troussel, le président socialiste du conseil général. Il a lancé une mission pour l'emploi industriel, qui bénéficiera de l'aide de cabinets d'experts. Celle-ci a vocation à aider le département à prendre toute sa part dans les négociations avec le constructeur.

 

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