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Jean-Pierre Clamadieu (Solvay) : "L'Europe doit sortir de sa frilosité"

Publié le

Entretien Le PDG du chimiste Solvay regrette le manque de confiance des Européens en eux-mêmes.

Jean-Pierre Clamadieu (Solvay) : L'Europe doit sortir de sa frilosité
Jean-Pierre Clamadieu, Solvay
© Luc Perenom

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

Solvay a engagé un recentrage de ses activités autour de la chimie de spécialité. Allez-vous continuer dans cette voie ?

Plus que de se concentrer sur les spécialités, il s’agit surtout de devenir un fournisseur de solutions pour de grands clients et pour leurs programmes les plus critiques. Solvay a longtemps fourni des produits de grand volume indifférenciés. Notre groupe est né avec le développement du bicarbonate de soude, un composant essentiel du verre. Mais aujourd’hui, l’une de nos fiertés est d’être le partenaire de Safran et son fournisseur exclusif de résines qui permettent de fabriquer la partie en composite du moteur Leap. Cytec et maintenant Solvay ont travaillé pendant dix ans avec Safran pour produire cette rupture technologique majeure. Ce type d’approches construites sur une grande proximité avec nos clients nous permet de devenir un développeur et un fournisseur de solutions innovantes. Nous le faisons avec des fabricants de smartphones, avec des constructeurs d’avion, avec des acteurs de la cosmétique et de la détergence ou avec des entreprises minières.

Quand vous vous comparez à vos concurrents, vous vous trouvez comment ?

Solvay se caractérise par une volonté de transformation, plus forte que dans beaucoup d’autres groupes. Cette ambition est notamment rendue possible par une structure actionnariale originale avec un groupe familial de contrôle. Alors que les actionnaires ont souvent des visions de court terme, nos investisseurs familiaux, qui représentent plus du tiers du capital, ont une vision à très long terme. Leur objectif est de transmettre leur capital à leurs héritiers et entre-temps de supporter le développement du groupe, tout en étant bien sûr rémunérés grâce à une politique de dividende établie depuis de nombreuses décennies. Ce groupe de référence a donc une vision claire et il soutient avec force notre transformation. On l’a vu l’an passé avec l’acquisition de Cytec, le deuxième groupe mondial dans les matériaux composites pour l’aéronautique. Nos atouts sont également la qualité de nos équipes et le fait d’être devenu un vrai groupe mondial. Nous réalisons, aujourd’hui, un tiers du chiffre d’affaires en Europe, un tiers en Asie et un tiers en Amérique du Nord et du Sud. Toutes ces caractéristiques vont nous permettent, je l’espère, de tirer notre épingle du jeu et de montrer que la chimie à beaucoup à apporter à de nombreux secteurs industriels.

Quelle est votre vision d’avenir pour la chimie dans dix ou vingt ans ?

Ma vision est plutôt optimiste. Nous avons dans nos laboratoires, dans nos centres de recherche et parfois déjà dans nos usines, des produits qui répondent bien aux besoins des secteurs industriels aval. En aéronautique ou en automobile par exemple, le contenu de matériaux issus de l’industrie chimique va croissant. Un véhicule électrique a davantage besoin de produits issus de l’industrie chimique qu’un véhicule à moteur thermique. C’est aussi vrai pour les systèmes de production et de stockage de l’énergie que pour la structure même du véhicule, dans laquelle les problématiques d’allégement sont plus fortes. Le contenu en composites d’un avion moderne est deux ou trois fois plus important que les générations qu’il remplace. L’industrie chimique, et en particulier Solvay, a donc un énorme potentiel, notamment quand on parle de la nécessité d’aller vers une économie décarbonée.

Vous avez mis le développement durable au cœur de votre stratégie, mais la chimie est régulièrement attaquée. Comment pouvez-vous lever cette contradiction ?

La réalité est assez simple. Nous sommes une partie du problème parce que l’industrie chimique est un gros consommateur d’énergie, donc un gros émetteur de gaz à effet de serre. Et nous sommes une partie de la solution, car beaucoup de nos produits apportent des réponses aux challenges que nos clients doivent relever dans la transition vers une économie plus durable. L’enjeu pour nous est de réduire la première partie et d’augmenter la seconde. Chez Solvay, nous nous sommes par exemple engagés à réduire de 40 % en dix ans l’intensité carbone de nos activités. Par ailleurs, 80 % de nos projets d’innovations de rupture portent sur des sujets liés au développement durable. Dans l’automobile, le pneu à basse consommation d’énergie a pu se développer grâce à de nouveaux matériaux comme les silices. On travaille aussi avec les constructeurs et leurs équipementiers pour développer des solutions d’allégement des structures à base de composites. Et je pourrais multiplier les exemples.

Quel rôle la digitalisation peut-elle jouer dans la transformation de votre industrie ?

Nos productions sont depuis très longtemps contrôlées par ordinateur et automatisées. La plupart de nos unités de production tournent avec trois ou quatre personnes. J’avais même le sentiment qu’il fallait éviter une trop forte virtualisation de l’unité. Mais aujourd’hui, je suis conscient de l’importance de la rupture digitale dans nos activités. Remplacer quelqu’un qui fait le tour de l’atelier avec une feuille de papier et qui regarde comment la pompe fonctionne par un capteur peut vraiment changer les choses. De moins en moins chers, les capteurs mesurent de plus en plus de paramètres et génèrent des informations que nous sommes capables de traiter avec des outils de type big data. Ceci permet d’optimiser la performance de nos unités jusqu’à des niveaux qui nous paraissaient encore récemment totalement inaccessibles. C’est une véritable rupture.

Vous êtes un groupe européen. Croyez-vous toujours en l’Europe ?

Je suis étonné du manque de confiance des Européens en eux-mêmes. Le débat sur le Ceta le montre. Que tout d’un coup l’Europe ait peur du Canada, qui représente un dixième de la population européenne, et panique devant ce « terrible » accord de libre-échange illustre cette frilosité. L’Europe a beaucoup de challenges en face d’elle, mais nous avons des atouts pour y faire face : la qualité de notre formation et de notre main-d’œuvre, la qualité de nos équipes de recherche et de nos universités. Ce n’est pas gagné pour toujours, mais aujourd’hui cela reste un fort élément de différenciation. Nous avons aussi des entreprises extrêmement innovantes. L’automobile en Europe tire l’innovation dans le monde, dans l’aérospatial nous avons un leadership partagé avec les États-Unis. Il faut qu’on sorte de la frilosité et que l’on ait confiance en nous.

Dressez-vous le même tableau pour la France ?

La France a des atouts, mais elle est depuis quelque temps engagée dans une trajectoire de repli et de défense. Aujourd’hui, nous devons prendre une position beaucoup plus offensive. Cela suppose d’accepter de réformer. J’ai été attristé par le débat autour de la loi El-Khomri. Ce texte avait de bonnes intentions et répondait à certains besoins des entreprises, mais il s’est heurté à une opposition très violente sur le thème : « Il faut que rien ne change. » Au final, nous avons un texte dont les ambitions ont été fortement réduites et qui montre l’extrême difficulté de réformer. Je me retrouve régulièrement dans des réunions d’investisseurs internationaux qui disent aimer la France et qui mettent tous en avant la qualité des équipes, la compétence, la facilité d’y développer des activités de recherche et d’innovation. Mais tous sont stupéfaits de la force des blocages qui existent dans certains domaines, de la difficulté de mettre en œuvre un vrai dialogue social, et de cette espèce de frilosité qui fait que le pays est parfois attiré par le repli. Le futur président de la République doit avoir un vrai mandat pour réformer. C’est l’enjeu de l’échéance à venir. 

Trois idées phares pour 2017


Conforter le mouvement engagé autour de la compétitivité« Le pacte de responsabilité et le Cice sont un pas dans la bonne direction, mais il faut aller plus loin. Le Cice devrait être un vrai dispositif d’allégement de charges et non réservé aux bas salaires. »

Mettre de la flexibilité dans le droit du travail « Il faut renforcer nos syndicats dans l’entreprise pour qu’ils soient des interlocuteurs avec lesquels on puisse négocier. L’enjeu est de pouvoir gérer les transformations de manière bien plus efficace et rapide. »

Mobiliser autour de la formation « Il faut faire en sorte que les entreprises trouvent plus facilement la main-d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin. Pour cela, il faut se mobiliser autour de l’apprentissage et du supérieur. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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