Jean-Paul Delevoye : "Le dialogue permettra de relever les défis industriels"

Le Conseil économique, social et environnemental accueille, les 9 et 10 juillet, la conférence sociale voulue par François Hollande. Son président, Jean-Paul Delevoye, se réjouit de ce moment de dialogue et propose un nouveau contrat social pour sortir de la crise.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Jean-Paul Delevoye :

L'Usine Nouvelle - Comment éviter que cette conférence sociale ne soit qu’une énième grand-messe ?
Jean-Paul Delevoye - Le président de la République, qui a la culture du dialogue et le respect des corps intermédiaires, estime que le dialogue ne peut pas se faire dans un lieu de pouvoir, mais nécessite un espace neutre, comme le palais d’Iéna (le siège du CESE, ndlr). Cela devrait éviter les postures et affichages de solutions toutes faites ! Tous les acteurs politiques, patronaux, syndicaux, s’y sentiront libres de rechercher des points de consensus. J’espère que l’esprit d’Iéna soufflera sur cette rencontre…

Qu’appelez-vous l’esprit d’Iéna ?
Les représentants de la société civile, ici, ont des analyses et intérêts différents, mais participent aux travaux avec la volonté de s’enrichir de l’autre, de dépasser les idéologies. Je souhaite retrouver cette culture du consensus au "Iéna social" !

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Je ne crois pas aux solutions toutes faites, mais à celles élaborées conjointement, résultat d’un cheminement. La société, dans quinze ans, n’aura plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Le besoin d’anticiper et d’accompagner ces changements ne pourra être satisfait que par un dialogue permanent. Les grandes batailles industrielles qui sont devenant nous, l’aéronautique, l’automobile, l’énergie, l’agroalimentaire, le nucléaire, ont besoin de lieux de dialogue.

Le Conseil économique, social et environnemental pourrait être ce lieu, aider le décideur politique à anticiper les évolutions de la société pour éviter qu’elles ne mènent à des points de rupture, et lui permettre d’échapper à la dictature de l’urgence et de l’émotion.

L’inventivité, la créativité, l’anticipation, apporteront des solutions pour générer de nouvelles croissances. Ces innovations ne pourront se faire que par l’appropriation du droit à l’erreur et la notion de prise de risque.

Vous dites souvent que le Conseil économique et social est la maison du temps long. Comment le mettre à profit ?
La France a besoin de vision à moyen et long terme. Donner du temps au dialogue, c’est donner du temps à la maturation des enjeux et assurer la pérennité des solutions. Les décisions seront difficiles : avec une faible croissance, comment maintenir l’emploi ? Financer le contrat social de retraite et de chômage ? Préserver la qualité de vie des pays développés ? Ces équations ne trouveront pas leurs solutions dans les réponses d’hier.

L’industrie, c’est l’économie du temps long, une aventure exaltante, qui réclame des capitaux lents, au moment où l’on est dans des rentabilités plutôt courtes. Les défis énergétiques nouveaux nécessitent la mobilisation de capitaux longs, sur les smart grids, par exemple. Il faut réfléchir à de nouveaux outils financiers. Comment remobiliser l’épargne privée, abondante, pour financer des politiques publiques ?

Le président pourrait tracer des perspectives à un pays qui s’interroge sur son avenir et se cristallise sur son présent, résistant au progrès. Notre société, par la gestion des peurs, considère que l’opportunité offerte par un progrès est moins importante que le risque qu’il représente. Notre appareil industriel a besoin de prises de risques partagées. Comment vaincre l’appréhension qui nourrit la résistance au changement, sinon par le dialogue et le temps ?

La crise est là, et plus on tarde à prendre des décisions, plus le choix qui nous est offert est restreint.

Qu’apporte un meilleur dialogue social à l’entreprise ?
Un industriel important me disait que le management à la française, par la contrainte, coûtait entre 20 et 25% de productivité. C’est absolument incroyable ! L’entreprise ne peut se concevoir que si ses causes et intérêts sont partagés entre actionnaires, patrons et salariés. Il ne peut pas y avoir de changements subis de façon brutale, dont la variable d’ajustement est neuf fois sur dix le salarié. Il n’y a pas de construction d’espérance collective sur des désespérances individuelles.

Cela se met en place par des respirations démocratiques nouvelles. Les représentants des salariés, souvent très avisés des difficultés de leur entreprise, ne sont pourtant pas associés à sa stratégie. Ils veulent être les coproducteurs de l’avenir de leur entreprise. Offrons une place aux organisations syndicales dans l’élaboration des stratégies. Plus il y aura une appropriation des enjeux, plus cela dégagera des actions responsables. Il faudra également une nouvelle culture patronale et un management différent.

Le salarié y aura intérêt pour sécuriser son emploi, même si la pérennité de son activité ne peut plus être garantie. Il faut réfléchir à un contrat social d’une tout autre nature.

Qui pourrait prendre quelle forme ?
Nous sommes encore dans un schéma d’après-guerre, où l’on garantissait le plein emploi, avec des parcours linéaires, une socialisation collective, des usines à plusieurs milliers de salariés. Aujourd’hui, les parcours sont beaucoup plus diversifiés et individualisés, et il revient à la collectivité de garantir leur sécurisation. C’est une tout autre approche !

Comment peut-on, dans une société de plus en plus mobile, réactive, où tout est à inventer, assurer la stabilité des parcours individuels? Au lieu de prôner une égalité des chances ou une égalité des situations, réfléchissons à une égalité des parcours, qui permette à chacun d’aller au maximum de ses capacités, dans le souci de son épanouissement.

On ne peut pas y réfléchir dans la conflictualité. Le dialogue permettra que chacun se sente non pas consommateur, mais responsable des pactes collectifs qui sont en train de s’élaborer. Quand la tempête est là, il faut peut-être remettre en cause une partie de ce que nous avons. Des efforts peuvent être acceptés, s’il existe une visibilité sur le retour de cet investissement. Sans visibilité, pas de projet, pas d’espoir, pas d’adhésion.

Au début de votre vie professionnelle, vous avez dirigé des entreprises agroalimentaires. Quelle image gardez-vous de l’industrie ?
Mon père tenait un négoce d’engrais et alimentation du bétail. J’ai repris cette affaire et dirigé une petite usine d’aliment du bétail. Je n’ai cessé, depuis, d’avoir la nostalgie de l’entreprise ! Pour la communauté humaine qu’elle représente, et pour cette forme d’humilité qui existe dans l’approche industrielle. L’esprit d’entreprendre est formidable ! A condition qu’il soit collectivement partagé…

Partager

NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS