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L'Usine Matières premières

Jean-Luc Petithuguenin (Paprec) : "L'industrie européenne doit être vertueuse"

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Publié le

Résolument optimiste, le président de Paprec croit à la confiance retrouvée et à l’innovation.

Jean-Luc Petithuguenin (Paprec) : L'industrie européenne doit être vertueuse

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

Quelles évolutions fondamentales avez-vous constatées, en tant que dirigeant d’entreprise, au cours de votre carrière ?

Ce qui me marque sur les quarante dernières années, c’est un mouvement fondamental – et sous-estimé – dans l’industrie en faveur d’une planète plus verte. Quand j’ai démarré ma carrière dans la fabrication de peintures, on envoyait les solvants dans les égouts. Depuis, Bhopal et d’autres accidents ont fait de l’environnement l’une des principales préoccupations de la chimie.

Cet intérêt se transforme-t-il en opportunité économique ?

Il n’y a plus un L’Oréal qui fabrique un shampoing sans se questionner sur la fin de vie de son flacon. Et pour ceux qui sont dans le traitement de l’eau, dans l’éolien, et moi-même dans le recyclage, c’est incontestable. L’industrie européenne n’a pas d’autre choix que d’être vertueuse, parce que plus personne n’a envie de consommer des produits qui génèrent des déchets inutiles ou non recyclables. De la même façon qu’on ne veut plus voir des enfants de 12 ans travailler dans les mines. À la course au productivisme à tout prix, nous serons battus.

Vous affichez encore la diversité comme première valeur. N’est-ce pas une idée en recul dans le débat public actuel ?

J’ai peut-être à vos yeux une vision trop positive des choses. Mais, même dans mon grand combat contre les discriminations, je trouve que les mentalités ont considérablement évolué. Plus personne en Occident ne pense qu’une femme est inférieure à un homme, qu’un Noir est inférieur à un Blanc… Les grandes avancées sociétales, c’est comme le tango, de temps en temps on fait deux pas en arrière. Depuis quelque temps, on est marqué par le fanatisme religieux. Paprec n’affiche pas seulement la diversité en tête de ses valeurs, mais aussi la laïcité. Je ne sais intégrer que des gens qui veulent participer à la République et adhèrent à ses valeurs.

Comment intégrez-vous les jeunes ?

On parle de la génération Y, ces jeunes qui voudraient venir dans l’entreprise pour ne rien faire. Moi je n’en ai jamais vu. Dans mon entreprise, ils sont formidables. Je crois en revanche qu’ils ont un mal de chien à entrer dans la société. Ils enchaînent les stages, les CDD et les périodes de chômage alors qu’ils sont beaucoup plus diplômés que nous au même âge. On leur fait subir, du moins en France, un parcours douloureux, et on dit qu’ils ne veulent pas bosser ? Mais c’est sûr que si vous avez fait dix ans de CDD, la grande ode à l’entreprise sera plus difficile à avaler qu’à mon époque où, en sortant de l’Essec, j’avais 13 ou 14 propositions de travail.

Dans votre secteur, quelles sont les évolutions majeures prévisibles ?

En France, le recyclage va devenir la méthode prioritaire de traitement des déchets. C’est une bonne nouvelle pour l’emploi, puisqu’il faut sept ou huit fois plus de personnel pour recycler une tonne de déchets que pour l’enfouir. Il faut donc créer des capacités nouvelles, mais aussi énormément d’innovations. Car pour recycler une barquette, nous devons apprendre à traiter des multicouches complexes. La France peut être à la pointe de cette innovation.

Comment le digital va-t-il changer vos métiers ?

Aujourd’hui, les données sont chez moi. Plusieurs centaines de millions d’enlèvements sont stockés dans nos ordinateurs. Demain, elles seront à la disposition des clients, qui pourront optimiser leur mode de traitement. Il y a une habileté d’esprit française qui correspond à l’intuition digitale. L’autre risque, c’est l’ubérisation du déchet. Mais mon rôle est indispensable. À Paris, vous avez des centaines de milliers d’appartements à louer et seulement une dizaine d’usines de traitement des déchets. Je ne vois pas pourquoi j’ouvrirais mes usines à quelqu’un qui jouera les intermédiaires en prenant sa commission alors que je traite en direct avec mes clients. Je ne vois pas non plus l’intérêt pour une entreprise de confier ses déchets à Monsieur Dupont, qui va les mettre dans son coffre en promettant de les traiter un jour. Si par malheur il va les jeter dans la Seine, l’émetteur sera inquiété. Il y a une initiative aux États-Unis qui s’appelle Rubicon, dans laquelle a investi Leonardo DiCaprio [Rubicon Global met aux enchères des contrats de traitement des déchets professionnels en optimisant la collecte, ndlr]. À ma connaissance, et je viens de décider une troisième mission aux États-Unis sur le sujet, la start-up lève des fonds, mais ne génère que des flux marginaux.

La régulation joue là en votre faveur…

Une société libérale n’est pas une société sans régulation. Le plus catastrophique pour nous serait qu’il n’y ait plus de régulation en matière de déchets. Ce serait, comme on l’a déjà connu dans le passé, un blanc-seing donné aux voyous des déchets. Les gens vertueux comme nous ont au contraire besoin de contrôles. L’État dispose de leviers pour accompagner la compétitivité de la filière recyclage. En légiférant : j’exige, par exemple, que les marchands mettent en place la reprise des vieilles voitures. En taxant : l’Angleterre a mis 80 % de taxes à l’enfouissement. En quatre ans, le plus mauvais élève du recyclage en Europe est devenu l’un des meilleurs.

Dans le futur, des hommes travailleront-ils encore dans vos usines ?

De tout temps, on a pensé que l’innovation allait tuer l’emploi. En réalité, elle le transforme. Il fallait bien sûr plus de moines copistes avant Gutenberg. Mais la distribution du livre et du savoir a permis le progrès technique. Je suis impressionné par la diffusion du savoir à travers les moocs. La révolution du savoir est plus intéressante que la révolution digitale. Dans nos métiers, l’immense transformation, c’est la très forte diminution de l’emploi non qualifié. Quand j’ai commencé, on disait : « Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu finiras éboueur. » Nous avions des trieurs. Nous avons désormais des électroniciens, des caristes, des pelleteurs… 

Trois idées phares pour 2017


Le bon équilibre « Il est compliqué de trouver le bon équilibre entre protection des salariés et flexibilisation de l’emploi. Quand les prud’hommes me reprochent de filmer sans notification un salarié qui vole des ordinateurs, que la police retrouve chez lui, il est probable qu’on soit tombé dans l’excès de protection. »

La confiance « La France est un pays qui doute. Dans la culture française, il y a Descartes, donc la certitude que l’homme est mauvais au fond. Si nous pouvions créer un club des imbéciles heureux, cela ferait du bien au pays. On gagnerait en envie de traverser les frontières et de pousser les montagnes. »

Moins de régulation « Est-ce que l’État a réellement besoin de faire les cartes grises ? Je saurais, avec des moyens modernes, les envoyer à domicile sans que les gens perdent trois heures dans une préfecture. L’agilité du privé, globalement, est formidable. » ??

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