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L'Usine Santé

Jean-Luc Bélingard (Biomérieux) : "La technologie révolutionne nos métiers de la santé"

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Publié le

Le PDG de bioMérieux, qui préside la Fédération française des industries de santé, veut que le secteur soit reconnu comme une priorité politique.

Jean-Luc Bélingard (Biomérieux) : La technologie révolutionne nos métiers de la santé © photo pascal Guittet

Sommaire du dossier

Pourquoi bioMérieux s’est-il engagé dans un recentrage sur la microbiologie ?

On dit de la santé du futur qu’elle devrait s’organiser selon quatre P : préventive, prédictive, personnalisée et participative. Aujourd’hui, le besoin même de santé publique n’est pas complètement satisfait. Bien sûr, il y a des avancées thérapeutiques et les prises en charge des différentes pathologies s’améliorent, mais nous pouvons toujours être malades. Pour apporter une contribution efficace à ce besoin de santé publique, une solution adoptée par la plupart des entreprises, et tout particulièrement par bioMérieux, est de faire des choix sur des secteurs médicaux où nous avons une compétence différenciée qui apporte de la valeur ajoutée. Nous sommes le numéro un mondial en microbiologie pour le diagnostic des maladies infectieuses, et ce dans des proportions importantes puisque le numéro?deux, américain, est assez distant de nous. C’est un choix culturel résultant de l’histoire de la famille Mérieux, confirmé et stratégique, dans le sens où la grande majorité de nos ressources sont concentrées sur ce savoir-faire.

Quels sont vos arguments face aux grands du secteur qui développent les mêmes technologies que vous ?

Nous sommes près de 10 000 collaborateurs, nous avons réalisé en 2015 près de 2?milliards d’euros de chiffres d’affaires et nous sommes présents dans 150 pays. Nous avons l’empreinte qui caractérise un grand groupe. Notre logique d’acquisition de fortes parts de marché sur un domaine thérapeutique ciblé fait que, dans notre domaine de spécialisation, nous sommes un grand acteur. Maintenant, avec l’explosion du champ des connaissances médico-scientifiques et technologiques, des acteurs extérieurs au domaine de la santé proposent des technologies pertinentes pour notre secteur d’activité. Des spécialistes de la physique, de l’analyse des données et de l’électronique peuvent avoir des outils utiles. Et c’est bien. Mais ces acteurs sont porteurs de compétences techniques. Or la médecine n’est pas une technique. La médecine est une discipline, un art même. Quand vous allez chez le médecin, il utilise des outils, mais il vous touche et vous observe aussi. C’est le mariage de son savoir-faire clinique et de l’application de techniques qui lui donne sa pertinence pour prendre en charge votre éventuelle maladie. Tous ces spécialistes qui ne sont pas nécessairement des acteurs de la santé, mais qui ont des technologies pertinentes, ne sont pas des médecins. BioMérieux dispose d’une équipe d’environ 1 700 chercheurs, incluant des biologistes et des médecins. Nous possédons la maîtrise de la technologie nécessaire, mariée à une culture médicale centenaire, ce qui représente un patrimoine unique.

Comment intégrez-vous le digital dans votre stratégie ?

Nous investissons. Il y a un an, nous avons fait l’acquisition d’une société de mathématiciens en Belgique, Applied Maths, qui modélise la complexité biologique pour enrichir la compréhension des situations pathologiques auxquelles le médecin est confronté. Et nous investissons en interne, en développant des logiciels par exemple. Enfin, nous entretenons des relations avec les traditionnels grands acteurs de l’analyse des données. Ces experts ne viendront pas remplacer notre métier, c’est impossible. Aujourd’hui, nous fabriquons des robots de laboratoire, sur lesquels des réactifs permettent de produire des analyses et d’identifier par exemple une bactérie portée par un patient. Ces analyses ont déjà été enrichies : il est également possible de dire si la bactérie identifiée est virulente ou résistante, et dans quelle proportion. Notre base installée compte plus de 85 000 machines dans les laboratoires du monde entier. Notre ambition est d’aller plus loin. Par exemple, on pourra séquencer la bactérie et, grâce à l’analyse de son génome, nous pourrons établir si cette bactérie est virulente ou résistante, et dans quelle proportion, mais également comment elle est amenée à se comporter face à tel traitement ou face à l’environnement personnel du patient. À partir des analyses issues du séquençage mais également de nombreuses autres technologies, comme l’analyse de la structure des protéines, nous pourrons fournir de nouvelles informations qui viendront enrichir la compréhension de la situation médicale.

Doit-on en déduire que la santé va être bouleversée ?

Absolument. Nous vivons une révolution technologique qui va changer notre métier. On comprend de mieux en mieux la complexité biologique et on en déduit des approches thérapeutiques nouvelles auxquelles l’industrie va devoir s’adapter ou porter. Dans dix ans, les industries de santé ressembleront à des industries de produits, comme elles le sont déjà aujourd’hui, mais elles ressembleront aussi à des industries de services.

La France peut-elle conserver une industrie de santé diversifiée et forte ?

La santé en France compte 1 400 entreprises et 400 000 emplois directs et associés. Elle représente 20 % de la R & D tous secteurs d’activité confondus, avec pas moins de 30 000 chercheurs. La santé représente entre 11 et 12 % du PIB français. C’est considérable. Il y a le domaine du médicament, bien sûr, mais aussi d’autres secteurs d’activité, comme le diagnostic, les dispositifs médicaux, le vétérinaire ou encore le dentaire et l’optique. Peu de pays ont une industrie de santé, et encore moins aussi diversifiée. Préserver, cela fait partie des missions de la fédération que je préside. Il en va tant de la qualité des soins, de l’indépendance sanitaire de notre pays que de son développement économique. Nous réfléchissons aux conditions de préservation de ces atouts. La première est la gouvernance. Nos produits sont approuvés par un processus réglementé, derrière lequel il y a un processus d’adaptation aux exigences économiques de la protection sociale en France. Nous pensons qu’il y a aujourd’hui un décalage entre cette gouvernance et l’évolution technologique que connaît la santé. Il faut permettre l’accès à cette innovation médicale. Cette question se pose d’ailleurs dans tous les autres pays. Il ne faut pas oublier que la maladie la plus chère est celle qui ne bénéficie pas d’un traitement efficace. Il n’y a rien de plus efficient économiquement qu’un outil thérapeutique qui règle une situation pathologique. Le bénéfice médical et le bénéfice économique s’expriment dans le temps. Là est le deuxième hiatus. Le budget de la sécurité sociale qui est voté annuellement ne peut pas prendre en compte le fait qu’une avancée thérapeutique majeure va porter des effets pour toute une population de patients touchés sur quatre ou cinq ans.

Quel regard portez-vous sur l’économie française ?

BioMérieux réalise seulement 10 % de son chiffre d’affaires en France, mais maintient près de 40 % de son effectif dans l’Hexagone. Nous avons des sites dans de très nombreux pays, et une part importante de mon métier consiste à parcourir le monde. J’ai moi-même vécu de longues années à l’étranger. Je suis obligé de faire des constats. Quand nous recrutons ici, vous n’imaginez pas la qualité des personnes que nous trouvons. Nos meilleurs talents, c’est notamment en France que nous les trouvons. Mais en termes de compétitivité, je vois notre pays perdre du terrain tous les ans et de manière constante. Les entreprises ont besoin d’une structure d’accueil et d’accompagnement favorable. Il semblerait que la prise de conscience soit en train d’émerger, mais reste l’action qui va suivre. La campagne qui va s’ouvrir en janvier sera peut-être l’occasion d’en parler avec sérieux. En tout cas, je le souhaite. ??

Trois mesures phares pour 2017


Reconnaître le rôle de l’entreprise « L’entreprise, porteuse d’engagements sincères, apporte beaucoup de valeurs économiques et sociales. Il faudrait que cette dimension soit reconnue et l’entreprise accompagnée dans ce rôle. »

Réformer le système de santé « La santé, c’est le problème de tous les citoyens et avoir un système de santé efficient est un réel avantage compétitif. Réformer notre système en le protégeant dans tous ces aspects est une priorité considérable. Il faut placer la santé au cœur des débats de l’élection présidentielle. »

Réformer le système éducatif « La jeunesse que l’on recrute en France est d’une qualité incroyable. Mais de récentes études montrent que notre système éducatif est en perte d’efficacité. » ??

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