Jean-Léon VandoorneDirecteur de la rédactionVacance de pouvoir

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Jean-Léon Vandoorne

Directeur de la rédaction

Vacance de pouvoir



Le groupe Alcatel Alsthom vit aujourd'hui sous le règne du provisoire. Il avançait déjà depuis un an au rythme des "affaires". Le 10mars, un juge d'instruction l'a de fait décapité en décidant d'interdire à d'exercer ses fonctions après sa mise en examen dans le cadre de deux enquêtes judiciaires. La portée de la décision du juge d'Evry marquera les esprits. C'est la première fois qu'un porte-drapeau de l'industrie française est ainsi atteint. Et d'autres pourraient demain faire face à une crise similaire. Mais le dilemme auquel sont confrontés les administrateurs d'Alcatel Alsthom est aussi révélateur d'une particularité des grands groupes de l'Hexagone: le pouvoir solitaire et sans partage de la plupart de leurs P-DG. Une situation unique dans les grands pays industriels. Outre-Rhin, des conseils de surveillance coiffent des directoires souvent très collégiaux. Au Japon, la règle du consensus a érigé la collégialité en système. Dans le monde anglo-saxon, les rôles sont presque toujours partagés entre un "chairman" et un "chief executive" ou un "president". Que l'un soit mis en difficulté, l'autre assure la continuité. Cette règle du partage s'est plutôt renforcée outre-Manche ces toutes dernières années suite à un rapport d'une commission de l'establishment britannique. Tandis que, outre-Atlantique, les conseils d'administration se sont organisés pour s'affranchir de présidents jugés défaillants.

En France? La plupart des grands P-DG français verrouillent leur groupe aussi bien que leur conseil d'administration, où ils se retrouvent entre eux. Quel grand patron a à ses côtés un dauphin ou deux adjoints capables de s'imposer immédiatement en cas de besoin? Rhône-Poulenc, Lafarge..., ils sont rares. L'incarcération de Didier Pineau-Valencienne en Belgique a illustré sa solitude à la tête de Schneider. Guy Dejouany, soucieux de préparer l'avenir, soudain incertain, de la Générale des eaux, a dû chercher son dauphin, Jean-Marie Messier, chez Lazard.

Convoqué d'urgence, le conseil d'administration d'Alcatel Alsthom a, lui, opté pour une solution provisoire. Celle-ci ne peut durer. Son président est réputé pour gouverner d'une main de fer et imposer sa marque sur toutes les grandes décisions.Il va manquer au groupe à l'heure où il fait face à d'importants choix stratégiques. A moins d'une levée rapide des mesures judiciaires qui frappent Pierre Suard, le conseil d'administration devra en tirer les conséquences. Quelles que soient les qualités de l'homme, c'est l'avenir d'Alcatel Alsthom et de ses salariés qui est en jeu.

USINE NOUVELLE N°2494

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