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Jean-Dominique Senard (Michelin) : "Être durable dans tous les domaines"

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Michelin applique le principe de la durabilité à toutes ses activités, explique le président du groupe.

Jean-Dominique Senard (Michelin) : Être durable dans tous les domaines © Pascal Guittet

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

Pourriez-vous résumer en une phrase la stratégie de Michelin pour l’avenir ?

La stratégie de Michelin, à dix ans et plus, est de s’imposer en tant que leader de la mobilité durable. C’est depuis toujours notre raison d’être, même si le vocabulaire était différent il y a 125 ans. Pour saisir cette stratégie, il faut comprendre ce qui nous anime, à savoir la passion pour l’innovation, la qualité et le développement personnel. Des valeurs que nous déclinons partout dans l’entreprise, car il s’agit d’être durable dans tous les domaines.

Comment le marché des pneumatiques va-t-il évoluer, selon vous, au cours des prochaines décennies ?

Nous avons des perspectives de croissance forte, car les besoins en mobilité vont augmenter pendant encore des années. Notre ambition est d’augmenter de 20 % le chiffre d’affaires de notre division pneumatiques d’ici à 2020. Bien sûr, il y a des différences selon les zones géographiques, mais la croissance est particulièrement soutenue en Inde, en Chine et en Afrique. Sur le plan technique, même si les pneus atteignent aujourd’hui des niveaux de performance très élevés, le champ d’amélioration reste très ouvert. Notamment grâce aux véhicules électriques et autonomes. Dans les véhicules électriques, le pneu est directement responsable de l’autonomie et de l’atténuation du bruit. Et dans les véhicules autonomes, l’enjeu consiste à proposer des pneus qui remontent des informations. Nous allons également veiller à ce que les performances des pneus soient durables dans le temps. Aujourd’hui, les législations s’appuient sur des mesures réalisées sur des pneus neufs. Or à mi-vie ou en fin de vie, les caractéristiques s’altèrent et peuvent varier fortement d’un manufacturier à l’autre. Nous poussons pour que les caractéristiques des pneus soient évaluées à mi-vie et en fin de vie, c’est un enjeu majeur pour la protection des consommateurs. Cela nous ouvre un champ d’opportunités formidable, parce que Michelin est le manufacturier qui parvient le mieux à garantir la performance de ses pneus dans la durée.

Cette durabilité des performances passe, on l’imagine, par le développement de nouveaux matériaux ?

Effectivement, une part importante de nos efforts de recherche porte sur les nouveaux matériaux, mais là encore nous nous attachons à ce que la production des matières premières soit réalisée de manière durable. Nous cherchons évidemment à être moins dépendants du pétrole. De nombreux projets de recherche ont pour objet les biomatériaux ou les caoutchoucs synthétiques d’origine biosourcée. Nous avons un projet en cours en Indonésie, pour que le pays dispose de ses propres ressources en caoutchouc. Nous installons une plantation d’hévéas sur 80 000 hectares. Un projet exemplaire qui œuvre pour la protection de la forêt, car on replante en grande partie des forêts qui ont été brûlées, et qui permet la création de 16 000 emplois.

La croissance de 20 % de l’activité pneumatiques en 2020 inclut-elle les services ?

Les services font partie de l’ADN du groupe depuis très longtemps. Il suffit de penser aux Guides rouges, ou avant cela, aux bornes kilométriques. Surtout, au fil des ans, les services sont devenus indissociables des produits. Par exemple, pour les flottes nous vendons un prix au kilomètre parcouru, dans les mines c’est à la tonne transportée, dans les avions c’est au nombre d’atterrissages. Et aujourd’hui, notre activité de services se développe de manière considérable. La transformation numérique y a joué un grand rôle. Avec les nouvelles capacités de traitement informatique, il y avait un risque que des acteurs s’insèrent dans notre chaîne de valeur, en proposant par exemple des boîtiers pour communiquer avec les pneus. Nous aurions été relégués au second plan. Dès les premiers signes de cette possible ubérisation, nous avons créé Michelin Solutions, une activité qui a démarré avec l’acquisition du brésilien Sascar, il y a deux ans. C’est une société de gestion de flottes, qui propose une offre d’assurance, de suivi du conducteur et d’économies d’énergie. Ce rachat illustre le leitmotiv de Michelin Solutions : « La transformation, il faut la maîtriser, pas la subir. »

Quelle est votre ambition en matière de numérique ?

Nous voulons pousser le concept d’expérience de mobilité. C’est un pan important de notre stratégie, qui nous semble indispensable pour faire entrer l’entreprise dans le XXIe?siècle. Nous pouvons déjà offrir des expériences de mobilité à nos clients partout dans le monde, avec un portefeuille de cartes connectées, de voyages…, et bien sûr le « Guide Michelin », qui se décline à Shanghai ou à Washington. Mais grâce à des rachats ciblés, comme celui de Bookatable en début d’année, nous allons plus loin, nous ajoutons de nouveaux écosystèmes à l’écosystème existant afin de mieux faire connaître la marque.

Dans cette vision mondialisée, quel rôle jouera la France ?

Nous avons une présence historique dans les pays matures et notre devoir est de tout faire pour démontrer qu’il est possible d’y produire de manière compétitive. Nous voulons montrer que la désindustrialisation n’est pas une fatalité dans ces pays. D’ailleurs, retirer toutes les usines dans une zone n’aurait pas de sens, car les entreprises qui réussiront seront celles qui seront les mieux réparties au niveau mondial. En France, nous avons toujours 15 usines et quand nous avons fermé les sites de Toul, Tours et Lille, il s’agissait à chaque fois d’améliorer la compétitivité des sites restants. Cette amélioration de compétitivité s’obtient grâce à des procédés de fabrication modernes, des technologies de pointe et de l’innovation sociale. Sur ce dernier point, il reste encore beaucoup de progrès à faire, mais nous avons montré qu’avec un dialogue social nourri, il était possible de relancer des usines condamnées. Il y a deux ans, les usines de pneus poids lourds de Roanne et de la Roche-sur-Yon étaient menacées de disparition, aujourd’hui elles sont en train de renaître, grâce à des accords sociaux que nous avons négociés avec les représentants syndicaux. Nous avons également fait remonter toutes les initiatives du terrain permettant de gagner en compétitivité. Aujourd’hui, ces sites sont en passe de devenir des références mondiales en termes de compétitivité.

Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par innovation sociale ?

Pour nous, l’innovation sociale se développe selon quatre axes : mettre les clients au cœur de l’activité, développer l’usage du numérique, car c’est non seulement une condition de survie mais aussi une formidable opportunité, simplifier et responsabiliser. Récemment, la notion de responsabilisation a pris une dimension très importante chez Michelin. Nous donnons aux équipes sur le terrain une autonomie totale pour atteindre un objectif donné. Je parle d’autonomie aussi bien en production qu’en maintenance ou en formation et cela inclut le rôle des managers. C’est grâce à ce type de démarche que l’on peut rendre pérennes des accords de flexibilité tels que ceux que nous mettons en place dans nos usines. ??

Trois idées phares pour 2017


Faire de l’apprentissage un enjeu central pour l’avenir « L’apprentissage est nécessaire pour l’atteinte du plein-emploi et doit être élevé au rang de cause nationale. Il doit être rendu aussi noble que dans les autres pays. »

Revoir la fiscalité du capital « Le fait d’avoir voulu rendre équivalente la taxation des revenus du travail et du capital a pénalisé les entreprises françaises. L’épargne n’est pas assez orientée vers les entreprises. Ces dernières ont moins de fonds propres que dans les pays voisins et attirent de moins en moins les investisseurs étrangers. »

Compenser le principe de précaution par un principe d’innovation « Il ne s’agit pas de laisser les industriels libres de faire n’importe quoi, mais les pouvoirs publics doivent envoyer des signes que le pays veut continuer à aller de l’avant. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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