Jean-Bernard Lévy donné partant de Vivendi, l'action bondit

par Gwénaëlle Barzic

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PARIS (Reuters) - Le conseil d'administration de Vivendi pourrait décider ce jeudi d'entériner le départ de Jean-Bernard Lévy de la présidence du directoire en raison de divergences avec le conseil de surveillance sur l'avenir du groupe de télécoms et de divertissement, a-t-on appris de sources proches du dossier.

Le Figaro et Les Echos avaient auparavant rapporté sur leur site internet que Jean-Bernard Lévy s'apprêtait à quitter ses fonctions, une information immédiatement saluée par une vive hausse de l'action du groupe de télécoms et de divertissement.

"La décision n'est pas encore prise. Un conseil d'administration a lieu ce soir", a déclaré à Reuters une source proche du dossier.

Le départ annoncé de Jean-Bernard Lévy intervient quatre jours seulement après le séminaire stratégique annuel du conglomérat lors duquel sont apparues des divergences entre le dirigeant, à la tête de Vivendi depuis 2005, et le conseil de surveillance, a rapporté une autre source.

"Lors de ce séminaire, le conseil a vraisemblablement décidé un certain nombre d'orientations stratégiques, donc de prendre une certaine direction, que manifestement Jean-Bernard Lévy ne partage pas", a précisé cette source.

"Ce n'est pas le bilan de Jean-Bernard, ce n'est pas la situation de Vivendi, ce n'est même pas la situation de SFR qui pose problème, c'est le futur du groupe", a-t-elle poursuivi, ajoutant que le dirigeant avait choisi de "tirer les conséquences" de ce désaccord.

Vivendi s'est refusé à tout commentaire.

La position de Jean-Bernard Lévy à la tête du groupe était jugée fragilisée depuis plusieurs mois, en raison notamment des difficultés de SFR, sa principale source de liquidités.

Nommé à la présidence du directoire en 2005 après un parcours qui l'avait mené des cabinets ministériels à la finance, Jean-Bernard Lévy, un ingénieur télécoms de 57 ans, a notamment été critiqué pour avoir doublé l'exposition de Vivendi au marché français des télécoms en rachetant les parts du britannique Vodafone dans SFR, une opération réalisée moins d'un an avant l'arrivée de Free sur le marché du mobile.

SFR, numéro deux du marché français, a perdu 620.000 clients mobiles sur les trois premiers mois de cette année.

Certains actionnaires ont également été irrités par l'annonce en mars d'une baisse du dividende.

UN DÉPART FORCÉ, 10 ANS APRÈS CELUI DE MESSIER

A la Bourse de Paris, l'action Vivendi, stable en début de séance, gagnait 6,77% à 14,39 euros à 15h00 alors que l'indice CAC 40 cédait 0,5%.

"La pression des actionnaires, notamment de (Vincent) Bolloré, s'accentue", commente Jean-Michel Salavador analyste chez AlphaValue, en faisant référence à la présence au capital de l'industriel Vincent Bolloré, qui pourrait intégrer à l'automne le conseil de surveillance de Vivendi.

"Avec le départ de Jean-Bernard Lévy, une phase de restructuration un peu plus importante va pouvoir avoir lieu", a-t-il ajouté.

Le titre Vivendi, malgré un rebond depuis les plus bas de neuf ans touchés en avril, affiche un recul de près de 18% depuis le début de l'année.

Cette chute a ramené à 17,3 milliards d'euros la capitalisation du groupe, qui possède entre autres, outre SFR, le groupe de télévision Canal+, le numéro un mondial de la musique Universal Music Group et l'éditeur de jeux vidéo américain Activision Blizzard.

Un départ de Jean-Bernard Lévy viendrait ajouter un nouvel épisode au parcours mouvementé de Vivendi. L'ex-Générale des eaux, dont les origines remontent au milieu du 19e siècle, avait échappé de peu à la cessation de paiements en 2002 après plusieurs années d'une stratégie d'investissements dans les réseaux et les contenus menée tambour battant par Jean-Marie Messier, son président de l'époque.

Ce dernier avait lui-même été contraint à un départ précipité à l'été 2002 et Jean-René Fourtou, l'actuel président du conseil de surveillance, avait été appelé à la rescousse pour réorienter la stratégie et piloter la cession des activités d'édition après la scission de la branche historique d'eau et d'environnement, devenue Veolia.

SFR, URGENCE NUMÉRO UN

La présidence de Jean-Bernard Lévy a été marquée entre autres ces dernières années par la prise de contrôle de l'opérateur Maroc Telecom, de la pépite brésilienne GVT et d'Activision.

Après son départ, Jean-François Dubos, actuel secrétaire général de Vivendi, assurera l'intérim à la présidence du directoire, a précisé l'une des sources.

Autre imprévu pour la direction: Michel Combes, le numéro deux de Vodafone, qui devait prendre la présidence de SFR en remplacement de Franck Esser, parti en mars, ne quittera finalement pas le groupe britannique.

Jean-Bernard Lévy, PDG par intérim de SFR depuis trois mois, avait engagé l'élaboration d'un plan de réorganisation en profondeur de l'opérateur, qu'il devait présenter prochainement aux organisations syndicales. Un comité de groupe de SFR doit avoir lieu mardi prochain.

Le départ annoncé du président du directoire intervient alors que le groupe doit affronter plusieurs échéances déterminantes dans les semaines à venir.

L'Autorité de la concurrence doit ainsi rendre son verdict la semaine prochaine sur la fusion entre Canal+ et son ancien bouquet satellite concurrent TPS.

La même autorité doit également se prononcer le mois prochain sur le projet de rachat par la chaîne cryptée des chaînes du groupe Bolloré Direct 8 et Direct Star.

Cette opération doit permettre au numéro un de la télévision payante de faire son entrée sur le marché de la télévision gratuite, tout en permettant à Vincent Bolloré de porter sa participation à 5% du capital.

Toujours sur le front de la concurrence, le groupe saura en septembre s'il obtient le feu vert de la Commission européenne pour le rachat par Universal Music Group de l'emblématique maison de disques britannique EMI.

Marc Angrand, Blaise Robinson et Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Marc Joanny

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