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"Je ne voterai pas la prochaine loi de programmation militaire", affirme Hervé Morin

Hassan Meddah , , , ,

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Entretien Au Bourget en face de l’A400M, l'ancien ministre de la Défense Herve Morin s’est montré critique vis-à-vis des orientations du Livre blanc. Face au défi budgétaire, il préconise l’abandon de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire.

Je ne voterai pas la prochaine loi de programmation militaire, affirme Hervé Morin © Jean-Louis Salque - L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Comment jugez-vous les grandes orientations préconisées par le Livre blanc de la Defense ?

Hervé Morin - On s’oriente vers une réduction calamiteuse des budgets de la défense. Le ministre de la Défense a beau dire que les budgets seront maintenus les prochaines années, dans les faits, il y a un delta de 30 milliards d’euros par rapport aux prévisions inscrites dans le précédent Livre blanc de 2008. Quoi qu’en dise M. Le Drian, les hypothèses de crédits exceptionnels ne sont pas crédibles. L’équation budgétaire de la LPM (loi de programmation militaire) est impossible. Telle qu’elle s’annonce, je ne la voterai pas. Il va falloir trouver de nouvelles réductions et tenir un discours de vérité.

Où couper alors ?

François Hollande n’a pas fait les choix courageux et les arbitrages qui s’imposaient pour assurer la cohérence de l’outil militaire. Il va falloir réduire encore plus fortement le format des armées. Il faut se concentrer sur une armée conventionnelle disposant de son autonomie stratégique. La France doit être capable de pouvoir envoyer un corps expéditionnaire de 5 000 soldats sur un conflit comme au Mali sans être tributaire des forces et des moyens américains.

Par ailleurs, des décisions douloureuses s’imposent concernant notre dissuasion nucléaire qui va peser pour plus de 35% des crédits d’équipements à l’horizon 2020. C’est un déchirement mais on ne peut plus la maintenir dans sa globalité. C’est impossible. Je préconise l’abandon de la composante aéroportée pour ne conserver que la force océanique stratégique.

Comment jugez-vous le choix de votre successeur d’acheter sur étagère des drones américains ?

Je le comprends dans la mesure où les besoins opérationnels de nos armées priment d’abord. Dans le domaine des drones, la France et l’Europe ont raté le virage. C’est un avertissement pour l’avenir. Il ne faut pas rater la prochaine génération d’équipements. La récente initiative de collaboration des industriels européens va dans le bon sens.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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