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L'Usine Campus

J'ai testé la formation virtuelle

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Une matinée de formation à la peinture industrielle chez Clarte, un centre de ressources technologiques installé dans la technopole de Laval (Mayenne).

J'ai testé la formation virtuelle
Un ordinateur, des capteurs et un casque HTC Vive suffisent pour être transporté dans un atelier de peinture.

Casque de réalité virtuelle devant les yeux, manette à la main, je m’applique. Le pistolet à peinture ne doit pas dévier du plan horizontal, matérialisé par un quadrillage vert fluo. S’il s’écarte de sa trajectoire, il s’éclaire d’une lumière rouge, et le geste peut être immédiatement rectifié. Ai-je bien peint ? J’interroge le « compagnon », mon interlocuteur convivial dans cette formation virtuelle. Pas terrible, ma prestation, trop d’écarts. D’un clic, je demande à visualiser mes gestes. Sous mes yeux, deux mains s’agitent, reproduisant mes mouvements. Je n’étais pas bien positionnée, mon geste était trop rapide. Le compagnon me fait des recommandations. Je recommence. Puis teste la peinture d’une série de rétroviseurs, d’une tôle ondulée et d’une poutrelle en acier. Respecter la bonne distance avec la surface à peindre, soigner l’orientation du pistolet, projeter la bonne épaisseur de peinture… La réalité virtuelle possède le pouvoir magique de montrer l’invisible. Elle me signale les zones où j’ai déposé trop de peinture ou pas assez. Je recommence autant de fois qu’il le faut. Pas de souci, je ne gaspille aucune matière première, mes portières n’ont pas besoin de sécher ni d’être nettoyées, avant un nouvel exercice…

« La réalité virtuelle est un accélérateur d’automatismes », analyse David Potier, ingénieur en réalité virtuelle chez Clarte, le centre de ressources technologiques qui a mis au point cet outil de formation pour Interformat. Nous sommes dans les locaux de cet organisme de formation, installé dans la technopole de Laval (Mayenne). Depuis qu’un maire inspiré, François d’Aubert, a décidé, il y a vingt ans, alors qu’il était secrétaire d’État à la Recherche, de faire de Laval le temple de la réalité virtuelle, Clarte aide les entreprises qui le souhaitent à utiliser cette technologie. Suite à la demande de plusieurs industriels du coin, l’association a décliné, pour la peinture industrielle, un logiciel qu’elle avait mis au point pour Saint-Gobain, destiné à la projection de plâtre. « Nous avions validé que la réalité virtuelle possède un important potentiel de réduction du temps et du coût d’une formation, tout en étant de qualité », explique le directeur de Clarte, Alexandre Bouchet.

Avec l’aide d’une entreprise de conseil en peinture industrielle, du pôle de compétitivité EMC2 et du soutien financier de Bpifrance, Interformat a lancé une première session de formation en octobre 2016, puis une deuxième. Une quinzaine de demandeurs d’emploi, novices en peinture, ont suivi les cours. Étalés sur deux semaines seulement, ils alternent théorie pure, réalité virtuelle et peinture réelle en cabine. Deux stagiaires ont décroché un CDI à l’issue de leur formation, d’autres des CDD ou des missions d’intérim. Grâce à la réalité virtuelle, le coût de la formation a été réduit de 30 %, sa durée, de moitié. La directrice d’Interformat, Anne-Sophie Moysan, y voit un autre avantage : « Les centres de formation travaillent souvent avec les machines mises au rebut par les industriels, ce qui n’est pas très sexy. Avec la réalité virtuelle, les stagiaires se forment sur des matériels de dernière génération ! »

Après une interruption pour reposer mes yeux – obligatoire toutes les demi-heures –, je reprends ma formation. En fonction de la tâche qui m’attend, je dois préparer le mélange base-diluant-durcisseur, avec lequel je vais peindre. D’habitude, c’est le formateur qui le fait, pour éviter les fausses manipulations. En virtuel, le stagiaire peut prendre la main. À tâtons, je retrouve ensuite les molettes du pistolet qui permettent de régler le débit et la pression de la peinture, un jet rond ou un jet plat. J’apprends à peindre sur des formes statiques, ou en mouvement, sur des matériaux différents. Tiens, une chaudière ! C’est une entreprise qui a introduit ce modèle, le sien, dans le logiciel. Pratique si elle veut former ses propres salariés.

Tromper le cerveau

Dans cet univers virtuel, l’odeur de la peinture, qui me rappellerait que je manipule des produits chimiques, est toutefois absente. Je ne porte pas d’équipement de protection et le réservoir de mon pistolet est vide, donc plus léger qu’en réalité. « Il manque aussi les jeux de lumière au moment du dépôt de la peinture, ajoute David Potier. Ils permettent aux peintres de regarder les épaisseurs de peinture, les couleurs. C’est une des difficultés de la réalité virtuelle : le réalisme de la situation. » Pour tromper le cerveau, il faut parfois ajouter des bruits, du vent, des mouvements.

Sous mon casque, je me sens un peu seule. Dans un avenir proche, je pourrai voir un formateur, un stagiaire ou un visiteur se mouvoir à mes côtés. Les équipes de R & D de Clarte sont en train de mettre au point une technologie qui permet à deux personnes de collaborer dans le monde virtuel, qu’elles soient dans la même pièce ou distantes. Je teste le déchargement d’un chariot avec mon formateur. Grâce à des caméras 3D, il m’apparaît en temps réel, sous la forme d’un nuage de points. Son visage reste flou, mais le contour de son corps et ses gestes sont précis. Autres pistes d’avenir : utiliser le retour d’effort, qui permettrait de sentir la pression de la peinture s’échappant du pistolet. La technologie existe mais reste trop chère pour la formation. « Et le toucher est le sens le plus difficile à maîtriser », note Alexandre Bouchet. J’ai bientôt fini ma portière de voiture, disposée à la verticale. Pour en peindre le verso, je la contourne, faisant trois petits pas de danse dans la salle. Petits rires autour de moi. Dans mon monde virtuel, j’aurais pu traverser la portière. Mais on ne s’improvise pas passe-muraille.

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