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Le français Isorg décroche un premier gros contrat de 150 millions de dollars avec un fabricant chinois de smartphones

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Exclusif La pépite française des capteurs imprimés Isorg emporte ses deux premiers contrats majeurs, l’un de 150 millions de dollars auprès d’un constructeur chinois de smartphones, l’autre de 50 à 100 millions de dollars auprès d’un constructeur américain de wearables. De quoi franchir la barre des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, contre 3 millions d’euros attendus en 2018.

Le français Isorg décolle avec un premier gros contrat de 150 millions de dollars
Cellule pour photodétecteur conçue par Isorg. Le Français est un spécialiste de l'électronique imprimée.
© Isorg

Décollage imminent pour Isorg. La pépite française des capteurs imprimés, qui fournit déjà en petits volumes des clients comme Airbus ou Wurtz, emporte son premier contrat majeur : la fourniture de capteurs d’empreinte digitale pour un constructeur chinois de smartphones. Le contrat, conclu il y a an, se monte à 150 millions de dollars. C’est ce que révèle à L’Usine Nouvelle son PDG-cofondateur Jean-Yves Gomez lors de la neuvième Rencontre de l’électronique imprimée qui s’est tenue à Paris, le 28 mars 2018.

Un effort de R&D de 50 année-homme

Fondée à Grenoble en 2010 par deux anciens de STMicroelectronics, Isorg réalise des photodétecteurs et des capteurs d’image en électronique polymère avec un procédé de fabrication par impression. Elle valorise un effort de recherche de 50 année-homme mené au laboratoire d’électronique organique imprimée du CEA-Liten. La technologie mise en œuvre s’appuie sur des matériaux conducteurs et semiconducteurs organiques déposés sous forme liquide par impression sur des substrats en plastique ou en verre. Par rapport aux techniques traditionnelles de gravure de circuits en silicium, ce procédé offre l’avantage de transformer des grandes surfaces rigides ou souples en capteurs à hautes performances et faibles coûts.

"Le capteur d’image à fournir au constructeur chinois de mobiles représente une épaisseur de seulement 500 µm, explique Jean-Yves Gomez. Il est réalisé par la déposition de cinq couches sur une plaque plastique souple. Il se glissera sous l’écran tactile du smartphone pour détecter l’empreinte digitale de quatre doigts à la fois quel que soit la position de la main sur l’écran avec une résolution de 500 points par pouce. Il remplacera le capteur d’empreinte digitale traditionnel en silicium disposé en bas de l’écran ou sur le bord du téléphone."

Le patron d’Isorg se garde à ce stade de dévoiler le nom du mystérieux client. Mais le constructeur chinois considère la pépite française comme une source d’approvisionnement si stratégique qu’il a décidé d’entrer dans son capital à la faveur d’une nouvelle levée de fonds de 15 millions d’euros, qui devrait être finalisée d’ici juin 2018.

Une usine de 20 millions d'euros à Limoges

Car Isorg, qui dispose d’une ligne de R&D et production pilote à Grenoble, a besoin d’argent frais pour mettre en service son usine à Limoges. Sa création représente un investissement de 20 millions d’euros : 10 millions d’euros pour le bâtiment et 10 millions pour l’équipement de production. La phase d’équipement vient tout juste d’être achevée. La société s’apprête à commencer le transfert des technologies de fabrication depuis son site de Grenoble pour un démarrage de la production de masse prévu en 2019.

Mais ce n’est pas dans cette usine que les capteurs du constructeur chinois de smartphones seront fabriqués. "Quand nous avons lancé le projet, nous pensions construire une usine trop grande pour nos besoins, explique le patron d’Isorg. Aujourd’hui, nous nous rendons compte qu’elle est trop petite pour servir des marchés à grands volumes comme ceux des mobiles. Pour satisfaire les besoins d’un seul smartphone, il nous faudrait quatre usines comme celle à Limoges. Impossible à réaliser à notre échelle." Pour le contrat emporté auprès du constructeur chinois de smartphones, la production a été confiée à un fabricant chinois d’écrans plats à qui Isorg a transféré sa technologie. Elle devrait démarrer au second semestre 2018.

Plan massif d'embauches

Ce n’est pas la seule bonne nouvelle. Isorg a engrangé à la fin de 2017 un autre contrat important auprès d’un constructeur américain de wearables, objets connectés portés sur le corps. Là encore, Jean-Yves Gomez, tenu par un engagement de confidentialité, reste discret sur l'identité du client. "Ce contrat représente des volumes moins importants mais porte sur des capteurs d’empreinte digitale à plus forte valeur ajoutée que dans le contrat pour le smartphone, se contente t-il d'indiquer. Il devrait nous apporter 50 à 100 millions de dollars."

Ces capteurs seront fabriqués à l’usine de Limoges à partir du deuxième semestre 2019 sur des plaques plastiques de 650 x 780 mm, quatre fois plus grandes que les plaques prévues initialement. De 70 plaques par jour au départ, la production devrait monter à pleine capacité de 250 plaques par jour en 2021.

Isorg, qui compte aujourd’hui 47 personnes, se prépare à embaucher pour porter ses effectifs entre 80 et 100 personnes à la fin de 2018. Grâce aux deux grands contrats, la start-up s’attend à franchir les 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, contre 600 000 euros réalisés en 2017 et 3 millions d’euros attendus en 2018.

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