Irak : Pour ou contre l'empire

Veut-on un monde dont les règles politiques, économiques, voir sociales, sont édictées par un seul pays, au nom de la loi du plus fort? Ou souhaite-t-on préserver une communauté internationale qui négocie cahin-caha le cadre de sa vie commune?

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Le dollar écorné, l'économie mondiale en berne, l'autorité des Nations Unies, de l'Otan et de l'Europe menacée, le Britannique Tony Blair sur un siège éjectable... : la volonté américaine d'en finir avec Saddam Hussein ne cesse de faire des victimes. Avant même le premier coup de feu, le bilan est lourd. Et laissera des traces. Evidemment, une victoire militaire éclair des armées américaines (et de leurs supplétifs britanniques) limiterait les dégâts. Les chefs d'entreprise inquiets et les pragmatiques qui sentent inévitable la guerre impériale de George Bush Jr. veulent croire en ce scénario. Il est le plus probable et ouvrirait la voie à une baisse des prix du brut et à la reprise économique attendue par un monde industrialisé qui doit déjà payer les excès des années internet. Resterait à transformer la victoire américaine en succès politique durable. Le départ de Saddam Hussein, on le sait, ne suffira pas à assurer la stabilité en Irak, pays clé de la géopolitique du Moyen-Orient. Ni à résoudre l'imbroglio israélo-palestinien, perpétuel foyer de tensions dans la région. Ni à donner forcément un coup d'arrêt à la montée du terrorisme qui a frappé le 11 septembre 2001. Mais, soyons optimistes. Admettons que le bilan de la croisade américaine soit " globalement positif ". Que la guerre ait permis d'atteindre une bonne part des objectifs visés et que le bilan humain, matériel et financier reste dans des limites " acceptables ". Les moyens utilisés en seraient-ils pour autant justifiés ? Jusqu'où peut-on accepter le monopole de l'interprétation du droit international revendiqué par un pays, ou plutôt son président poussé par ses faucons et Texans prêts à tout sauf à débattre ?
Certes, ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis tentent d'imposer leurs vues au reste du monde. Quand celui-ci était dominé par deux superpuissances, l'Amérique n'hésitait pas à peser de tout son poids pour contrer l'" empire du mal ". Après l'invasion soviétique de l'Afghanistan, il fallait boycotter les jeux Olympiques de Moscou, puis empêcher la construction du gazoduc qui allait approvisionner l'Europe en gaz sibérien. Washington a multiplié menaces et pressions pour décourager les entreprises européennes désireuses de faire des affaires avec Cuba, l'Iran ou tout autre pays soumis à la vindicte américaine. Loin de s'estomper après l'implosion du bloc soviétique, l'approche impériale américaine des problèmes du monde s'est renforcée. Surtout depuis l'élection de George Bush Jr, en contradiction totale avec les traditions du Parti Républicain : refus de respecter les accords de Kyoto sur la lutte contre l'effet de serre, adoption de mesures discriminatoires contre les sidérurgistes du monde entier au mépris des règles de l'OMC, dont la création avait été pourtant voulue par les Américains, rejet des procédures adoptées par la Cour pénale internationale à partir du moment où des militaires américains pouvaient tomber sous sa juridiction... la liste s'allonge. Il ne s'agit pas seulement de savoir si la tragédie du 11 septembre justifie qu'on se laisse, comme des godillots, enrôler dans la croisade en Irak. Accepte-t-on un monde dont les règles politiques, économiques et peut-être demain sociales seront édictées par un seul pays, au nom de la loi du plus fort ? Ou souhaite-t-on une communauté internationale qui continue de négocier cahin-caha les lois qui tenteront d'assurer la paix, mais aussi le développement et l'émancipation du plus grand nombre ? Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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