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INVESTISSEMENTSDes PMI en Chine dans la foulée des grands groupes

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Des PMI en Chine dans la foulée des grands groupes

Après la longue brouille, née des ventes d'armes à Taiwan, Edouard Balladur sera en Chine du 7 au 10 avril pour sceller les retrouvailles entre Paris et Pékin. Une visite éminemment politique, qui ouvrira la voie à une pléiade de dirigeants d'entreprise, conviés, eux, avec Gérard Longuet, ministre de l'Industrie, probablement fin juin. La sérénité retrouvée des relations bilatérales redonnera toutes leurs chances aux entreprises françaises, qui n'ont pas baissé les bras en Chine. GEC- Alsthom a remis des offres pour de nouvelles centrales thermiques, dont les commandes devraient intervenir cette année. Le groupe lorgne aussi, avec Framatome, la deuxième tranche de la centrale nucléaire de Daya Bay. Des dizaines de projets de barrages sont programmés en Chine: Spie-Batignolles pense avoir de bonnes chances d'emporter un contrat de 3milliards de francs pour un lot de tunnels sur le projet hydroélectrique de Xiaolangdi. La filiale de Schneider vient d'être préqualifiée pour le génie civil du métro de Canton. Grands contrats, certes. Mais la Chine recèle

aussi un formidable potentiel de grands projets industriels. Déjà, Citroèn compte démarrer sa production de Zx en mai 1996. Peugeot pourrait tripler ses capacités à Canton. Total construit une raffinerie de 100000 barils/jour à Dalian (Mandchourie). Le groupe Alcatel, qui a ouvert la plus grosse usine du monde de centraux en 1993, pourrait constituer bientôt un nouveau joint-venture. Dans le sillage des grands groupes, une multitude de fournisseurs français se placent, comme sous-traitants, par l'exportation directe , ou par la constitution de joint-ventures pour les plus audacieux.



Implantations industrielles

L'automobile montre le chemin

Grâce à leurs volumes de production prometteurs, PSA et Renault incitent leurs fournisseurs à s'installer auprès d'eux.

Le 24 juin prochain, Alain Carrée, patron des achats de PSA, rassemblera soixante-dix équipementiers français - implantés en Chine ou en passe de l'être - lors d'une grande convention à Pékin à l'occasion du salon de l'automobile. Une première. "Vingt-huit accords, pour la plupart d'assistance technique, ont déjà été signés entre des fournisseurs et des partenaires chinois. Trente-six autres le seront cette année", explique le directeur général de la Sogedac, la centrale d'achats du constructeur français.

L'automobile montre la voie en Chine par l'importance des projets et le rôle traditionnel des équipementiers, mais d'autres projets industriels pourraient avoir des retombées sur les sous-traitants français. "Nous souhaitons entraîner d'autres sociétés françaises dans notre sillage", insiste-t-on chez Total, dont le projet de raffinerie de Dalian s'élève à 6milliards de francs. Même écho chez l'ingénieriste Technip-Speichim, qui travaille pour Rhône-Poulenc et Atochem tout en réalisant lui-même des unités agro-industrielles. Michel Kehren, directeur chimie-engrais, annonce la couleur: "Pendant cinq ans encore, nos fournisseurs d'équipements pourront exporter de France. Ensuite, il faudra qu'ils trouvent des associations." Le sous-traitant de l'automobile Sommer-Allibert devient à son tour donneur d'ordre en Chine. Il compte prendre le contrôle de deux usines d'emballages et de revêtements de sol.

Si l'automobile a un important effet d'entraînement sur ses sous-traitants, c'est que les volumes vont enfin être au rendez-vous. Peugeot, qui a monté à peine 20000 berlines et breaks 505 et 504 pick-up à Canton l'an passé, est en discussion pour tripler ses capacités à 150000 unités par an grâce à l'introduction de la 405. Objectif final: 300000 véhicules.

Citroèn, associé au constructeur local de camions Dong Feng, vient de terminer les travaux de terrassement de 130kilomètres carrés à Wuhan, dans le centre de la Chine, pour une usine qui doit fabriquer 150000 Zx. Le modèle, qui remplacera la petite Ax, pourrait ensuite rejoindre sa grande soeur sur les chaînes, portant la production escomptée à 300000 unités. A 400kilomètres de là, à Xiangfan, une autre unité fournira moteurs et transmissions.

Dans le sillage des projets industriels de PSA - et de Renault, qui assemblera des utilitaires près de Wuhan -, Valeo vient de créer un joint-venture avec Wenling Auto Parts Factory pour fabriquer des systèmes d'essuyage. Les branches thermique, éclairage, embrayage du premier équipementier français s'apprêtent à en faire autant. Sont également visés les marchés des constructeurs locaux comme Dong Feng ou des étrangers comme Volkswagen.

Un investissement élevé en temps et en hommes

Ecia, filiale équipements de Peugeot à 68%, a déjà signé deux accords de licence. Une usine est en cours de construction pour les pièces en plastique à Canton, selon les plans de l'équipementier, pour Peugeot. Un deuxième accord de licence a été passé avec le fabricant d'échappements chinois YAV, dans la région de Wuhan, pour Citroèn. Une prise de participation du français est en négociation. Un joint-venture pourrait aussi voir le jour avec un plasturgiste, toujours auprès de Citroèn. La filiale allemande d'Ecia, Leistritz, cherche à s'installer aux côtés des constructeurs d'outre-Rhin.

Treves, qui dispose déjà d'un licencié près de Shanghai pour les moquettes et les tapis de sol, a conclu un pré-accord avec Dong Feng pour constituer une société commune à Wuhan. But: fabriquer des panneaux de porte et des tablettes arrière. La division instrumentation, dont le siège est en France, de l'italien Magneti Marelli met sur pied un joint-venture à Canton, dont il souhaite détenir 70% du capital. "Il vaut mieux être majoritaire pour éviter les frictions avec le management chinois" assène l'équipementier qui se méfie de l'octroi de licences, difficiles à contrôler.

"Nous devons entraîner nos fournisseurs pour parvenir à un taux d'intégration locale de nos voitures de 60% en 1996 et de 90% ensuite", explique Alain Carrée, qui ajoute, laconique: "Malheureusement, une centaine à peine d'entre eux est capable de nous suivre en Chine. " L'investissement est élevé, surtout en temps et en hommes, et rentable seulement à long terme. Or, les sous-traitants français souffrent de leur trop petite taille. Dans un premier temps, "nous serions déjà heureux de couvrir nos frais", reconnaît-on chez Ecia, dont les projets chinois mobiliseront bientôt près d'une trentaine de personnes.





GRANDS CONTRATS

Un efficace effet d'entraînement

A partir de contrats remportés par de grands groupes, des PME françaises ont pu développer un courant d'affaires avec la Chine. Mais il faut l'entretenir...

GEC-Alsthom aura sous-traité pas moins de 2milliards de francs de travaux sur les trois centrales thermiques de Luohuang, Jiangyu et Beilungang, mises en service successivement depuis 1990. C'est une règle bien établie: "Nous sous-traitons 60% de nos grands contrats d'équipement à des sociétés françaises hors du groupe", se félicite-t-on chez GEC-Alsthom.

Une belle manne pour certaines petites et moyennes entreprises, qui ont pu ainsi mettre le pied à l'étrier dans l'empire du Milieu. Nordon, fabricant de tuyauteries à Nancy, a ainsi travaillé pour GEC-Alsthom et Air liquide avant de développer un courant d'affaires dans l'agro-alimentaire. Résultat: 50 millions de francs de ventes cette année en Chine. Soit 5% du total de la société.

Le spécialiste des vannes-papillons Amri, qui s'est fait connaître par sa participation à des centrales thermiques et nucléaires, mais aussi à des projets de traitement de l'eau, escompte, à court terme, une centaine de millions de francs par an de contrats en Chine. Le plus souvent en direct. Des chiffres qui comptent pour une entreprise qui a réalisé quelque 650millions de francs de chiffre d'affaires l'an passé.

Le fabricant de robinets industriels charentais SNRI, qui a notamment équipé la centrale de Beilungang, sous-traite désormais pour New Sulzer. Ce fabricant de gros moteurs Diesel pour centrales électriques a réussi, en huit ans, une belle percée sur le marché chinois, avec la vente de 180 moteurs. "Grâce notamment à une équipe de vingt expatriés basés à Hongkong", précise Michel Kohler, directeur général adjoint. Ses principaux clients: les municipalités. New Sulzer fait aujourd'hui 40% de son 1,6milliard de ventes annuelles avec la Chine.

Un projet qui a donné du travail à 600 salariés en France

Cegelec a, pour sa part, sous-traité à des sociétés françaises environ 40% de sa centrale hydraulique de 1200mégawatts de Congha, près de Canton. Soit 500 millions de francs de contrats - filiales du groupe Alcatel-Alsthom comprises. L'unité a été inaugurée en août de l'année dernière. "Le projet a fourni du travail à 600personnes par an en France, dont 400 hors Cegelec", rappelle Michel Augonnet, directeur commercial de la société.

Parmi les principaux fournisseurs: Sicli, pour la protection incendie; SDME, à Grenoble, pour les sectionneurs; Trouvay-Cauvin, pour la tuyauterie. Cette dernière entreprise collabore aussi avec GEC-Alsthom et Air liquide.

Mais Cegelec n'est pas seulement un donneur d'ordres. Il se transforme à son tour en sous-traitant pour fournir l'ensemble électrique et de contrôle-commande de deux laminoirs de Taiyuan Iron and Steel Company dans la province de Shanxi.

Moins bien implantés que leurs concurrents allemands ou italiens, les sous-traitants français ont besoin des grands contrats pour découvrir le pays, nouer des contacts, puis développer des affaires en direct, voire y installer des joint-ventures. Tant qu'il est encore temps. Car la part des contrats d'équipement sous-traitée aux entreprises locales ira croissant au gré de leurs progrès technologiques.

Or le marché chinois est de plus en plus demandeur. Le comité central du Parti communiste chinois a confirmé, en novembre dernier, la libéralisation économique et abandonné le plan de refroidissement économique. Malgré le risque de dérapage inflationniste. La croissance devrait donc se poursuivre à un rythme de 9% cette année, après 10% en 1993.

Les Chinois paient généralement rubis sur l'ongle

Le stock des investissements étrangers effectivement réalisés a doublé en un an et atteint plus de 100milliards de francs en 1993. Incitatif particulier pour les sociétés françaises: les Chinois paient généralement rubis sur l'ongle. Mais attention aux contrefaçons, volontiers pratiquées par les partenaires!

La France n'est aujourd'hui que le douzième partenaire commercial de la Chine, bien loin derrière Hong-Kong, le Japon ou encore les Etats-Unis. Et, dans ses échanges avec Pékin, l'Hexagone enregistre un très lourd déficit: 12 milliards de francsen 1993! Avec la visite d'Edouard Balladur, on peut espérer un "grand bond en avant".

A.-G.V. et C.B.



Gec-Alsthom: le parcours du combattant

Rédiger une offre "mobilise pas moins de vingt-cinq personnes à plein temps pendant quatre mois", souligne-t-on chez GEC-Alsthom, dont la centrale thermique de Beilungang, au sud de Shanghai, est en cours de démarrage. D'autres contrats pourraient être signés cette année. Après la remise de l'offre, le client dépouille le dossier pendant quatre mois. Puis s'ouvre un nouveau round de "séminaires" avec le client chinois d'une dizaine de jours à... deux mois. Entre la remise de l'offre et la commande, il faut encore compter une année. A noter, au passage, qu'une offre qui aboutit en Chine coûte à GEC-Alsthom la bagatelle de 7 à 8millions de francs! Une fois le contrat signé se tiennent tous les trois mois de nouvelles réunions, de trois semaines chacune environ, tantôt en France, tantôt en Chine. Durant une autre bonne année, ou année et demie. Jusqu'à l'ouverture du chantier. On envoie ensuite des équipes d'assistance technique sur place (jusqu'à une quinzaine de Français) pendant les deux ans de chantier. Au total: trois ans et demi, au moins, sont ainsi nécessaires entre la signature du contrat et le démarrage de la centrale.

USINE NOUVELLE - N°2451 -

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