Investissements socialement responsables : un enjeu pour l’industrie

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Entretien Les externalités négatives sur l'environnement, les questions sociales de stress au travail ou d’accident du travail sont désormais prises en compte par les investisseurs. Autant de données que les industriels doivent intégrer dans leur gestion sous la pression des actionnaires.

Investissements socialement responsables : un enjeu pour l’industrie

3 questions à Dominique Blanc, responsable recherche ISR à Novethic

Accidents du travail, vague de suicides, marée noire, pollution, fort turn-over… Voilà autant d’éléments pris en compte dans les investissements socialement responsables. Si ces investissements restent une part infime du marché, leurs arguments portent beaucoup plus loin qu’au sein de leur petit cercle de convertis.

Etats des lieux avec Dominique Blanc, responsable recherche en investissements socialement responsables (ISR) à Novethic, centre de ressources sur la responsabilité sociale de l'entreprise et de l’ISR :

?Qu’est ce qu'un investissement socialement responsable ?

Les actionnaires peuvent avoir deux types de comportements. Ils peuvent avoir une vision à court terme, assez standard, rythmée par les diffusions trimestrielles de résultats. La majorité d’entre eux suivent les conseils de consultants. Mais, certains veulent influencer la stratégie de leur entreprise afin de préserver ses intérêts à court terme mais aussi à long terme. Pour que la rentabilité soit durable, il faut prendre en compte d’autres notions que le simple bénéfice net.

Les entreprises doivent, pour perdurer, garder leur savoir-faire, leurs talents et les bons fournisseurs. Ainsi, les actionnaires se préoccupent de plus en plus des questions de ressources humaines, des relations aux fournisseurs. L’environnement est une question qui ressort souvent. Car une entreprise qui pollue risque d’être fortement sanctionnée à l’avenir par la justice (dommages et intérêts) et par des taxes. Ces externalités négatives sont amenées à peser sur le bilan comptable à venir de l’entreprise polluante. Tout cela est réunit sous l’étiquette : Environnement, Social et Gouvernance (ESG) qui est plus représentatif que le simple sigle ISR.

?Qui sont ces investisseurs socialement responsables ? Quel poids ont-ils sur le marché ?

Les investisseurs socialement responsables ne représentent que 2,5% du marché des investissements.  Fin 2008, ils représentaient 30 milliards d’euros et nos prévisions pour 2009 tablent sur un ordre de grandeur de plus de 50 milliards. En volume, ce n’est pas ce qui va changer les choses. Mais, les questions posées dans les ISR ressortent aujourd’hui et seront incontournables demain.

Aujourd’hui, outre cette estimation de 50 milliards d’euros, près de 2 000 milliards d’euros seraient gérés en prenant comptes de problématiques environnementales et sociales (ESG). Par exemple, l’émission de CO2 ou d’accidents du travail peuvent coûter très cher à l’entreprise. Même d’un point de vue purement comptable, ces questions deviennent primordiales pour la survie de l’entreprise. La crise économique a sensibilisé les investisseurs à ce type de risque. Les investissements ISR se sont maintenus en 2008-2009 alors que toutes les bourses étaient dans le rouge.

?Et, dans l’industrie, quels sont les enjeux ?

Les enjeux ESG peuvent avoir des effets positifs et valoriser certaines entreprises. Rhodia en est le meilleur exemple dans l’industrie. Son mécanisme de développement propre en Corée du sud lui a permis d’économiser des quotas supplémentaires en émissions de CO2. Le gain de quotas dans ce domaine a été directement valorisé par le marché. L’action a pris de la valeur car les investisseurs percevaient que c’était de la valeur mise de côté pour l’avenir.

A contrario, bien sûr il peut y avoir un impact négatif. Les actionnaires sont de plus en plus nombreux à utiliser les assemblées générales (AG) pour avertir l’entreprise dont ils détiennent les parts. British Petroleum a ainsi été interpellé par ses actionnaires sur sa stratégie en Ontario, au Canada. BP y avait développé une activité d’extraction de pétrole de sable bitumineux. Le procédé, consistant en la séparation du bitume et du sable, est très coûteux en eau et en énergie. Des actionnaires ont remis en cause ce choix non-écologique en proposant une résolution en AG. Si celle-ci n’a pas été adoptée faute de majorité, le management commence à perdre son omnipotence face à des actionnaires qui ne sont plus des « bénis oui-oui ».

Morgane Remy


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