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Investissements : L'Espagne ne fait plus recette

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Enquête Le japonais Suzuki menace de fermer son usine automobile de Linares. Gillette, son unité de Séville. Volkswagen, l'établissement de Zona Franca de Seat. Les Français n'en sont pas là. Mais la crise économique, la hausse des salaires, la rigidité du marché du travail les inquiètent.  

INVESTISSEMENTS

L'Espagne ne fait plus recette

Le japonais Suzuki menace de fermer son usine automobile de Linares. Gillette, son unité de Séville. Volkswagen, l'établissement de Zona Franca de Seat. Les Français n'en sont pas là. Mais la crise économique, la hausse des salaires, la rigidité du marché du travail les inquiètent.
 

Après l'enthousiasme, le désenchantement? Les entreprises françaises, qui ont massivement investi en Espagne au début de la décennie, ont aujourd'hui la gueule de bois. Les marchés se sont effondrés, les salaires augmentent, les restructurations coûtent deux fois plus cher que dans l'Hexagone et la productivité demeure souvent insuffisante. Pour les Français, l'ère des grands projets visionnaires en Espagne est globalement achevée. Place à la gestion au jour le jour de l'outil de production existant ! Pour l'automobile, 1993 restera une année noire, avec une chute du marché de 25%. " Nous tournons autour de 80-85% de nos capacités. Et nous prévoyons de faire une trentaine de jours de chômage technique cette année", prédit Thierry Armengaud, vice-P-DG de Peugeot España. Dans le poids lourd, les ventes ont été carrément divisées par deux l'an passé. "On a dû fermer l'usine de Villaverde (près de Madrid) en décembre et janvier derniers. Nous avons trop de capacités", renchérit Jacques Rebeyrol, directeur de la filiale espagnole de RVI jusqu'à ces derniers jours. Même son de cloche dans l'électroménager, chez Moulinex, qui a accru de 50% les capacités de son usine de Barbastro (nord du pays) il y a quatre ans. Or la reprise n'est pas vraiment en vue. Le PIB espagnol ne devrait pas augmenter de plus de 0,5% cette année, selon Paribas.

Une main-d'oeuvre trop chère pour le bas de gamme

Acculés sur des marchés en crise, les Français sont également confrontés à la hausse des salaires. Même limités à 4,5% en 1993, après les 7% par an au début de la décennie, ils croissent plus vite qu'en France. "L'Espagne est devenue trop chère pour des produits de bas de gamme, mais ne dispose pas d'une main-d'oeuvre assez qualifiée pour du haut de gamme. Et le différentiel des coûts salariaux entre la France et l'Espagne est insuffisant pour vraiment justifier la différence de qualification", souligne un emballagiste français, qui souhaite garder l'anonymat. D'autres groupes sont plus mesurés. On reconnaît cependant chez Citroèn un effort de formation un peu inférieur à la moyenne: 3% de la masse salariale, contre 4,5% pour l'ensemble du groupe. Même chose chez RVI ou l'équipementier ferroviaire Faiveley. En outre, "la culture internationale fait souvent défaut", précise-t-on chez Vetrotex, la division fibres de renforcement de Saint-Gobain. Malgré les gros efforts de restructuration, la productivité dans les unités espagnoles est, en général, plus faible qu'en France. La principale raison tient à une rigidité du marché du travail qui rend les licenciements très coûteux. Alcatel ou Peugeot ont dépensé autant ces dernières années dans des plans sociaux que dans des investissements industriels! La législation évolue, mais des sureffectifs demeurent. Ils représentent encore plus de 10% de l'ensemble du personnel de RVI. Et chez Moulinex, on reconnaît que les restructurations ne sont pas finies. Autre "tare" espagnole: le manque de flexibilité, dont on se plaint chez Moulinex ou Saint-Gobain. D'autre part, les entreprises pâtissent d'un outil industriel généralement ancien, avec un personnel de quatre à cinq ans plus âgé qu'en France. Quant à la qualité des petits sous-traitants locaux, elle reste sensiblement inférieure à celle de la France.

Un gros effort de modernisation

Malgré les difficultés, il n'est toutefois pas question pour les groupes français d'abandonner l'Espagne. Grâce notamment à la dévaluation de 25% de la peseta, les coûts de production demeurent légèrement inférieurs à ceux de la France pour Moulinex, Saint-Gobain ou Faiveley. Pour Peugeot, ils sont au même niveau, alors qu'ils étaient de 20% supérieurs il y a quatre ans. Au changement de parité de la monnaie s'est, il est vrai, ajouté un gros effort de modernisation de l'outil de production ces dernières années. "En 1987, nous étions les moins productifs du groupe Alcatel. Mais, depuis, nous avons multiplié par cinq notre productivité par employé", se félicite Miguel Canalejo, président d'Alcatel Standard Electrica, la filiale espagnole du groupe. Le cimentier Lafarge Coppée a lui déboursé 780 millions de francs pour améliorer la compétitivité de son site madrilène. Les énormes investissements de la fin des années80 et du début90 permettront surtout aux groupes français de profiter à plein d'un gros potentiel de croissance à long terme du marché espagnol. Moulinex, qui détient le quart du marché local du four à micro-ondes, peut compter sur une forte demande dans la seconde moitié de la décennie. Le taux d'équipement y est d'à peine 15%, contre 40% en France. L'âge élevé du parc automobile est également porteur d'espoirs, tout comme le faible nombre de voitures pour mille habitants: 310, contre 410 en France. Le réseau de stations-service est aussi très en retard. Total a ainsi ouvert 96 stations depuis 1989. Une quarantaine d'autres sont prévues d'ici à deux ans. "La consommation de ciment par habitant est en moyenne beaucoup plus élevée qu'en France. Et les besoins en logements et en infrastructures sont importants", assure Jean Desazars, directeur commercial d'Asland, filiale de Lafarge Coppée depuis 1989. L'Espagne n'est plus un axe stratégique de développement pour les groupes français. Ceux qui ont déjà investi doivent gérer au plus près. Quant aux autres, la suppression totale des droits de douane pour les produits communautaires ne les oblige plus à s'implanter localement pour vendre. Pour les sociétés qui recherchent les coûts salariaux les plus bas, le Portugal ou les pays de l'Est leur tendent les bras.

et Catherine BOZON





Alcatel a dépensé autant ces dernières années dans les plans sociaux que dans les investissements industriels (ici, standards téléphoniques à Madrid).



Moulinex se plaint du manque de flexibilité des usines espagnoles (ici, ligne de presse-agrumes sur le site basque d'Usurbil).



Lafarge Coppée doit digérer ses acquisitions (ici Asland, repris en 1989). Mais, il est bien armé pour répondre aux besoins d'infrastructures.









JAPONAIS, AMÉRICAINS, SUÉDOIS, ALLEMANDS VEULENT DÉSINVESTIR

Suzuki envisage son retrait d'Espagne, menaçant de fermer son usine andalouse de Linares, qui emploie 2400personnes. Raisons invoquées: trop de personnel - âgé, de surcroît -, productivité insuffisante, coûts en hausse. Nissan, l'autre constructeur automobile japonais implanté en Espagne, se débat de son côté dans une difficile restructuration de sa vieille usine de Barcelone, qui cumule les pertes. Et les salariés s'interrogent sur leur avenir. Toujours dans la capitale catalane, Seat, filiale hispanique de Volkswagen, va devoir fermer à terme son unité obsolète de Zona Franca, peu compétitive. Le groupe américain Tenneco a, de son côté, sacrifié fin 1992 son site de Saragosse, spécialisé dans les matériels de travaux publics. Le groupe suédois d'électroménager Electrolux s'est débarrassé, à l'automne dernier, de son usine de machines à laver près de Barcelone. "En Espagne, il est impossible de licencier, cela revient trop cher", note un dirigeant. En outre, l'usine était d'une taille insuffisante. L'américain Gillette compte aussi fermer son unité de rasoirs de Séville, technologiquement en retard. Les sites allemand et britannique sont plus modernes. Et la main-d'oeuvre est meilleur marché en Europe de l'Est ou en Turquie.

USINE NOUVELLE - N°2450 -
 

 

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