Investissements : Attention au déficit d'image !

Tristes spectacles que Billancourt en panne de projets, Airbus en quête de patron et le traité constitutionnel de l'Europe en mal d'adhésion... Un pays soucieux de sa capacité d'attraction aurait intérêt à mieux soigner son image internationale. Surtout q

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Au milieu de la Seine, le grand vaisseau industriel a définitivement disparu. Exit Renault Billancourt. Reste une île arasée et, pour le souvenir, le pont et la porte monumentale de feue l'usine automobile. Pourtant, sous le soleil de mai, le vaste terrain, parfaitement aplani, n'a rien de sinistre. Oublié la carcasse désolée de ce qui fut l'un des plus grands sites de production français ! Après des années de friche, on se prend à rêver d'une architecture de la modernité, abritant centres de recherche, sièges sociaux, grands hôtels... L'espoir d'un renouveau semble se dessiner sur l'île... Hélas ! La décision de François Pinault de renoncer à y édifier sa fondation d'art contemporain jette le doute sur le projet d'urbanisme.
L'industrie aurait tort de se désintéresser du sort de Billancourt. Lorsqu'un homme d'affaires aussi en vue que François Pinault préfère Venise à Boulogne pour présenter sa collection d'oeuvres contemporaines (tout de même l'une des plus riches d'Europe !), c'est l'image de l'entreprise France qui s'en trouve écornée. Cette crainte s'exprimait, la semaine dernière, lors de la présentation du bilan annuel de l'Agence française pour les investissements internationaux (Affi). Elle n'est pas sans fondement. Dans ses doléances, François Pinault met en accusation les lenteurs de l'administration.
Voilà qui ne saurait être du meilleur effet sur les porteurs de projets, toujours soucieux d'atteindre au plus vite le retour sur investissement, notamment les industriels. On objectera qu'il s'agit d'art. A tort ! Parce que le mécène de Billancourt est un businessman, l'affaire ne passe pas inaperçue. Tout d'abord, nul ne doute de sa capacité de discernement. Ensuite, son groupe est connu dans le monde entier. Qui plus est, il avait embarqué dans son projet l'architecte japonais Tadao Ando, dont la réputation est, elle aussi, internationale. Enfin, les télévisions du monde entier n'ont-elles pas montré François Pinault en compagnie de Jacques Chirac, en particulier lors de la victoire électorale de 1995 ? Qu'un proche du président français n'arrive pas à faire entendre raison à l'administration, dans une commune acquise à la majorité, voilà qui fait désordre !
Un pays soucieux de sa capacité d'attraction aurait intérêt à mieux soigner son image. Surtout quand la reprise se dessine. L'an dernier, selon l'Afii, les projets d'investissements internationaux en France ont atteint leur plus haut niveau depuis dix ans, générant quelque 30.000 emplois. De plus, les investissements dits de pérénisation, qui consistent à moderniser ou à modifier les activités des entreprises, prennent un poids croissant. Or, dans une telle logique, les usines européennes d'un même groupe sont clairement en concurrence... D'où la nécessité de convaincre.
Et pourtant, on s'ingénie à donner le spectacle d'un pays en proie aux atermoiements et aux dissensions. Nos voisins européens se gaussent de l'épisode du lundi de Pentecôte, où grèves et RTT ont permis au jour férié de subsister. Nos rivaux américains se délectent des querelles au sein de l'état-major d'EADS qui tarde à donner un patron au premier avionneur européen. Enfin, nos amis des pays de l'Est ne comprennent pas bien que la patrie des droits de l'Homme fasse la fine bouche sur un traité constitutionnel dont l'une des origines est leur retour à la démocratie et à la liberté d'entreprendre.
Par Jean-Louis Marrou, rédacteur en chef

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