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Investissement : quatre conseils pour s’implanter au Maroc

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L'économie et l'industrie marocaines continuent d'attirer les investisseurs. Les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc ont atteint 3,36 milliards de dollars en 2013. Ils sont en hausse de 23% selon le dernier rapport de la Cnuced .  Si l’approche du royaume où plus de 500 entreprises françaises sont déjà installées peut paraître assez simple, encore faut-il bien préparer son implantation. Un petit tour d'horizon du sujet en quatre conseils avec cet article publié dans le supplément de L'Usine Nouvelle paru le 26 juin consacré à l'économie marocaine.

Investissement : quatre conseils pour s’implanter au Maroc
Les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc ont atteint 3,36 milliards de dollars en 2013
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1 - COMPRENDRE LE MARCHÉ

S’implanter au Maroc c’est d’abord choisir un marché, local ou export. Le marché intérieur se développe mais reste étroit : le salaire moyen dans le privé ne s’élève qu’à 450 euros, et la classe aisée avoisine 3 millions de personnes sur une population totale de 32 millions.

Exemple : le marché automobile pèse seulement 120 000 véhicules neufs par an. Néanmoins, la concurrence est rude. Toutes les grandes marques internationales sont représentées. Le marché industriel intérieur, longtemps dominé par les grandes familles et quelques opérateurs mondiaux (Lafarge, Air liquide…), s’affirme sous l’effet des investissements récents.

Au-delà de son marché intérieur, le Maroc devient une base manufacturière d’exportation grâce à ses nombreux accords de libre-échange (Europe, États-Unis, pays du Golfe…).

Positionné "low cost", ce pays reste assez cher, notamment en matière de foncier ou de rémunérations avec le salaire minimum (Smig) le plus élevé d’Afrique. Celui-ci s’élève à 210 euros par mois pour une semaine de 44 heures, et doit augmenter de 10% en deux fois d’ici à mi-2015.

L’intérêt du pays reste sa proximité culturelle, juridique et géographique avec l’Europe reliée par camions via ferries. Toulouse est ainsi à équidistance autoroutière entre Tanger et Hambourg.

2 - Se faire aider

Pour l’investisseur, le Maroc paraît d’approche facile, puisque le droit commercial publié en français s’inspire du nôtre. De plus, le principe de base est celui de la liberté d’établissement et un associé local n’est pas requis. Il faut néanmoins bien s’entourer : l’administration et la justice restent peu efficaces, la corruption persiste pour les marchés publics et un litige peut virer au casse-tête (affaire Auchan–ONA ou, plus récemment, Fives–Ynna).

De nombreux cabinets d’avocats français ont des bureaux à Casablanca dont Gide, Adamas, UGGC, CMS, Jeantet ou Lefèvre Pelletier. À cela s’ajoutent les cabinets internationaux comme Allen&Overy, Clifford Chance, Norton Rose.

La Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM), forte de 4 000 membres, est pour sa part un point d’appui important. Comptant plus de 110 salariés, elle assure en délégation les missions d’Ubifrance. Présente en régions, la CFCIM opère dans la formation ou le conseil, l’aide à la création, la reprise ou la cession d’une société.

Elle accueille une pépinière d’entreprises et exploite même ses propres parcs industriels avec des formules clés en main en location. Quant à l’ambassade de France et son pôle économique à Rabat, ils peuvent être sollicités pour débloquer un dossier ou trouver un soutien politique.

En phase d’approche, l’Agence marocaine de développement des investissements (Amdi), présente à Paris, reste le point d’entrée à privilégier. Son action est secondée au Maroc par les centres régionaux d’investissement (CRI) jouant un rôle de guichets uniques, notamment pour les demandes de subventions.

3 - Se localiser

Où implanter son usine ? Souvent près de celle des autres. L’industrie se concentre dans les pôles urbains côtiers tous reliés par autoroutes : Tanger, Rabat, Casablanca et El Jadida (Jorf Lasfar) au sud.

La région du Grand Casablanca, la plus riche, se développe dans les services ou l’aéronautique, mais est également héritière d’une ancienne vague d’industrialisation dans l’automobile (Renault Somaca), la métallurgie et la chimie.

Pour sa part, Tanger est en plein boom urbain et industriel sous l’effet de l’arrivée de Renault en 2012 et du port Tanger Med. Au-delà de la région, le choix final d’une localisation tient souvent à deux facteurs: le foncier et les bassins de main d’oeuvre.

Trouver un terrain aux bons standards n’est pas aisé, surtout pour les gros lots, et les prix peuvent flamber au-delà de 100 euros le mètre carré ! L’État met en place depuis 2009 dans tout le pays un réseau de platesformes industrielles intégrées (P2i).

Parmi celles-ci, les zones franches d’exportation à Tanger, Casablanca ou Kenitra séduisent beaucoup d’industriels. Le cadre y est stable, les lots assez facilement revendables et ces zones ouvrent droit à des exemptions fiscales accrues.

L’intérêt des grands centres urbains reste la disponibilité de la main-d’oeuvre avec pour bémol les tensions sur les salaires et le taux d’attrition. Pour cela, certains groupes comme Yazaki ou Nexans ont récemment planté leurs usines dans la région de Fès, un pôle plus excentré.

4 - Se financer

Le cadre financier au Maroc est globalement bon. Les investissements en devises sont libres et font l’objet d’une déclaration a posteriori. Les revenus et dividendes sont, après fiscalisation, transférables librement, tout comme les produits de cession. Et une convention de non double imposition avec le France est en vigueur.

À noter que si le dirham (indexé sur l’euro à 80%) est une monnaie stable, il reste non convertible. En matière fiscale, le pays est soumis à la TVA avec un taux normal de 20%. Le taux standard d’impôt sur les sociétés est, lui, de 30% (8,75% en zones franches
pour l’exportation après une exonération totale de cinq ans).

Le secteur bancaire, dominé par Attijariwafa Bank et BMCE, est solide et les grandes banques françaises sont toutes présentes. Pour sa récente extension, Cetim Maroc s’est par exemple financé à 80% localement.

Le coût moyen du crédit avoisine 6,5%. Enfin, le Maroc soutient, via des subventions, l’investissement dans les secteurs prioritaires comme l’automobile, l’offshoring ou l’aéronautique.

Accordées à travers le fonds Hassan II, et désormais le Fonds de développement industriel, ces aides peuvent couvrir, avec des plafonds, jusqu’à 30% des dépenses pour le foncier, et 15% pour le matériel. Pour les très gros investissements, type Renault ou Bombardier, tout peut se négocier avec l’État!

 

Pierre-Olivier Rouaud

 

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1 commentaire

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19/08/2014 - 10h42 -

Arrêtez SVP de dire que Fès est excentrée ! Que va-t-on dire d’Oujda alors ? Fès a la même position géographique que Paris en France, Madrid en Espagne ou Berlin en Allemagne. Elle était la capitale du Maroc, il n y a pas si longtemps que ca avant que Lyautey (et non le peuple marocain) ne décide autrement… Un investisseur installé à Fès a tout les avantages d’une position géographique privilégiée, comprenant le Maroc « Utile » et « Inutile » C’est une évidence.
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