Inverser la courbe du chômage, mais quelle courbe ?

Le président de la République espère toujours inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année, en dépit des mauvais chiffres publiés, encore, ce mois-ci. Possible, tout dépend de la courbe examinée…

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Inverser la courbe du chômage, mais quelle courbe ?

Mercredi 24 juillet, Pôle emploi a annoncé avoir recensé 3,279 millions de demandeurs d’emploi, sans activité (catégorie A), fin juin en métropole, soit 14 900 chômeurs de plus en un mois. Si on y ajoute les personnes ayant connu une activité réduite (catégories B et C), la hausse par rapport au mois précédent n’est plus que de 4 100 chômeurs… En métropole toujours. Michel Sapin a pourtant plusieurs fois fait remarquer qu’il fallait compter les chômeurs des DOM pour avoir une juste vue des statistiques… Une bonne intention oubliée au moment des commentaires.

Inscrits à Pôle emploi…

C’est ce chiffre des inscriptions à Pole emploi, en catégories A, B et C, qui est scruté de près pour savoir si le gouvernement tiendra son engagement de faire baisser la courbe du chômage avant la fin 2013. Or cette donnée est très sensible aux dispositifs de court terme que sont les emplois aidés. Le léger recul du chômage des moins de 25 ans, pour le deuxième mois consécutif (- 0,8% en catégorie A après – 0,4% en mai), s’explique d’ailleurs par la montée en puissance des emplois d’avenir (40 000 pour le moment, objectif de 100 000 d’ici fin 2013) et des contrats de génération (7 300, mais les entreprises de plus de 300 salariés n’ont pas encore signé leurs accords). Michel Sapin, ministre du Travail, n’a d’ailleurs jamais caché qu’il comptait sur la rentrée et les recrutements d’emplois d’avenir par les associations, institutions éducatives, pour tenir l’engagement d’infléchir la fameuse courbe.

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Le nombre d’inscrits à Pôle emploi dans les catégories A, B et C ne prend pas non plus en compte les chômeurs ponctuellement en formation, qui passent en catégorie D. Or le président de la République a lancé, lors de la conférence sociale de juin, l’idée de former 30 000 chômeurs, avant la fin de l’année, à des postes identifiés comme vacants. Il vient d’annoncer qu’il en voulait 70 000 de plus en 2014. Autant de chômeurs en moins dans les statistiques…

Autre outil classique de tout gouvernement cherchant à améliorer ponctuellement, pour raison d’affichage, les chiffres du chômage : les radiations administratives. En juin, elles ont augmenté de 8,4%, alors que les sorties des statistiques de Pôle emploi pour arrêt de recherche d’emploi progressaient de 2,4 %.

… ou taux de chômage de l’INSEE ?

A côté de cette donnée fortement volatile, un autre indicateur est peu cité par le gouvernement : celui du taux de chômage, fourni chaque trimestre par l’INSEE, selon la méthode de comptage du Bureau international du travail (BIT). Il est calculé par enquête auprès de 10 0000 personnes, et recense les personnes de plus 15 ans recherchant un travail. Sont donc comptabilisés les jeunes à la recherche d’un premier emploi, qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi.

A l’inverse, n’y figurent pas les inscrits à Pôle emploi dispensés d’une recherche d’emploi (les seniors) ou ceux ayant connu une activité réduite. Nettement plus fiable à moyen terme, cet indicateur de l’INSEE reflète difficilement les variations immédiates. Surtout, il présente un défaut pour le gouvernement : il mesure des données trimestrielles. En pleine conférence sociale, alors que l’INSEE publiait de mauvaises prévisions pour le dernier trimestre 2013, Michel Sapin avait d’ailleurs chipoté : "Ce sont des prévisions trimestrielles, ce qui veut dire que la situation en début de trimestre n’est pas forcément la même qu’à la fin. D’ailleurs, entre les deux, il y a ce qu’on appelle l’inversion de la courbe du chômage".

Heureusement pour le gouvernement, le premier des deux indicateurs à tomber est celui du nombre d’inscrits à Pôle emploi, publié trois semaines seulement après la fin du mois. Celui de l’INSEE, lui, arrive trois mois plus tard.

Cécile Maillard

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