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Interxion doute du succès de Numergy et Cloudwatt dans le cloud

Ridha Loukil , ,

Publié le

Datacenters inadaptés au cloud computing, moyens télécoms trop chers, investissement insuffisant… Fabrice Coquio, Président d’Interxion France, l'un des principaux fournisseurs de services de datacenters en Europe, doute de la capacité de Numergy et Cloudwatt de rivaliser avec les géants américains du secteur.

Interxion doute du succès de Numergy et Cloudwatt dans le cloud © Jemimus - Flickr - C.C.

L’interview de Patrick Starck, président de Cloudwatt, dans L’Usine Nouvelle, fait réagir Fabrice Coquio, président d’Interxion France, l’un des principaux opérateurs de datacenters neutre vis-à-vis des opérateurs télécoms en France. L’initiative française dans le cloud computing, concrétisée par la création de Numergy et Cloudwatt, deux sociétés soutenues par l’Etat, le laisse pour le moins dubitatif. "Les exemples de tentatives de création d’industries à la française ne sont pas forcément pérennes et, force est de constater qu’il y a plus d’exemples de tentatives avortées que de vraies réussites. A titre indicatif, il y a 5 ans, l’Etat a voulu financer Quaero, le moteur de recherche à hauteur de 40 millions d’euros de subventions qui devait concurrencer Google. Quid de ces 40 millions d’euros et de Quaero aujourd’hui ?" Bonne question,  Sauf que le mode d’intervention de l’Etat est différent. Dans le cas de Quaero, c’est une subvention à la R&D. Dans le cas du cloud, c’est un investissement au capital de l'Etat, en investisseur avisé, avec espérance de plus value, dans la logique affichée des investissements d'avenir.

Le patron d’Interxion justifie aussi son scepticisme par trois arguments plus factuels. Le premier concerne le type de datacenters utilisés par Numergy et Cloudwatt. "Ce sont des datacenters conçus pour des activités de télécommunications avec une densité d’énergie de 600 à 1000 W/m2. Ils sont inadaptés à des activités de cloud computing qui réclament des densités plus élevées allant jusqu’à 2500 W/m2." Numergy démarre en effet ses services en s’appuyant sur deux datacenters de SFR, tandis que Cloudwatt prévoit de le faire à la fin de l’année en utilisant le datacenter d’Orange à Val de Rueil et un second datacenter en location qui reste à choisir.  Même le datacenter d’Orange à Val de Rueil, pourtant tout neuf, serait inapproprié.

Le deuxième argument réside dans les moyens de connexion télécoms. "C’est un poste important dans les coûts d’exploitations de datacenters. Or Numergy et Cloudwatt vont utiliser le premier les moyens fournis par SFR, le second ceux fournis par Orange. Prisonnières de leurs actionnaires, elles ne peuvent faire jouer la concurrence pour faire baisser les coûts. C’est peut-être pourquoi Dassault Systèmes s’est retiré du projet Andromède, estimant les coûts de connexion télécoms proposés par Orange trop élevés."

Le troisième argument tient au montant de l’investissement. "225 millions d’euros, c’est rien comparé aux milliards de dollars investis depuis 2 ou 3 ans par les géants américains. Rien que dans les datacenters, Microsoft a investi ces deux dernières années 2 milliards de dollars. Je ne comprends pas pourquoi on a créé deux sociétés. Il valait mieux concentrer les moyens et miser sur un seul champion."

Fabrice Coquio reste au final septique sur la capacité de Numergy et Cloudwatt à rivaliser avec les géants américains qui sont bien établis sur le marché depuis quelques années. Il leur souhaite néanmoins bonne chance. "Je comprends le besoin de localisation des données en France pour certaines activités. Un investissement ciblé sur ce marché aurait du sens. Mais dans ce cas, je ne vois pas ce que l’Etat viendrait y faire."

Par ailleurs, Fabrice Coquio conteste l’affirmation suivante de Patrick Starck : "Nous ne croyons pas en l'avenir de l'hébergement informatique, ce marché est voué à disparaître". Pour lui, au contraire, le marché de l’hébergement informatique reste prometteur avec une croissance aux alentours de 15% par an.  Pour preuve, il cite l’étude Datacenter Dynamics 2012 menée par le cabinet DCD Intelligence qui relève une progression des investissements dans les datacenters au niveau mondial d’environ 86 milliards de dollars en 2011 à 105 milliards en 2012, soit une hausse de 22,1%. Et le marché devrait poursuivre sa croissance pour atteindre 120 milliards de dollars en 2013. "De tels montants seraient-ils engagés dans une industrie amenée à disparaître d’ici cinq ans ?", interpelle-t-il.

Enfin, le patron d'Interxion France reste prudent sur le développement du cloud computing. "Bien des entreprises tiennent encore à maîtriser leur informatique en interne. Pour preuve: elles continuent à ouvrir leurs propres datacenters, comme le Crédit Agricole à Chartres, Natixis à Marne-la-Vallée, EDF à Vaul-de-Reuil ou encore Systeme U à Nantes. Il y a 5 ans, 85% des entreprises disposaient de leur propre infrastructure informatique. Elles sont aujourd'hui 80%. Ceci montre que le mouvement d'exetrnalisation de l'informatique est loin d'être achevé et que le marché de l'hébergement a encore un bel avenir."

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