[Interview] "Nous n’avons pas trouvé qu’Apple avait une envie folle de dialoguer, de négocier", regrette Nicolas Brien (France Digitale)

L'association France Digitale regroupant start-up et financeurs a annoncé mardi 9 mars avoir déposé plainte contre Apple auprès de la Cnil. Dans l'interview qu'il nous a accordée, le CEO de l'association, Nicolas Brien, explique avoir cherché à négocier avec Apple. Il prévient que d'autres plaintes pourraient suivre... 

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[Interview]
Dans l'interview qu'il nous a accordée, le CEO de France Digitale s'interroge : y aurait-il un deux poids deux mesures entre Apple et les start-up ?

L'Usine Nouvelle. - Que reprochez vous à Apple, au point d'en venir à une procédure judiciaire ?

Nicolas Brien. - Nous avons déposé plainte ce matin [mardi 9 mars, ndlr] auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) en raison d’une spécificité de l’iOS 14, le système d’exploitation d’Apple. Si vous allez dans les menus Réglages, puis Confidentialité, puis publicité Apple, la mention Publicités personnalisées est pré-cochée automatiquement, ce qui selon nous va à l’encontre du RGPD et de la directive ePrivacy.

Ce sont des textes qui régissent le respect de la vie privée, en laissant à l’individu le choix de partager ou non ces données personnelles. Une entreprise, quelle qu’elle soit, doit obtenir le consentement des utilisateurs. En pré-cochant la case, nous nous demandons s’il ne s’agirait pas d’une recueil automatique sans consentement explicite. Nous demandons à la Cnil de se prononcer sur ce point.

C’est une question de consommateurs. En quoi cela concerne France Digitale qui est une organisation professionnelle ?

Nous sommes le premier réseau de start-up en Europe, avec nos 2 000 membres. Il n’y a pas une semaine où l'un de nos adhérents ne nous contacte parce qu’il est contrôlé par la Cnil en France ou un de ses équivalents dans l’Union européenne.

Avec cette plainte, nous espérons mettre fin aux "deux poids deux mesures", entre des start-up qui appliquent strictement les textes et la première capitalisation mondiale, Apple, qui semble survoler tout ça.

En outre, cela nous intéresse directement car cela pourrait être à l’origine de distorsions de concurrence sur le marché publicitaire quand certaines entreprises restreignent l’utilisation qu’elles font des données personnelles et Apple qui ne semble pas le faire avec cette fameuse case cochée d’avance.

Pourquoi porter plainte ? Avez-vous essayé d’en parler avant ?

Le mois dernier, nous avons interpellé Apple suite aux remontées de nombreuses start-up qui nous indiquaient rencontrer des difficultés dans leurs relations commerciales. Nous n’avons pas trouvé qu’Apple avait une envie folle de dialoguer, de négocier. Nous souhaiterions pouvoir les amener à la table de négociations. Cette action aujourd’hui est un premier signal que nous leur adressons. C’est la première d’une série d’actions légales que nous mènerons à l’avenir, avec pour seul objectif de rééquilibrer les relations entre Apple et les start-up françaises.

Pourquoi agir seul et ne pas avoir eu une action coordonnée avec vos alter-ego européens pour avoir plus de poids ?

Après instruction de notre plainte, la Cnil pourra décider de transmettre le dossier à ses équivalents au sein de l’Union européenne. Toutefois, je serai très étonné que l’iOS 14 varie d’un pays à l’autre de l’Union et que le problème que nous avons soulevé disparaisse une fois la frontière française franchie.

Nous avons voulu agir vite et fort. Je ne suis pas paranoïaque mais je suis quand même très étonné qu’Apple ait pu réagir à notre plainte via une agence de presse avant même que notre plainte soit déposée à la Cnil.

Avec cette plainte, nous jouons un rôle de bouclier. Ce qu’une start-up seule, y compris une licorne, ne peut pas faire car cela lui fait courir un risque commercial dans sa relation avec une entreprise importante, nous pouvons le faire. N’oubliez pas que nous sommes les héritiers du mouvement des Pigeons, qui avaient su se faire entendre du gouvernement français sans avoir de grands moyens financiers mais en mobilisant les outils les plus agiles.

Propos recueillis par Christophe Bys

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