[Interview management] "En matière de pratiques collaboratives, l'écart entre start-up et grands groupes va se réduire"

Fabernovel Institute et Groupe BAP ont mené une étude sur la collaboration au travail. Arthur Massonneau, senior change Maker chez FaberNovel, et Claire Riondel, experte sur le futur du travail, ont répondu à nos questions. 

La qualité de la collaboration est essentielle pour les start-ups et les grands groupes. Pour eux, c'est aussi une question stratégique pour les RH, car  c'est un facteur critique pour attirer et fidéliser les talents. 

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[Interview management]
Comment faire travailler ensemble des salariés qui évoluent dans des couloirs de nage distincts ?

Pourquoi avoir réalisé une étude (*) sur un sujet comme la collaboration en entreprise ?

Arthur Massonneau: Avant de nous lancer, nous avons lu ce qui existait sur le sujet. Si on trouve beaucoup de choses du type "on a l’impression que…", il existait peu d’éléments chiffrés précis. D’où notre motivation à Fabernovel Institute et chez BAP de réaliser une étude mesurant vraiment le phénomène. Par exemple, on parle beaucoup de la différence existant entre les grands groupes et les start-up quant à la capacité à collaborer. Notre étude montre que 27 % des salariés des grandes entreprises sont de cet avis, quand la proportion monte à 90 % dans les start-ups. On n’est plus dans l’impressionnisme. On a des données claires. Globalement, ce que nous avons voulu faire, c’est valider ces différences de perception.

Claire Riondel : Les modes de collaboration évoluent en fonction des outils existants, de la pratique ou non du télétravail. Ainsi, 80 % des personnes que nous avons interrogées pensent qu’on collabore mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Cette perception est très importante à prendre en compte.

Ceci dit, sur la différence entre les grands groupes et les start-up, vient aussi du fait que les unes et les autres n’utilisent pas les mêmes outils. Or, peu à peu, les grands groupes vont s’inspirer des pratiques des starts-ups et l’écart dans les pratiques de collaboration se réduire. Le modèle ne va pas se répliquer à l’identique, car les échelles sont différentes.

Comment expliquez-vous cette différence de résultats ?

Arthur Massonneau: Il existe dans les start-ups une culture de l’hybridation qu’on trouve peu dans les grands groupes. Dans ces derniers, chacun reste dans son couloir de nage, les départements sont souvent étanches. A l’inverse, la raison d’être de la start-up est de mélanger les compétences et les secteurs. Une start-up est là pour innover et l’innovation exige de mélanger des sujets qui jusque-là ne se parlaient pas.

Claire Riondel : Là aussi, on assiste à un rapprochement entre grands groupes et start-up. Les premiers veulent de plus en plus travailler dans des lieux hybrides, se confronter à des start-ups. Certains les invitent chez eux. Les entreprises les plus grandes ont compris que la question de la collaboration était un enjeu majeur de marque employeur. Si elles veulent garder leur pouvoir d’attraction sur les jeunes diplômés, elles doivent revoir leur mode de fonctionnement. Les grands groupes ne mènent plus la danse. Le modèle de la start-up attire de plus en plus.

Dans l’étude, vous allez plus loin, affirmant que la collaboration n’est pas seulement un moyen d’attirer des talents, mais aussi de rétention. Et vous indiquez que la mobilité interne est un moyen qui mériterait d’être davantage utilisé.

Arthur Massonneau: Les pratiques collaboratives apparaissent comme un facteur de fidélisation. Ceci dit, la mobilité interne agit comme un catalyseur d’innovation. Notre credo est que la collaboration est davantage une question de culture que d’outils. Dans les entreprises, il existe des mythes autour du travail en commun, à l’origine d’un succès, qui façonnent la culture. Promouvoir la mobilité interne, c’est assurer la circulation de ces mythologies, qui concernent de vraies personnes qui ont mené de vrais projets et débouché sur de vraies réussites. C’est faire voyager ces histoires vraies qui vont donner à d’autres l’envie de se lancer. La mobilité interne est un moyen très important de renforcer la culture.

Les principaux résultats de l'étude peuvent être consultés ci dessous

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