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Interview de Dominique Cerutti, DG de Nyse Euronext : «Nous ne pouvons être déconnectés de l'économie réelle»

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Publié le

Enquête Pour faire contrepoids aux plates-formes boursières alternatives, Dominique Cerutti, le DG de Nyse Euronext, défend une finance internationale plus régulée, au service des entreprises.

Pour certains candidats à la présidentielle, le véritable ennemi, c'est la finance, les marchés. Comprenez-vous ces attaques ?

Les marchés financiers, faits pour servir l'économie et les entreprises, se sont éloignés de leur mission. Il y a plusieurs raisons à cela. Mais elles ont toutes une racine commune. Depuis trente ans, la théorie toute-puissante est celle de l'efficience des marchés, une vision ultralibérale selon laquelle toute information économique nécessaire à leur bonne marche y est contenue. L'intervention du régulateur dans le libre-échange et la libre interaction entre les acteurs est présentée comme un risque d'altérer l'efficacité des marchés. Cette théorie, qui n'a jamais été démontrée, a clairement atteint ses limites. Le monde anglo-saxon s'en est emparé : aussi bien Wall Street que la City, tandis que les autres places financières ont laissé faire sans y voir de danger.

Êtes-vous pour une régulation plus forte ?

Ce n'est pas par un excès de régulation ou par une juxtaposition de petits bouts de régulations intervenant a posteriori que nous traiterons les fléaux de la finance mondiale. Bruxelles y travaille et il y a des initiatives de gouvernement comme la taxe sur les transactions financières en France, un signal fort qui aura toutefois un résultat contre-productif s'il ne s'applique pas dans toute l'Europe. Cela avance, mais on est encore loin d'une vision industrielle des marchés nécessaire pour les ramener à leur mission de financement de l'économie.

Dans quelle mesure une réglementation a priori serait-elle utile ?

Par exemple, l'été dernier, après que les États-Unis ont vu leur note abaissée, l'euro a été attaqué. Ce n'était pas un hasard, les marchés testaient la solidité de l'Europe en utilisant notamment la vente à découvert. Cette pratique est un pari sur la baisse des cours et consiste à emprunter des titres pour les revendre, en espérant les racheter ultérieurement moins cher et réaliser ainsi une plus-value. En août 2011, quand les banques de l'euro zone se sont fait attaquer, les régulateurs nationaux ont aussitôt appelé l'Esma, le collège des régulateurs européen, pour demander l'interdiction temporaire de la vente à découvert. Qu'a fait l'Esma ? Rien. Ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord et ont seulement laissé la possibilité aux régulateurs nationaux d'intervenir. Il aurait fallu une politique industrielle décidée à l'avance qui aurait permis, automatiquement, d'empêcher les marchés d'utiliser ces produits.

Que pensent vos actionnaires américains de votre parti pris ?

Ce que je dis ne lèse pas nos actionnaires, ils connaissent le rôle que nous jouons et ils comprennent surtout que personne ne gagnera quoi que ce soit à laisser les marchés financiers se déconnecter des besoins de l'économie réelle. Notre coeur de métier, c'est d'assurer aux entreprises un marché transparent, intègre et de qualité pour qu'elles y trouvent la liquidité dont elles ont besoin. Or il y a une multiplicité d'acteurs qui agissent dans l'opacité. Et une bulle de produits de gré à gré non contrôlés.

Qui promeut ces produits ?

Les banques et les grandes institutions financières anglo-saxonnes, car ils sont plus rentables pour elles que des produits standardisés. Elles sont aussi à l'origine de la création de ces plates-formes d'exécution alternatives qui échappent à la supervision des régulateurs. Il y en a une centaine en Europe.

Comment se positionnent les industriels cotés en Bourse ?

Il très difficile même pour un très grand chef d'entreprise, de comprendre pourquoi il y a une telle opacité, si elle est justifiée ou si au contraire elle empêche la juste évaluation des actifs. Je me rappelle, au cours d'une journée de l'AMF début 2010, avoir entendu Martin Bouygues légitimement s'emporter contre cela. Il s'étonnait notamment que le mécanisme transparent de formation des prix soit mis à mal. Sa société est cotée sur un marché réglementé, mais ses actions peuvent être traitées sur de si nombreuses plates-formes qu'elles échappent au contrôle des régulateurs. Il s'agaçait de voir que l'on pouvait prendre la marque Bouygues pour la mettre en sous-jacent dans des produits dérivés sans qu'il ne puisse l'interdire.

Mais vous-même, en tant qu'opérateur, vous profitez de ces énormes volumes d'échanges ?

Nous ne travaillons que dans la partie transparente et régulée des marchés, pas dans les poches d'opacité. Les marchés doivent inspirer confiance. Est-ce le cas lorsqu'une bonne partie des échanges - les trois quarts en août dernier - est le fait d'arbitragistes, de traders à haute fréquence et de hedge funds ? Vous avez raison, nous bénéficions de toutes ces classes d'acteurs, mais aucun d'entre eux n'est à blâmer en tant que tel. On peut cependant douter de l'utilité économique des marchés qui en résultent.

De leur côté, PME et ETI se sentent encore étrangères à la Bourse. Où en êtes-vous de la demande du gouvernement de réfléchir avec la CDC à leur accès aux marchés ?

Nous avons créé un comité d'orientation stratégique pour Nyse Alternext et Fabrice de Marigny en a pris la présidence. Ce comité proposera des actions très concrètes pour que plus de PME fassent appel à la Bourse. Un des sujets est l'étude d'une filialisation de Nyse Alternext avec la CDC, même si cela ne traiterait que partiellement le problème. Il faut que tous les acteurs de la place concentrent leurs forces pour répondre aux besoins des PME et des ETI. Sur la question des coûts, nous ne représentons qu'une petite partie des montants facturés. Le reste va aux avocats, experts comptables, banques, etc. Si tous les acteurs baissent leurs coûts de 20 à 30%, comme nous, les marchés seront plus accessibles. Enfin, il faut convaincre les chefs de PME que la Bourse amène, certes, des obligations de transparence, mais qu'il ne s'agit pas d'une perte de contrôle.

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