IA, avion avec un seul pilote, filière satellitaire… Les convictions technologiques du patron de Thales

A l’occasion d’une rencontre avec les journalistes de l’AJPAE (association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace) le 25 mai, Patrice Caine, le PDG de Thales, est revenu sur les ruptures technologiques auxquelles son groupe doit faire face. 

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IA, avion avec un seul pilote, filière satellitaire… Les convictions technologiques du patron de Thales
Patrice Caine, le PDG de Thales, est favorable à des algorithmes d'intelligence artificielle qui soient explicables et ne fonctionneraient pas comme des "boites noires".

- L’Intelligence artificielle : "Thales travaille sur la branche de l’intelligence artificielle explicable"

Selon Patrice Caine, l’intelligence artificielle (IA) - et en particulier sa branche appelée "deep learning" - s’apparente à une technologie de type "boite noire". Elle produit de très bons résultats dans de nombreux cas, tel pour la reconnaissance faciale.

"Par contre, quand elle se trompe, on ne sait pas expliquer pourquoi. Dans les domaines dans lesquels la sécurité est critique, c’est embêtant de se tromper et encore pire de ne pas savoir pourquoi. C’est pour cela que nous travaillons sur la branche de l’intelligence artificielle explicable. Elle doit permettre d’expliquer le résultat de l’IA", affirme-t-il. Le positionnement des acteurs américains serait différent de celui des Européens. Ainsi, les Microsoft, Amazon & co se concentreraient essentiellement sur l’algorithme lui-même, en ignorant le caractère explicable - voire peut-être demain certifiable - de l’IA.

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Une autre différence d’approche réside dans la puissance de calcul. "Les Etats-Unis misent sur le calculateur quantique. Ils oublient les servitudes, ce que j’appelle l’eau, le gaz et l’électricité pour le faire marcher Aujourd’hui, il y a un facteur d’environ 1 000 d’inefficacité énergétique d’un supercalculateur par rapport au cerveau humain". Si l'on voulait étendre les applications d’’intelligence artificielle dans tous les domaines possibles, cela poserait alors un problème de production énergétique. Une des équipes de recherche de Thales commune avec le CNRS a fait une percée majeure en mettant au point des nano-synapses à base de matériaux ferromagnétiques capables de faire tourner des applications d’IA. "Cela remplace des micro-puces avec une puissance énergétique améliorée d’un facteur 100 fois".

L’IA pourrait-elle être raciste ou sexiste ? Certains craignent que les logiciels d’IA majoritairement développés par des hommes pourraient être défavorables aux femmes. "Des biais dans les données introduisent des biais dans les résultats", explique le dirigeant, rappelant qu’une IA était devenue raciste car elle avait été alimentée par des données qui avaient un contenu raciste.

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- L’avion à un pilote : "L’échéance de 2021, 2022 n’est pas irréaliste"

Selon le patron de Thales, les technologies du numérique vont permettre de passer à terme de deux à un pilote à bord des avions de ligne. "Si l'on passait à un pilote, ce serait une réussite technique remarquable", dit-il. Il rappelle que cela avait déjà été une révolution de passer de trois à deux membres dans le cockpit. Pour l’avion sans pilote, il estime qu’il faudra encore attendre.

Thales échange avec Airbus sur un certain nombre de solutions dans les domaines des logiciels de gestion de vol, de l’avionique, de la navigation. "On en est à des échanges de solutions techniques, de simulation. L’échéance de 2021,2022 n’est pas irréaliste dès lors que l’on y met l’énergie et les moyens. Nous ne sommes pas encore dans une phase d’appels d’offres", tempère Patrice Caine.

- Espace : "Attention, à ne pas fragiliser la filière satellitaire"

Patrice Caine estime que le newspace fait face à trois disruptions en même temps : technologique, en terme de nouveaux entrants, et en terme de business model. Alors que l’américain SpaceX casse les prix sur le marché commercial, il rappelle que l’Europe spatiale doit veiller à rester compétitive. "Il nous faut des lanceurs compétitifs. Je ne connais pas d’industrie à terme qui est durablement déficitaire ou sponsorisée".

Selon lui, il faut faire la différence entre les lanceurs et l’infrastructure satellitaire, qui permet d’exploiter et opérer les données de missions. "Attention, à ne pas fragiliser la filière satellitaire. C’est valable pour tous les acteurs industriels comme Airbus, OHB et Thales. Avoir des lanceurs si vous n’avez plus rien à lancer, ce n’est plus très utile. Il nous faut les deux: des lanceurs et une filière satellitaire qui soient au top niveau mondial. Au bout du bout, c’est le satellite qui apporte la mission."

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