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Intel Inside Europe

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Enquête En trois ans, le géant américain des microprocesseurs a fait de l’Europe une base stratégique de sa R & D dans les mobiles, le calcul à haute performance et les systèmes embarqués.

Intel Inside Europe
Intel a choisi la technopole Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), plutôt que la Chine ou l’Inde, pour renforcer ses activités mobiles.

Les entreprises citées

Imaginez un calculateur embarqué de la taille d’une carte SD, comme celles que l’on utilise pour le stockage d’images sur les appareils photo numériques. Ce module miniature, destiné à servir de cerveau aux objets connectés, existe. Il s’appelle Edison. Il a été exhibé avec fierté par Brian Krzanich, le patron d’Intel, lors du dernier Consumer electronics show (CES), à Las Vegas, comme le fer de lance de l’offensive du groupe dans l’internet des objets. Cette innovation n’aurait pas été possible sans un composant clé : le processeur Quark. Sa particularité Il a été créé, non pas aux États-Unis, comme c’était le cas jusqu’ici pour tous les composants en silicium d’Intel, mais dans ses laboratoires irlandais. Une première pour le géant américain des semiconducteurs.

Après avoir considéré l’Europe comme un simple marché, Intel en fait aujourd’hui une pièce maîtresse de sa R & D et la clé de sa diversification au-delà des PC, qui constituent encore son principal débouché. Il y dispose de 40 laboratoires employant 4 000 personnes dans 18 pays. Il y a quatre ans, il n’y comptait que 7 laboratoires et 800 personnes, dédiés essentiellement à des travaux de certification télécoms et d’obtention d’agréments auprès des clients. Certes, le groupe américain continue à développer aux États-Unis ses processeurs pour serveurs, PC et mobiles. Mais "c’est en Europe qu’il réalise 100% de sa R & D dans les systèmes embarqués, 90% de sa R & D dans le calcul à haute performance et une grande partie de sa R & D dans les mobiles", affirme Martin Curley, le directeur d’Intel Labs Europe et artisan de l’expansion de la R & D du roi des microprocesseurs sur le Vieux Continent.

Au cœur de l’open innovation

N° 1 mondial des semiconducteurs

52,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2013

107 000 salariés dans le monde

10,6 milliards de dollars investis en R & D en 2013

11 milliards de dollars d’investissement industriel en 2014

Source : Intel

L’Europe n’était pas une terre inexplorée pour Intel. À Leixlip, en Irlande, il dispose d’un site industriel depuis 1989, dans lequel il a investi 6 milliards de dollars. Celui-ci emploie aujourd’hui 4 500 salariés et comprend deux unités avancées de fabrication de circuits intégrés sur des plaquettes de 300 mm de diamètre. Mais le tournant de l’implantation de sa R & D en Europe remonte à trois ou quatre ans, à la faveur d’un repositionnement stratégique sur les mobiles, un secteur où Intel était alors en retard par rapport à Qualcomm, Broadcom, Nvidia… Or l’Europe est le berceau des mobiles. "C’est là que l’on trouve les meilleurs spécialistes et les équipes qui connaissent le mieux le marché", remarque Guy Dubois, l’ex-patron de la R & D technologique de STMicroelectronics, devenu consultant pour le cabinet Decision.

Pour constituer ses équipes, Intel se montre opportuniste. Comme par miracle, son repositionnement dans les mobiles coïncide avec le désengagement de Freescale et la réduction de la voilure de Texas Instruments dans le secteur. Il saisit donc l’occasion pour capter les compétences de haut niveau libérées et créer un laboratoire à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) et un autre à Toulouse (Haute-Garonne). "Pour l’implantation à Toulouse, nous étions en compétition avec Shanghai en Chine, et Bangalore en Inde, rappelle Stéphane Nègre, le PDG d’Intel France. Nous étions désavantagés par le coût de l’ingénieur en France, trois fois supérieur à celui en Chine et six fois supérieur à celui en Inde. Nous l’avons emporté grâce à la qualité des ingénieurs en France et surtout grâce à la proximité de l’équipe de Freescale, à Toulouse, avec Nokia."

Pour rattraper son retard, Intel a aussi procédé à des acquisitions. Le rachat de l’activité sans fil du fabricant allemand de semiconducteurs Infineon, en 2011, constitue son opération la plus importante dans les mobiles. Elle lui a apporté 2 300 salariés, une forte présence en Allemagne et un second laboratoire à Sophia Antipolis. Idem avec le rachat de Wind River, en 2009, dans les systèmes embarqués, et avec celui de MacAfee, en 2010, dans la sécurité informatique.

Les financements européens, les subsides publics et les incitations fiscales, comme le crédit impôt recherche, ont-ils joué un rôle dans l’attraction de l’Europe "Non, car cela ne suffit pas à compenser le surcoût des ingénieurs par rapport à la Chine ou l’Inde, répond Stéphane Nègre. Ce qui a été déterminant c’est la qualité et la disponibilité des compétences recherchées." À l’heure de l’open innovation, Intel veut profiter de l’environnement collaboratif de la R & D en Europe pour développer ses contacts avec des clients finaux comme les opérateurs télécoms, les collectivités locales ou les hôpitaux, alors qu’il fournit ses produits à des équipementiers. "C’est pourquoi notre R & D est ici orientée vers des applications dans l’énergie, les transports et l’environnement, alors que celle aux États-Unis est davantage centrée sur les composants en silicium", explique Martin Curley. Intel participe à plus de 70 projets européens, dans le cadre du 7e PCRD, et regarde avec intérêt le programme Horizon 2020 qui lui a succédé. Il collabore aussi à plusieurs expérimentations, comme les villes intelligentes à Londres, Dublin et Nice. En France, il travaille avec une vingtaine de partenaires, dont Orange, Alstom et Alcatel-Lucent.

L’implantation en Europe s’explique enfin par le besoin de veille. "Dans un écosystème comme celui de Sophia Antipolis, tous les acteurs du mobile sont présents, explique Guy Dubois. Il est important pour Intel d’y être aussi. Pour voir ce qui se passe dans le secteur et surveiller ce que les concurrents font. Mais aussi pour détecter les talents, car la chasse aux cerveaux bat son plein."

Ridha Loukil

40 Laboratoires en europe, dont 7 en France 

"En 2009, Intel ne comptait que 120 salariés en France, rappelle Stéphane Nègre, le PDG d’Intel France. Notre présence était essentiellement commerciale, avec une centaine de personnes au siège, à Meudon, et juste une antenne de douze ingénieurs à Sophia Antipolis. Cette équipe était chargée de la certification des produits télécoms et de l’obtention des agréments auprès des clients. Ce n’était pas vraiment de la R & D. Aujourd’hui, nous sommes 1 000 et nous disposons de sept vrais laboratoires, employant 80% de notre personnel en France."

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