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Intégrez votre usine en millieu urbain

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Rapprocher les logements des bassins d'emploi, avec des industries légères ou à haute technologie... C'est ainsi que devrait se dessiner la ville de demain. Mais l'implantation en zone dense reste délicate. Pour la réussir, des règles de bon voisinage s'imposent.

Les entreprises citées

Bien avant l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001 et le renforcement de la législation, les usines ont commencé à déserter les villes pour s'installer en périphérie. Pression foncière, flambée de l'immobilier, urbanisation croissante, l'industrie n'était déjà plus la bienvenue dans la cité. Pourtant la tendance aujourd'hui est d'aller vers une ville dense, mixte, avec logements et activités. En réduisant les déplacements des salariés, l'empreinte écologique de l'activité s'améliore. Mais aujourd'hui encore, maintenir ou intéger une usine en milieu urbain est une gageure.

1implanter

Trouver un site en zone urbaine relève du parcours du combattant. Stéphane Bois, ingénieur d'affaires chez Climespace le sait. En plein développement, le concessionnaire de la Ville de Paris, également filiale de Suez et de GdF, veut étendre son parc parisien de centrales de production d'eau glacée destinée à la climatisation. Pour trouver les perles rares, à même d'accueillir ces installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), il fait jouer son réseau relationnel avec la municipalité, les aménageurs, les grands propriétaires fonciers ou les autres concessionnaires, tels qu'EdF, la RATP, la SNCF.

Plus généralement, quand vient le choix du terrain, à Paris ou ailleurs, le bon sens consiste à privilégier un ancien site industriel, plutôt que conquérir des terres vierges. Certaines installations doivent garder leurs distances, comme les centres de stockage des déchets, à un minimum de 200 mètres des habitations, ou les entrepôts, à 25 mètres. A défaut, des mesures compensatoires s'imposent, notamment un mur coupe-feu. Et en vue d'adapter, dans les meilleures conditions son projet au contexte local, le mieux est d'effectuer une étude de simulation d'implantation qui prenne en compte les voies d'accès, le règlement urbanistique, ainsi que la prédisposition des élus à accueillir l'activité. Pour ces démarches, mieux vaut ne pas être pressé. Il aura fallu cinq ans au cimentier Holcim, avant de concrétiser la reconstruction de son site de Tolbiac, à Paris (lire page 63).

Quant au sens du relationnel, il vaut aussi avec les riverains qu'il faut sans cesse rassurer, en amont, par des réunions publiques ou, à la rigueur, des lettres d'information. Ce type de communication demeure nécessaire tout au long de la vie du site et contribue à atténuer les tensions. A ce titre, Paprec a fait affréter deux cars pour montrer aux récalcitrants que son centre de tri de déchets recyclables du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-De-nis, n'était pas la décharge pestilentielle imaginée. Pour se donner une image « touristique », le torréfacteur Malongo a prévu à côté de son usine un musée du café de 2 000 mètres carrés, pour accueillir jusqu'à 120 000 visiteurs par an, sur le complexe de La Gaude (Alpes-Maritimes), dont la construction vient de démarrer.

2embellir

L'usine doit se montrer exemplaire, et soucieuse de réduire les nuisances. Cela commence par l'absence de préjudice visuel. Climespace fait tout pour rendre invisibles ses six centrales parisiennes. D'autant plus que les architectes des Bâtiments de France passent au crible ses projets. Occupant plus de 2 000 mètres carrés, les installations se dissimulent sous le parvis des Galeries Lafayette ou même des monuments, tel que le Palais de Tokyo. Et lorsque ces centrales comportent des tours de refroidissement, celles-ci restent cachées derrière les acrotères, en zinc pour certains en écho aux toitures haussmanniennes.

Quand les bâtiments demeurent visibles, la toiture végétalisée est une solution de plus en plus prisée. Elle permet d'offrir une cinquième façade aux riverains qui ont vu sur le toit, outre le fait qu'elle limite le ruissellement des eaux pluviales et procure un confort hygrothermique. Dans tous les cas, « une usine reste plus difficile à faire accepter, politiquement, que des bureaux pourvoyeurs d'emplois, constate Brice Piechaczyk, l'architecte-ingénieur de l'agence Enia. Aussi, l'industriel doit apporter quelque chose en plus, pas seulement de la taxe professionnelle. » Dans ce contexte, il ne faut pas hésiter à donner un caractère design aux bâtiments, à utiliser des matériaux nobles ou même à les habiller de verdure. Comme ce data centre qui, à la demande des autorités locales, a planté des végétaux autour du site, pour faire le lien avec l'espace public. Sur les murs, un verre opaque reflète les feuillages, et le bâtiment se fait oublier. « L'idée n'est pas de construire un rempart, mais de créer une continuité », poursuit Brice Piechaczyk. Autre élément, la pollution lumineuse. Une con-trainte que Veolia a intégrée dans son incinérateur de Newhaven, à 15 kilomètres de Brighton, au Royaume-Uni. Le bâtiment, conçu par les architectes de S'Pace, comprendra des ouvertures en matériaux translucides, et non transparents, pour limiter les éclats de lumière, la nuit.

3circuler

La conception des bâtiments s'accompagne d'une réflexion sur la circulation des véhicules. « Des voies d'accès bien pensées donnent directement sur un boulevard ou sur une voie rapide, rappelle Edouard de Penguilly, promoteur, à la tête de DCF. Il est impensable de faire passer ses camions par les zones pavil-lonnaires. » A l'intérieur du site, « il faut concevoir le circuit des camions de façon à ce que les véhicules n'aient pas à effectuer de manoeuvres bruyantes. » Quant aux files d'attente, elles doivent se trouver à l'intérieur du site. « Toute gêne qui se crée à l'intérieur des installations se transforme très vite en nuisances et en crispations pour les habitants, à l'extérieur », avertit Edouard de Penguilly. En parallèle, lorsque les transports en commun font défaut, le covoiturage, qui limite le ballet des voitures des salariés, est une piste à étudier.

4insonoriser

L'usine dans la ville doit aussi soigner l'acoustique de ses process et piéger tous les sons à la source. La réduction des bruits aériens, produits par l'emboutissage d'une tôle par exemple, nécessite des sarcophages en béton qui confinent les installations. Un simple talus de terre, en extérieur, constitue une autre solution. Pour les bruits d'impact, tels ceux d'un moteur qui se transmettent via le sol, il est nécessaire de poser les machines sur des blocs silencieux, généralement en caoutchouc rigide. Climespace a choisi cette option, ainsi que des boîtes à ressorts, pour amortir les vibrations de ses tuyauteries. De plus, le système antibruit comporte des capotages, baffles et sas acoustiques. Pour limiter le bruit, l'entreprise peut aussi limiter son activité. Au Blanc-Mesnil, Paprec a calibré sa chaîne de tri, avec un aménagement des horaires en deux équipes, au lieu des 3/8.

5dépolluer

Reste un point ultrasensible, les fumées. Le Syctom de l'agglomération parisienne, syndicat de traitement des déchets, y porte une attention particulière. Ainsi, dans l'incinérateur d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), construit à 30 mètres sous terre, en bordure sud de Paris, les cheminées ne produisent pas de panache blanc. Le calibrage des fumées, qui sont condensées ou réchauffées, permet d'ôter les vapeurs de la vue des habitants. Quant à Malongo, en proie à une levée de bouclier des riverains et même du maire, il a opté pour la pyrolyse, afin de brûler les fumées. Ce dispositif supprime les effluves de café qui, autrement, se répandraient dans le voisinage du site de La Gaude, conçu avec une démarche HQE. Les fumées idéales s'avèrent donc invisibles, elles aussi, et inodores. Et elles ne doivent pas générer de perturbation thermique. « Même la chaleur ainsi produite est une nuisance, lance l'architecte Dominique Petry-Amiel. Il est intéressant de la récupérer, au lieu de la libérer dans l'atmosphère, tout en produisant de la chaleur une seconde fois pour les besoins du site. »

Bien entendu, la sécurité reste un enjeu majeur, plus encore en ville, où les risques sont plus fortement ressentis qu'en rase campagne. Climespace, par exemple, a formé une brigade de sapeurs-pompiers, en vue de faciliter les interventions en cas de sinistre. En complément des systèmes conventionnels de prévention et de lutte contre l'incendie. Autant d'efforts qui peuvent engendrer un surcoût de 15 % à 20 %, lors de la conception et la construction du site. .

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