Innovation : Trois ingénieurs primés pour leurs découvertes

En décernant ce prix inédit, , l'Association des centraliens et EdF récompensent des ingénieurs dont les travaux donnent à leurs entreprises un avantage technologique, donc concurrentiel. Cette année, le jury a primé des chercheurs qui, dans le domaine des techniques de communication et de l'environnement, se sont particulièrement distingués dans leurs sphères de compétences.

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Ingénieur de l'année! Ce prix inédit, créé par l'Association des centraliens, EdF et l'usine nouvelle, a été décerné hier soir, mercredi 16mars, lors de la séance de clôture des Entretiens de la technologie, au Palais des congrès, porte Maillot, à Paris. Son objectif est simple: valoriser le rôle des ingénieurs dans le succès des entreprises sur les marchés mondiaux. Et ce, dans toute la palette de fonctions que peut exercer l'ingénieur: recherche, développement, production, création d'entreprise, pilotage de projets, achat, logistique, etc.

Un choix difficile, parmi des dizaines de dossiers. Mais le jury, présidé par le directeur général d'EdF, Jean Bergougnoux, a finalement récompensé, dans la catégorie senior (plus de dix ans d'expérience professionnelle), un brillant chercheur de Thomson, Jean-Paul Castera; et dans la catégorie junior , Hervé Paillard, qui a développé chez OTV-Générale des eaux un département appelé Novox et Christophe Deffontaines, responsable d'activités chez Sagem.

Deux prix spéciaux

Outre les trois lauréats des catégories junior et senior, deux autres ingénieurs ont été récompensés par le jury.

Claude Peyrière, 55ans, responsable du département développement organes électriques et traction du groupe PSA, a reçu le prix spécial du président du jury. Ce docteur en électrotechnique et énergétique a travaillé pendant plus de vingt ans au développement, à la conception et à l'industrialisation du véhicule électrique. L'équipe qu'il dirige a su rédiger le cahier des charges à la fois révolutionnaire et industriel de ce type de véhicule, et en définir les organes adaptés (groupe motopropulseur, batteries nickel-cadmium, boîtier de contrôle... ). Cet effort est couronné de succès: 600millions de francs ont été investis dans le développement et la création de moyens de production, 50 voitures expérimentales circulent à La Rochelle, et PSA a programmé un lancement commercial le 1er janvier 1995 dans vingt-cinq villes françaises.

Jean Muller, 68ans, directeur scientifique de Scetautoroute, a vu son oeuvre récompensée par un prix hors concours . Seul centralien de cette sélection, Jean Muller est un spécialiste mondialement reconnu de la technologie des ponts. Dès 1962, il met au point un procédé de construction à voussoirs préfabriqués avec joints conjugués, seule technique aujourd'hui utilisée pour la réalisation des grands ponts en béton précontraint. Il contribue également à la conception des structures haubanées ainsi qu'aux techniques de pose à grande cadence des voussoirs préfabriqués. Un bâtisseur hors du commun.



LAURÉAT SENIOR

Jean-Paul CASTERA

chef du groupe magnétisme chez Thomson-LCR

CHERCHEUR, INGENIEUR ET MANAGER

Chercheur, ingénieur et manager: à 45ans, Jean-Paul Castera se refuse

toujours à choisir entre ces trois fonctions, tant la recherche reste pour lui indissociable du travail d'équipe et de la prise en compte des contraintes technico-économiques.

Sa formation universitaire (maîtrise de physique, DEA d'optique cohérente à l'Institut d'optique d'Orsay, puis doctorat de troisième cycle) ne l'a pas empêché de garder solidement les pieds sur terre.

Il a révolutionné le stockage magnétique

La démonstration avait fait grand bruit au salon Physique92. Une équipe du LCR, le Laboratoire central de recherche de Thomson, dirigée par Jean-Paul Castera, venait de présenter une technique d'enregistrement sur bande magnétique capable, par exemple, de stocker 1000 heures de vidéo numérique comprimée sur une cassette de format VHS!

Protégée par une cinquantaine de brevets, cette innovation fait aujourd'hui l'objet de développements militaires chez Thomson-CSF, et civils chez TCE. Et Jean-Paul Castera reçoit un prix bien mérité, tant la gestion de ce projet apparaît exemplaire. Par le croisement de disciplines scientifiques très différentes, par la prise en compte, dès le début, des contraintes industrielles, et par le savant dosage entre les vraies innovations et la maîtrise de technologies bien éprouvées.

Des mon arrivée chez Thomson, en 1976, je me suis intéressé aux interactions entre la lumière et le magnétisme, raconte Jean-Paul Castera. Le magnétisme donne des propriétés de non-réciprocité tout à fait intéressantes en optique. Puis ce chercheur curieux s'intéresse au traitement du signal et aux problèmes d'enregistrement. Le laboratoire qui developpait le vidéodisque et le disque optique nmérique était voisin du mien, d'ou l'idée de méler le stockage et la magnéto optique.Dès 84 à la tète d'une petite équipeil etudie le stockage de masse.Tout de suite nous avons visé des marchés de masse, indique Jean-Paul Castera. Sur le papier, de nombreuses solutions techniques existaient. Mais le filtre du grand public réduit beaucoup le spectre. Il impose de se cantonner aux technologies permettant des fabrications de grandes séries garantissant de bons rendements industriels.

Des performances décuplées dans la prochaine décennie

Jean-Paul Castera et son équipe décortiquent alors les systèmes de stockage classiques: support, lecture et écriture.Il aurait été dangereux de vouloir tout réinventer, dit-t-il. Les fabricants de bandes magnétiques importantes, investissent beaucoup en recherche, et les performances de ce support vont s'améliorer d'un facteur dix dans la prochaine décennie. Nous avons donc décidé de concentrer nos recherches sur les techniques de lecture et d'écriture.

Les chercheurs de Corbeville découvrent que les techniques utilisées n'ont pas beaucoup évolué depuis les premiers appareils d'enregistrement.Un fatras de mécanique, admirablement bricolé, mais ringard sur le plan technique, qui fait penser à de l'horlogerie traditionnelle. Constat sévère! L'objectif est tout trouvé: créer une révolution analogue à celle du quartz dans l'horlogerie. Ce qui exige de remettre à plat la physique des phénomènes. Dès 1989, les choix sont fixés: tête d'écriture matricielle et tête de lecture magnéto-optique. Et l'équipe décide de réaliser une démonstration vidéo complète, avec la platine et les électroniques d'écriture et de lecture, en moins de trois ans. Pari tenu! Aujourd'hui, les performances de ce premier prototype ont encore été améliorées. Quant à Jean-Paul Castera, il se passionne pour l'utilisation de supraconducteurs dans le traitement du signal. Avec une ambition:



Une banale cassette audio serait capable de loger l'équivalent de plusieurs centaines

de disques compacts



LES APPLICATIONS

Vidéo:

- Enregistrement d'un millier d'heures de vidéo numérique comprimée de qualité standard sur une cassette VHS standard;

- Enregistrement simultané de plusieurs dizaines de chaînes de télévision numérique et relecture en même temps de l'un des programmes.

Audio: stockage de l'équivalent de plusieurs centaines de disques compacts.

Militaire: stockage de données satellites, etc.







LAURÉAT JUNIOR Hervé PAILLARD

ingénieur responsable du service Novox chez OTV

En six ans, son équipe a mis au point plusieurs procédés

de destruction des polluants par oxydation



Il casse les moléculesde polluants



Un modeste bâtiment dans la zone industrielle de Poitiers-Chasseneuil; de la fenêtre de son bureau, Hervé Paillard jouit d'une vue directe sur le Futuroscope. Ce n'est pas le plus mauvais endroit pour se projeter dans l'avenir! Un avenir que le colauréat du Prix de l'ingénieur 1994 junior (il a 36ans) voit dans une PME de 50 à 100salariés réalisant autour de 100millions de francs de chiffre d'affaires. Son créneau: le traitement des effluents industriels concentrés des PME.

La future société n'est encore qu'un service d'OTV (filiale de la Compagnie générale des eaux) de cinq personnes. Mais, pour Hervé Paillard, que de chemin parcouru depuis son arrivée au centre de recherche d'OTV à Maisons-Laffitte, en 1986! A l'époque, sa mission est de développer de puissants procédés de destruction de la DCO dure, des procédés capables de casser les molécules de polluants qui résistent au traitement classique par voie biologique (pesticides, phénols, hydrocarbures, quinones...).

Pour Hervé Paillard, le problème n'était pas nouveau, car c'était son sujet de DEA, préparé à l'université de Poitiers. En six ans, avec sa petite équipe de cinq à dix techniciens et stagiaires élèves ingénieurs, il mettra au point plusieurs procédés de destruction des polluants par oxydation. L'un d'entre eux, qui utilise l'action combinée de l'ozone et du peroxyde d'hydrogène, est en service dans une dizaine d'usines d'eau potable contre les pesticides (atrazine, simazine). Un autre, fondé sur une ozonation catalytique, va être utilisé pour la première fois en mai, à Montreuil-sur-Barse, pour épurer les lixiviats d'une décharge d'ordures ménagères.

Les lixiviats, pompés dans une lagune, passeront d'abord dans deux biofiltres (OTV) qui abattront la DCO de 35%, puis dans une colonne où ils seront mis au contact d'ozone, fabriqué sur place dans un ozoneur (société Trailigaz), en présence d'un catalyseur. Cette oxydation de choc détruira 96% de la matière organique ayant échappé au traitement biologique et abaissera la teneur finale en DCO des effluents à 150mg/l (contre 3500 au départ).

Mais ce n'est pas tout. Pour traiter les effluents plus concentrés (jusqu'à 20g/l de DCO), Hervé Paillard et son équipe ont mis au point un procédé d'oxydation catalytique par le peroxyde d'hydrogène à chaud. Et, pour les effluents vraiment chargés (jusqu'à 200g/l), un procédé qui fait appel aux grands moyens: l'oxydation catalytique par l'oxygène à chaud (250°C) et sous pression (25 à 50bars). Un pilote est en construction dans le cadre d'une étude pour GdF. Il s'agit dans ce cas de détruire des jus résiduaires de la gazéification du charbon.

Transformer, à terme,un service en filiale

Fort de ces succès, Hervé Paillard propose en 1992 à sa direction de créer un service pour la conception et la réalisation d'unités d'épuration d'effluents industriels fortement chargés en polluants organiques. Avec l'idée de transformer, à terme, ce service, baptisé OTV-Novox, en société filiale du groupe. Une évolution qu'il entame sans regret.Meme si je me suis éclaté pendant ma période de recherche, je ne suis pas fâché de prendre des responsabilités industrielles.

OTV-Novox veut proposer des procédés de réduction de la DCO dure, et une prestattion globale aboutissant à un ensemble d'actions: réduction de la pollution à la source, concentration, réorganisation des flux de pollution, etc., et enfin destruction. Cela auprès d'une clientèle de petites et moyennes entreprises dont les problèmes n'intéressent pas forcément les grandes sociétés. Nous nous limiterons à des affaires de 2 à 2,5millions de francs, précise Hervé Paillard. Pierre LAPERROUSAZ



PATRON DE PME?

Quand on met au point un nouveau procédé, on a envie d'en voir la réalisation industrielle. Hervé Paillard est avant tout un ingénieur. Même si à son diplôme de l'Ecole supérieure de Poitiers il a ajouté un DEA et un doctorat en chimie-physique. Il affirme ne pas faire de plan de carrière et s'être qui, d'un chercheur appliqué, a fait de lui un patron de PME.



LES APPLICATIONS

Elimination des pesticides pour la production d'eau potable.

Traitements d'effluents des industries chimique et pharmaceutique.

Dépollution des lixiviats d'ordures ménagères.

Régénération de sols pollués.

Traitement d'effluents d'anciennes usines à gaz.



LAURÉAT JUNIOR ChristopheDEFFONTAINES

ingénieur responsable d'activités à la Sagem





Il a industrialisé les écrans plats du Cnet

En quatre ans, Christophe Deffontaines, 33ans, ingénieur à la Sagem, a fait sortir la technologie des écrans plats à cristaux liquides des laboratoires du Cnet. Pour en avoir démontré la faisabilité industrielle, avec des coûts de fabrication 50% moins élevés que ceux des Japonais, ses travaux ont séduit les grands de l'électronique européenne. Cette technologie est au nombre de celles que fabriquera l'usine commune de Philips, Thomson et Sagem destinée à la production d'écrans à cristaux liquides .

Lorsque Christophe Deffontaines, spécialiste de la micro-électronique hybride et des circuits prédiffusés, prend en charge le programme Planécran (dans le cadre d'un GIE créé en 1988 par le Cnet et la Sagem), les écrans à cristaux liquides dits à matrice active de transistors sortent du laboratoire. La technologie est prometteuse: la réalisation de la matrice par une photolithographie à deux niveaux de masquage (contre cinq généralement) apporte un avantage compétitif important. Mais beaucoup reste à faire.

Sous sa responsabilité, la quinzaine d'ingénieurs et techniciens de Sagem, aux côtés des spécialistes du Cnet, de l'atelier pilote de Lannion, met au point le processus de production, améliore les rendements et évalue l'adaptation de la technologie à des applications complexes. Ce programme de trois ans seulement (plus de 100millions de francs investis) impose une attention de tous les instants pour animer une équipe dont la moyenne d'âge ne dépasse pas 30 ans. la technologie ne se fait pas derrière un bureau. Encore moins quand on est en position de challenger, commente Christophe Deffontaines.

Les résultats des travaux dépassent les prévisions. Les rendements sont supérieurs à ceux envisagés. Le potentiel industriel de la technologie est démontré. Et, en mai 1992, Planécran peut présenter son démonstrateur à l'occasion du colloque de la Society for Information Display à Boston. Un écran VGA couleur destiné à la micro-informatique, qui possède une résolution de 640x480triplets de points colorés. Soit l'équivalent de plus de 900000transistors, ce qui constitue une première européenne.

Un filtre réalisé par procédé photographique

Depuis l'association de Philips, Sagem et Thomson et la création de leur société FPD (Flat Panel Display), en 1992, Christophe Deffontaines est chargé de coordonner les activités techniques de Sagem dans les écrans à cristaux liquides. Une trentaine de personnes travaillent sur les technologies de base, et sur l'électronique associée qui est développée au centre de Saint-Christophe (près de Pontoise). Chistophe Deffontaines n'oublie pas sa carrière d'ingénieur débutée en 1984 à la Sagem dans le prototypage des circuits hybrides et des senseurs optroniques. Quand ses ingénieurs constatent que la qualité des filtres colorés (un des constituants des écrans à cristaux liquides) disponibles sur le marché laisse à désirer, Christophe Deffontaines, passionné de photo, a l'idée de réaliser le filtre par un procédé photographique.

L'avantage est déterminant. Un seul niveau de masquage permet de s'affranchir des problèmes d'alignement rencontrés par les procédés japonais, dans lesquels quatre étapes sont nécessaires. Une technique que Sagem est en train de développer avec un partenaire européen dans le cadre d'un projet Eurêka. Cela donne un argument de plus à la filière de Planécran, d'autant que FPD est en train de valider le process de fabrication sur les équipements industriels de son usine néerlandaise.



UN PASSIONNé DE L'IMAGE

Lorsqu'on lui propose la direction technique du programme Planécran consacré à l'image, la mission ne pouvait que séduire Christophe Deffontaines. Elève ingénieur en génie physique à l'Ensieg de Grenoble, ce passionné de photographie choisissait déjà de faire une spécialité d'instrumentation optoélectronique dans le cadre d'un DEA. S'il a pris du champ avec la recherche pour se concentrer sur la gestion du projet, il reste attentif à la marche des travaux de son équipe. Un moyen aussi de faire valoir les atouts de la filière Planécran auprès de ses partenaires industriels et des instances

européenne Esprit, où il représente Sagem.

LES APPLICATIONS

Micro-ordinateurs portables et communicateurs personnels.

Systèmes de visualisation pour le multimédia.

Terminaux de visiophones et postes téléphoniques à écran.

Téléviseurs couleur de petit format et écrans pour la TVHD.

Afficheurs pour tableaux de bord d'automobiles et écrans d'aide à la navigation routière.

Visualisations pour l'aéronautique et le militaire.



USINE NOUVELLE - N°2448 -



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