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Innovation : quand la France ferme les yeux sur ses richesses

Elodie Vallerey ,

Publié le

Tribune Il n’est pas un(e) responsable politique français(e) qui n’ait en ce moment à la bouche le mot "innovation", à la fois Graal à conquérir et sésame de prospérité. Mais quel accueil réserve-t-on dans les faits aux innovations françaises ?

Innovation : quand la France ferme les yeux sur ses richesses © DR

Prenons un exemple concret, qui plus est d’actualité : il y a quelques jours le journal Le Monde sonnait l’alerte sur la désinfection des sondes d’échographie, relayé quelques heures après par Le Canard Enchaîné. Tout est venu d’une conférence de presse de la députée européenne Michèle Rivasi (Europe Ecologie-Les Verts) qui par ce biais a interpelé la ministre de la santé, Marisol Touraine.

En effet, selon Le Monde, "plus de 30 000 hommes et femmes seraient susceptibles, en France, de développer une infection à la suite d’une contamination au cours d’un examen échographique endovaginal, endorectal ou transœsophagien avec une sonde insuffisamment désinfectée".

Si l’article s’intéresse particulièrement aux échographies endocavitaires, celles qui mettent la sonde au contact des muqueuses, il pose également de manière implicite le problème de l’hygiène des échographies cutanées dont se sont saisi les autorités compétentes dès 1996 (!) via notamment la circulaire n° 96-479 du 6 février 1996 relative à la sécurité d’utilisation des dispositifs médicaux.

Mais celle-ci, malgré le bon sens dont elle se fait l’écho, n’apporte pas de solution concrète au problème.

Une solution Made in France

Cependant cette solution existe désormais, grâce à une initiative individuelle : il y a quelques années un médecin vasculaire toujours en exercice, le Dr Frédéric Bosler, a imaginé sur la base de son expérience quotidienne et avec l’aide de deux ingénieurs biomédicaux un distributeur automatique de gel échographique, l’Echo Revolution. Leur travail a déjà permis de déposer cinq brevets, dont trois internationaux.

Mûs par le sens du défi et le goût de l’innovation tant vanté par nos élites, ils ont créé la société BCL Invent afin d’y développer puis de commercialiser leur invention, qui entre temps faisait l’unanimité auprès des docteurs et professeurs sollicités partout en France et au-delà pour mettre à l’essai le distributeur.

Il faut dire qu’en plus de résoudre le problème d’hygiène lié à l’utilisation du flacon de gel durant l’examen échographique, l’Echo Revolution permet également au praticien de réaliser des économies de gel, donc d’argent, de gagner un temps précieux (jusqu’à 10%) lors de l’examen, et d’éviter les risques récurrents de tendinopathie propres au maniement répété du flacon. Côté patient, le distributeur propose une option de chauffe du gel qui permet un confort sans comparaison.

Le paradoxe français

Résumons : nous sommes ici devant une entreprise française innovante, dont le produit répond non seulement à un besoin réel d’un point de vue technique, mais résout en plus un problème sanitaire concret que les autorités nationales ont elles-mêmes pointé du doigt. Par ailleurs le marché potentiel de cette entreprise est de toute évidence international, comme le confirment les contacts actuels. Nous sommes devant un fleuron en puissance de l’innovation française.

Justement, dans le même temps, nous l’avons dit en introduction, nous traversons une période où l’innovation est portée aux nues, vantée de toutes parts – tout autant que le Made in France d’ailleurs. Or BCL Invent relève des deux catégories. Sans pour autant que dans les faits son action, son produit, son initiative soient reconnus à la hauteur des discours entendus ça et là.

Ce paradoxe, celui d’une innovation française vantée mais rarement reconnue, n’est pas nouveau. Bertin Nahum, président de MedTech, profitait il y a quelques mois de la tribune que lui avait offerte un journal canadien en le classant parmi les entrepreneurs les plus révolutionnaires de tous les temps pour aborder ce sujet.

"En France, [...] on a de véritables difficultés à être pris au sérieux en tant que jeune entreprise innovante, les clients potentiels préférant investir dans des produits commercialisés par les grandes entreprises américaines, jugées plus sûres. Il y a en France une véritable désillusion des innovateurs quand il s’agit de conquérir le marché domestique, qui est pourtant censé être le terrain d’essai des sociétés technologiques", expliquait-il.

la France doit apprendre à accueillir ses innovations

Dans le même entretien, Bertin Nahum raconte comment un CHU du sud de la France, après avoir essayé son produit durant des mois - et en avoir été satisfait - a décidé, une fois les fonds pour un achat débloqués par le Conseil général, de les utiliser pour acheter le produit d’une société anglaise. Et Bertin Nahum de conclure : "Cet épisode est selon moi un épisode parmi d’autres qui révèle la réticence du marché français à soutenir ses propres produits."

Que la France encourage l’innovation, c’est un fait. Qu’elle en ancre les valeurs au sein de chaque citoyen, c’est aussi un fait. Mais il reste maintenant à la France d’ouvrir les yeux sur les richesses qu’elle porte en son sein, et de les reconnaître comme telles. Il reste à la France d’apprendre à accueillir ses innovations.

Stéphane Ozil,
Fondateur et consultant chez Ozil Conseil. Conseil en stratégie digitale et communication. Expertise en blogs et réseaux sociaux. Formation à la prise de parole en public et au rédactionnel. Docteur en langue et littérature françaises.

@stephane_ozil

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1 commentaire

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11/06/2013 - 09h14 -

Avoir un bon produit ne suffit pas, surtout en temps de crise. Les techniques de vente, la logistique, le management de l'humain, sont aussi vitales pour une entreprise que les techniques de conception, de fabrication, de gestion... Par exemple, un design quelconque, un logo qui ne parle pas à la cible, un "pack" marketing "hors du temps" empêchent de se trouver sur la 1ère ligne de départ - et on peut aussi parler des gestes et et du langage commerciaux ou de la présence dans les journaux spécialisés. Comme disent... les britanniques: - 3 règles: préparer, préparer et préparer. - le diable est dans les détails...
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