Electronique

Innovation : no techno ?

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Faire du neuf avec du vieux ? C'est une tendance lourde en matière de R&D aujourd'hui.

Innovation : no techno ? © B.Levy

La technologie de rupture ? Elle est "has been". Désormais, c'est le produit malin, celui qui use adroitement de l'innovation incrémentale, qui fait recette ! Vous en doutez ? Regardez autour de vous. Airbus : il a fait de son A320, un avion NEO. Astrium, le spécialiste du spatial, ne veut pas s’engager dans des développements inconsidérés pour lancer une version 6 de la fusée Ariane mais préfère offrir un lifting à l’actuelle Ariane V. La Peugeot 208, lancée la semaine dernière, utilise elle-même de nombreux composants ou systèmes conçus pour d’autres modèles du groupe PSA. Regardez aussi les produits signés Apple, Samsung ou Google. Les iPhone, Galaxy et autres Google doc n'ont pas apporté leur lot d'innovation technologique. Ils se sont contentés d'adapter -de manière extrêmement intelligente- des briques développés par d'autres auparavant.

 

Le comble, c'est que les utilisateurs ou les clients en redemandent. Ils se rendent compte souvent que leurs outils traditionnels étaient surdimensionnés par rapport à leurs besoins. Google Doc est beaucoup moins performant que le Word de Microsoft mais il suffit à satisfaire 99 % des besoins. Les appareils photos de nos Smartphones affichent eux-aussi une qualité très inférieure au reflex ou compact numérique traditionnel mais ils ont l’avantage d’être à portée de main en permanence…

 

Il y a quelques temps, le très branché magazine Wired nommait cette tendance "the good enough revolution". « La révolution du suffisant », pourrait-on traduire en Français. Dans un long article, le magazine américain démontrait qu’avec l'arrivée d'Internet, les exigences de qualité des clients sont devenues tout à fait relatives. Pour la plupart des utilisateurs, certains outils aux performances moindres sont devenus tout à fait acceptable car gratuit (Google doc) ou accessible à un coût marginal (appareil photo des téléphones). Skype, par exemple, est un bon exemple de cet attrait du suffisant. Même si la qualité d'écoute est dégradée, le fait qu’ils permettent de téléphoner facilement et gratuitement (en visiophonie aussi) a permis à ce service de prendre des parts de marché aux bons vieux téléphones.

 

Dans un premier temps, les industriels ont regardé de loin cette tendance... Peut-être même avec un brin de condescendance. Sous-entendu : cela ne nous concerne pas. Ce n'est plus le cas. Poussés par leurs clients, bon nombre d'entreprises se voient contraintes de faire du neuf avec du vieux. A quoi bon développer des produits de rupture, totalement nouveaux, très couteux en développement, et à la fiabilité non-démontrée alors que l’on peut avoir des performances égales en amendant la dernière génération de produits au regard des dernières avancées technologiques.

 

En fait, les entreprises font leur entrée dans une ère de mise à jour permanente.  Industriellement, cela aura des conséquences. Elle obligera les usines à toujours plus de flexibilité et la R&D à rester sans cesse en éveil sur l’ensemble de la gamme. Cette tendance n'est cependant pas sans risque. L'innovation incrémentale est extrêmement intéressante financièrement car elle permet de trouver de la valeur ajoutée au moindre coût. Mais les entreprises ne doivent pas seulement se reposer sur elle. Ils devront continuer à travailler leurs fondamentaux, à remettre en question leur technologie radicalement. La « good enough » révolution ne suffira pas à assurer leur avenir à long terme !

Thibaut De Jaegher

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