Informatisation : Une mise en place de gpao difficile mais réussie

Les mésaventures de Sigre lors de la mise en place d'une GPAO illustrent les difficultés de l'informatisation dans les PME. Heureusement, après un premier échec, la seconde tentative a été la bonne.

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Pour Jacques Romagné, directeur général de Sigre, PME spécialisée dans l'injection de pièces de précision, il vaut mieux choisir soi-même son progiciel et fixer des conditions strictes à son fournisseur. Lorsque Jacques Romagné, l'actuel directeur général de Sigre, est arrivé dans l'usine, en 1989, il n'y avait pas l'ombre du moindre ordinateur dans l'entreprise. Fin 1992, les dirigeants de Sigre décident d'introduire une gestion de production assistée par ordinateur (GPAO). Objectif prioritaire, améliorer la gestion du planning. Comme bon nombre de PME se lançant dans une première informatisation, ils ne se doutent pas des embûches qui les guettent. En l'occurrence, la première expérience sera plutôt douloureuse. Sigre est naturellement confrontée dès le départ aux difficultés que rencontrent classiquement les PME de la sous-traitance dans la mise en oeuvre d'une application. La première, celle liée à l'outil informatique lui-même, est résolue par un choix de principe en faveur d'une solution sur micro. Elle dispense l'entreprise de recruter un informaticien pour administrer le système. La deuxième étape, le choix d'un progiciel, sera plus pénible. L'offre adaptée au type de production de l'entreprise sous-traitante apparaît restreinte. Sigre, assistée par un consultant local dans le cadre des programmes d'aide aux PME, se retrouve avec deux produits en lice. L'un est Capamix, édité par Laarsen Consultant. L'autre est une GPAO diffusée par une SSII dont Jacques Romagné préfère taire le nom tant que tous les problèmes légaux n'auront pas été réglés devant les instances compétentes. Retenu dans un premier temps, le progiciel de cette SSII n'a en effet jamais accompli ce qu'il était censé faire. Il n'a pas permis à Sigre d'établir un planning cohérent, et la gestion des besoins en matières premières, machines et effectifs n'a pas donné satisfaction. De plus, pendant un an et demi, un salarié des méthodes chargé de mettre en place les différents modules du progiciel a en réalité été occupé à chasser les bogues du programme. En vain, puisque, en juillet 1994, l'entreprise est contrainte de repasser en fonctionnement manuel! Paradoxalement, Jacques Romagné estime que la faiblesse de l'activité industrielle durant cette période a permis d'éviter le pire. "Sinon, cet échec aurait pu mettre l'entreprise en péril", commente-t-il.

Quatre mois pour appliquer la seconde solution

En dépit de cette expérience malheureuse, Sigre ne renonce pas. La direction recontacte Laarsen Consultant. En deux ans, les fonctionnalités du progiciel de cette SSII ont été enrichies, et Sigre estime qu'elles correspondent désormais à ses besoins. A l'automne 1994, la PME pose ses conditions au fournisseur: le système devra être opérationnel début mars. Malgré un délai réduit à quatre mois - alors que la mise en oeuvre d'une application dure souvent un an ou plus -, la SSII relève le défi. Dès le mois de décembre, les trois membres de l'équipe de direction sont soumis à une formation intensive. A la mi-janvier, la gestion commerciale (facturation et gestion des commandes) bascule sur le nouveau progiciel. Et le 13mars l'ensemble de Capamix est opérationnel en production. A quelque chose malheur est bon: c'est aussi l'expérience acquise lors de l'échec initial qui a permis de tenir ce délai de quatre mois. Le travail d'organisation, la compréhension de la GPAO en tant qu'outil, la connaissance et le découpage du process étaient acquis. Au total, il aura donc fallu plus de deux ans à cette PME pour disposer d'une GPAO opérationnelle. Un délai sans doute à l'origine de la déception de Jacques Romagné quant aux prestations de conseil dont il a pu bénéficier par l'intermédiaire du Frac (Fonds régional d'aide au conseil). A cet égard, il adresse une recommandation aux dirigeants de PME: contrairement à une pratique courante, mieux vaut ne pas laisser un consultant décider du choix du progiciel. Il est préférable de poser des conditions strictes à son fournisseur. Heureusement, les répercussions financières du premier échec sont restées limitées. Les coûts les plus lourds sont imputables au temps passé à tenter de faire fonctionner le système. L'essentiel de l'investissement a été absorbé par le matériel, soit vingt-six micro-ordinateurs, dont quinze reliés par un réseau Novell et deux serveurs. Les PC de type 286 acquis en 1992 ont pu être réutilisés, car le progiciel tourne sous Dos (des 286 sous Windows ne pourraient pas être mis en réseau). Le choix de Dos, dont les jours sont comptés, peut a priori surprendre. Mais Jacques Romagné le justifie par deux raisons. Lorsque le personnel n'a pas de "culture" informatique, mieux vaut lui donner les programmes les plus simples: il a vu des secrétaires "perdues" dans l'utilisation d'un traitement de texte sous Windows. Et il a estimé qu'il n'avait "aucun intérêt" à prendre Capamix sous Windows: "Windows n'a pas que des qualités, et a pas mal de bogues!", s'exclame-t-il. Chat échaudé craint l'eau froide! Ce parti pris de simplicité n'a pas été sans risques... Mais il a eu le mérite de limiter l'investissement: le budget initial de 250000 à 300000francs a été légèrement dépassé pour atteindre une enveloppe globale de 360000francs. Sans avoir établi de calcul précis de retour sur investissement, Jacques Romagné estime que la GPAO sera rentabilisée en moins d'un an grâce aux gains liés à une meilleure planification. Laurent VIEL



Cinq ans d'investissements

Malgré les aléas informatiques rencontrés, Sigre est une PME performante. Issue de la reprise en 1989 par le groupe Arche de Petrotec (ex-filiale d'Eclair Prestil), elle a consacré d'importants investissements aux équipements et à l'amélioration du process. L'entreprise s'est spécialisée dans l'injection de pièces de précision en zamak, et elle est également le seul sous-traitant français qui réalise du moulage magnésium. Sa clientèle est particulièrement diversifiée, de l'automobile à l'électronique, en passant par la lunetterie, l'ameublement ou la mode. Sigre (115personnes) a réalisé un chiffre d'affaires de 58millions de francs en 1994 et prévoit d'atteindre cette année 65millions pour un résultat de 800000 francs.

USINE NOUVELLE N°2507

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