INFORMATIQUETROIS FRANCS-TIREURS CONTESTENT LA DOMINATION D'INTEL-MICROSOFTA l'heure où la place occupée par le couple Intel-Microsoft dans le monde de la micro-informatique est majeure, trois "start-ups" osent une approche anticonformiste. Leur pari est risqué, mais elles ont des atouts.

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INFORMATIQUE

TROIS FRANCS-TIREURS CONTESTENT LA DOMINATION D'INTEL-MICROSOFT

A l'heure où la place occupée par le couple Intel-Microsoft dans le monde de la micro-informatique est majeure, trois "start-ups" osent une approche anticonformiste. Leur pari est risqué, mais elles ont des atouts.



Trois "start-ups" américaines se lancent avec des produits totalement à contre-courant du standard inconstesté: un microprocesseur Intel avec Windows comme système d'exploitation. Si leur point commun est de croire encore qu'il y a une vie hors du monde "Wintel", elles partagent une autre caractéristique: toutes trois ont été fondées par des gloires de l'informatique des années80. A la tête de la première, Be Inc., se trouve Jean-Louis Gassée, ex-numéro 2 d'Apple, installé depuis une dizaine d'années en Californie; fondateur de la deuxième, MicroUnity Systems Engineering (MSE), John Moussouris fut le cofondateur de Mips, le fabricant de puces acheté depuis par Silicon Graphics; quant au troisième, il ne s'agit ni plus ni moins que de Ken Olsen, le fondateur de Digital Equipment, avec Advanced Modular Solutions. Ces trois audacieux entrepreneurs s'attaquent à l'hydre Wintel avec des produits très différents. La BeBox, de Be Inc., est un PC multiprocesseur dont la première version tourne avec deux PowerPC 603. C'est un micro-ordinateur considérablement plus avancé qu'un compatible IBM ou Apple, mais totalement... incompatible avec le reste du monde! Les technologies matérielles utilisées sont éprouvées: son 16bits, Dram, bus PCI, ports Midi et SCSI II. Ce choix permet à la BeBox d'utiliser des composants standards et d'atteindre un niveau de prix (3000dollars pour un système complet) mieux que compétitif. Jean-Louis Gassée fait ainsi sagement une croix sur des technologies exotiques, mais dote sa machine d'un petit système d'exploitation très avancé (orienté objet, multiprocesseur et multitâche). Il inclut, en outre, une base de données et une véritable "boîte à outils" logicielle pour développer des applications multimédias en temps réel. Be Inc. sait bien que sa machine ne sera pas un premier achat. Mais, comme l'entreprise le souligne, il a fallu cinq ans à Microsoft pour passer de Windows 3.0 à Windows 95. Du côté d'Apple, il faudra encore plus de temps pour passer du Système 7 au futur Copland. C'est trop long, estime Be Inc., pour accompagner le développement des applications les plus modernes et les plus sophistiquées. "Les architectures plus anciennes ne peuvent pas égaler le potentiel de la BeBox à ce prix. La BeBox est une architecture neuve qui donne aux développeurs des possibilités que ne leur offrent pas d'autres systèmes. Nous sommes une jeune entreprise, aussi nous sommes très désireux d'aider les efforts des développeurs. Nous leur procurons des outils de développement exceptionnels." L'incompatibilité de la BeBox va certainement limiter son succès initial, mais le compromis sagace entre une technologie déjà disponible et des outils de développement en pointe pourrait bien lui permettre de gagner son pari. MSE semble moins antagoniste que Be Inc. ou AMS. Son patron, John Moussouris, continue de faire ce à quoi il excelle: une super-puce. La rumeur veut que MSE soit financièrement soutenue par de très grands noms du secteur: TCI, Microsoft, Hewlett-Packard USWest, Cray et Motorola. Interrogée, l'entreprise se contente de répondre que certains de ces noms ne sont pas exacts. Et se refuse à en dire plus. Ce cadre, apparemment conventionnel, cache un produit qui l'est beaucoup moins. La puce de MicroUnity est un processeur à 10,5millions de transistors qui devrait tourner à 1gigahertz et être capable de traiter en parallèle quatre instructions de 128bits, laissant même la puce Alpha, de Digital, dans la poussière. Sagement, MicroUnity vise loin. Sa puce devrait, par exemple, équiper une nouvelle génération de modems et autres équipements multimédias, faisant passer la capacité de transmission d'un modem de 28,8kilobits à 28,8mégabits par seconde. Beaucoup plus que les meilleurs modems RNIS. Au vu des progrès fulgurants du multimédia, le besoin arrivera tôt ou tard, estime MicroUnity. Avant la fin de l'année, puis au cours de 1996, le processeur sera incorporé dans des installations pilotes, pour tirer parti de la demande du marché. MicroUnity, qui possède sa petite usine et sa propre technologie BiCmos, attend que le marché, inexorablement, vienne à lui.

Des technologies de pointe aux recettes éprouvées

Contrairement à Be Inc. et à MicroUnity, Advanced Modular Solutions, créée par Ken Olsen, ne vend pas de high-tech. Sa logique d'architecture de réseau prend à contre-pied la vague actuelle des postes indépendants et hétérogènes, greffés anarchiquement sur une épine dorsale informatique qui n'est pas faite pour supporter une telle charge. Aussi, AMS - ou Modular, comme l'entreprise préfère s'appeler- retourne-t-elle à la logique client-serveur. Par exemple, elle se refuse à vendre des postes clients équipés de disques durs. Car, ainsi équipés, ils deviennent des PC indépendants sur lesquels les utilisateurs ajoutent des programmes de manière imprévisible. Le seul moyen de contrôler le réseau et d'assurer son fonctionnement stable et optimisé est de revenir au bon vieux temps de l'ingénieur système qui assure lui-même l'installation des applications de manière centrale et les distribue à des terminaux, maintenant beaucoup plus puissants que par le passé. Anachronique? Pas tant que cela pour les utilisateurs friands de fonctionnement ultrafiable. Ainsi, la Nasa vient d'équiper l'aire de lancement du centre Kennedy avec un réseau Modular, et l'hôpital des enfants de Boston en a fait de même. Quand Be Inc. et MicroUnity tentent de sortir du modèle Wintel en poussant la technologie au-delà de l'état de l'art, Modular, lui, entreprend la même mission en refusant le sensationnalisme technologique et en revenant aux recettes éprouvées de la gestion de réseau. Philippe DEROIN



Jean-Louis Gassée, ex-numéro 2 d'Apple, dirige Be Inc. Son arme: la BeBox, un PC plus avancé qu'un compatible IBMou Apple. Cette machine est équipée d'un petit système d'exploitation de pointe (orienté objet, multiprocesseur et multitâche) et inclut une base de données et une "boîte à outils" logicielle pour les développeurs. Mais il est incompatible avec le reste du monde informatique.



John Moussouris, ex-cofondateur de Mips, créateur de MicroUnity Systems Engineering, mise sur une super-puce qui devrait, par exemple, équiper de nouvelles générations de modems et autres équipements multimédias.



Ken Olsen, ex-fondateur de Digital Equipment, créateur d'Advanced Modular Solutions. Sur son réseau, des PC... sans disque dur. Un retour vers le futur.

USINE NOUVELLE N°2524

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